L'AKTION T-4

| Yannis KADARI | en ligne depuis : Février 2000 | © www.1939-45.org |

 

Avant propos : A l'automne 1939, la Chancellerie met discrètement en place le programme aktion T4. De quoi s'agit-il ? Purement et simplement de l'extermination par euthanasie de milliers de citoyens allemands, enfants, adultes ou vieillards, souffrant de dégénérescences nerveuses, d'handicaps lourds, de tares génétiques, de maux incurables ou de maladies mentales ! Officiellement, T4 consiste à accorder une "mort miséricordieuse" à des patients incurables, mais à la demande des familles et uniquement avec l'accord de quatre médecins, en réalité les choses seront toute autre.

NOTE DU 25/10/2001 : Ce dossier devrait à terme être totalement refondu afin de faire apparaître de nouvelles informations trouvées dans le cadre de mes recherches sur l'Aktion T-4. Yannis KADARI.

 

HITLER ORDONNE T-4 ET NOMME LES RESPONSABLES

Adolf Hitler écrit : ''Adolf Hitler, Berlin - le 1er septembre 1939 - Le Reichsleiter Bouhler et le docteur en médecine Brandt sont chargés, sous leur responsabilité, d'étendre les attributions de certains médecins à désigner nominativement ceux-ci pourront accorder une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible. Adolf Hitler." (cité dans Eugen Kogon/Hermann Langbein/Adalbert Rückerl - "Les chambres à gaz, secret d'Etat" - Seuil, 1987, p. 28).

Sont donc nommés responsables de l'aktion T4 :

  • Phillip Boulher - Reichslteir de la Chancellerie du Führer et SS Grüppenfuhrer, Responsable général auprès du führer de l'aktion T4 pour tout Grand Reich Allemand.
  • Karl Brandt - Professeur en médecine, médecin personnel d'Adolf Hitler, Gruppenführer Der SS, Generalleutnant Der Waffen SS , Haut-Comissaire du Reich à la santé (Reichskommissar fuer Sanitaets und Gesundheitswesen) et membre du conseil de recherche du Reich (Reichsforschungsrat) : Responsable en chef de l'aktion T4.
  • Werner Heyde - Professeur en médecine : Responsable de l'organisation et de la mise en oeuvre de l'aktion T4.
  • Richard Von Hegener - Responsable de la société Gekrat et co-responsable du programme "enfants" de l'aktion T4.
  • August Becker - Professeur en médecine et Obersturmbannführer Der SS : Responsable du gazage.
  • Leonardo Conti : Professeur en médecine et secrétaire d'état à la santé au Ministère de l'interieur du Reich.
  • Viktor Brack : Oberführer de la SS, Sturmbannführer de la Waffen SS, officier et responsable administratif à la Chancellerie du Führer du NSDAP : Responsable des services de T4.
  • Werner Blankenburger : Oberführer de la SA.

 

T-4 CAMOUFLEE A LA POPULATION DU REICH

Tous ou presque sont des hommes de sciences. Ils devront agir directement sous la tutelle de la Chancellerie, et des Ministères de la santé et de la justice (secrétariat d'état à la santé). Les SS de Himmler sont eux aussi mobilisés pour mettre en oeuvre le programme aktion T4. Ils assurent la construction des infrastructures et fournissent des véhicules, le gaz de Monoxyde de Carbone (via le amt Nebe RSHA KTI) et du personnel en provenance des camps de concentration. Ces gardes des KZ sont sous les ordres du tristement célèbre Major SS Christian Wirth, surnommé "Christian le sauvage"... Afin de camoufler cette macabre machination à la population, les autorités créent 3 entités séparées :

Le R.A.G. pour Reichsarbeitsgemeinschaft Heil und Pflegeanstalten, ou "groupe de travail du Reich sur les sanatoriums et les nurseries". L'objectif du R.A.G est le recensement des patients à éliminer, ainsi que le choix des "centres de désinfections"...

La Gekrat, pour Gemeinnützige Krankentransporte GmbH. La Gekrat est une société de droit privé, créée afin de discrètement gérer le transport des patients vers les centres de gazage.

Enfin, le GSA pour Gemeinnützige Stiftung für Anstaltspflege, qui couvre cette fois-ci la construction par les SS des chambres à gaz et des crématoriums dans les instituts, la formation des personnels et l'aspect financier de l'aktion T4.

L'INSTITUT DE HADAMAR - CODE : CENTRE E -
Crédit photo : Inconnu - DR -
Le R.A.G. emménage au numéro 4 de la Tiergartenstrasse à Berlin, d'où le nom de code "T4". Les hommes de Philipp Boulher se mettent très vite au travail, amoncellent des piles de dossiers médicaux et contactent les médecins et chefs d'établissements sanitaires de tout le pays. Ces derniers remplissent des formulaires (édités par le bureau "Amt IVG") servant à recenser les "cas à traiter". Les sages-femmes et les docteurs reçoivent l'ordre de procéder à l'enregistrement de tous les enfants, puis finalement dès octobre 39 (sur ordre d'Hitler), de tous les patients entrant dans les critères définis par le Ministère de la santé (à l'origine T4 ne devait porter que sur l'euthanasie des "enfants déficients"de 0 à 3 ans). Des listes de patients à éliminer sont établies, l'organisation est implacable. Rien n'est laissé au hasard. Trois groupes de patients sont constitués afin d'organiser les priorités : Le Groupe 1 est constitué des patients souffrant de Schizophrénie, d'épilepsie, de troubles mentaux, de syphilis... Le Groupe 2 compte tous les patients internés depuis 5 ans sans discontinuité. Le Groupe 3 inclus les patients ayant un passé criminel, les étrangers et tous ceux qui tombent sous le coup des lois de Nuremberg, y compris bien sur les juifs. Les premières "campagnes de désinfections" commencent dès la chute de la Pologne, en Poméranie et aussi en Prusse Orientale. Rien que pour les dernières semaines de l'année 39, le bureau de l'aktion T4 annonce dans un note confidentielle au führer le "règlement définitif de 8.765 cas"...

Les patients devant être exécutés sont sélectionnés uniquement sur leurs dossiers et les formulaires dûment remplis et renvoyés depuis les cliniques psychiatriques, les sanatoriums, les hôpitaux pédiatriques, les hospices de vieillards et les institutions sociales. Les bourreaux ne voient même pas les malades pour les ausculter. Ils se contentent collégialement (par groupe de trois), d'annoter sur les formulaires de petits signes + et -, respectivement rouges et bleus. Deux + rouges signent l'arrêt de mort du patient... Une fois ainsi repérés les malheureux patients sont envoyés dans les "centres de traitement", pudiquement nommés : instituts. Ces établissements sont en réalité de véritables usines de mort, administrées en coopération avec la SS, qui prend à sa charge le transport des victimes. Les "sujets" sont gazés par du Monoxyde de Carbone puis leurs corps brûlés (voir les témoignages des SS Oberführer Brack et SS Obersturmbannführer August Becker). Il arrive aussi qu'on les élimine par injections mortelles ou par diverses privations (eau et nourriture).

Les principaux sites étaient situés, en Autriche et en Allemagne et identifiés par un code de lettres : Be pour Bernburg, B pour Brandenburg, C pour Hartheim, A pour Grafeneck, D pour Sonnenstein et enfin E pour Hadamar. A l'hôpital psychiatrique d'Hadamar, les camions amenant les patients à "l'institut", étaient surnommés par la population locale "les boites à viande froide" . A ce sujet Himmler, inquiet, exigera à de multiples reprises de ses hommes plus de discrétion, craignant de trop ébruiter la véritable tache du R.A.G. et la nature réelle de l'aktion T4 (voir sa lettre à Viktor Brack). Mais déjà le bruit circulait en Allemagne que le gouvernement du Reich procédait à des séries d'exécutions massives de malades.

 

LES ALLEMANDS S'INDIGNENT. T-4 EST OFFICIELLEMENT STOPPEE...

Avec l'indignation de la population, les plaintes du clergé (le Cardinal Clemens Von Galen qualifiera le 03 août 1941 à Müntser de "meurtre" le programme T4) et celles d'officiers de haut rang, dont l'as de la Luftwaffe Werner Mölders, la Chancellerie décide officiellement le 23 août 1941 de mettre fin à l'aktion T4. C'est l'ordre "Stopp". Le Reichkanzler Adolf Hitler ordonne le démantèlement des chambres à gaz. Tout est donc fini...

Non ! Car de nombreux médecins continuent à assassiner leurs patients par des injections mortelles de Morphine, de Luminal, de Scopolamine ou de phénol directement dans le muscle cardiaque. D'autres privent les patients de soins et de nourriture jusqu'à la mort. Ces docteurs en médecine sont non seulement couverts par leur administration de tutelle et par le Ministère de la santé du Reich, mais encouragés dans leurs actions ! Les responsables de l'aktion T4 poursuivent clandestinement leur liquidation. La partie du programme portant sur les nouveaux nés et les enfants de moins de 3 ans, est quant à elle totalement maintenue. Les médecins experts du "département spécial de pédiatrie" continuent de sillonner le pays en blouse blanche, allant de cliniques en hôpitaux, accomplir leurs sales besognes.

D'autres spécialistes du département de l'hygiène raciale de Berlin sont chargés de mener des études sur les traits de caractère de certaines races, dont les tsiganes. Des enfants de 5 à 17 ans sont regroupés dans des établissements spécifiques et mis en contact avec de jeunes aryens considérés comme sains. Les comportements des uns et des autres sont analysés au travers d'exercices physiques et intellectuels. L'objectif ? Savoir dans quelle mesure il ne serait pas possible de "corriger" les déviances innées des petits gitans et d'en faire de parfaits esclaves pour le Grand Reich allemand. Une fois les tests mener à bien ces malheureux sont systématiquement déportés ou bien liquidés dans les camps de la mort.

 

BILANS DES OPERATIONS T-4 ET 14F13

Le bilan de l'aktion T4 est lourd, très lourd : de décembre 1939 à 1945, environ 250.000 patients dont environ 5.000 enfants, sont assassinés, par le gaz, les privations alimentaires ou des injections mortelles. Avec le soit disant arrêt officiel de T4, il devient presque impossible d'évaluer le nombre des victimes de 1942 à 1945.

En tous cas, fin 194, début 42, Phillip Bouhler et Karl Brandt, grands patrons du programme T4 mettent à la disposition de Himmler et des SS, le personnel et les techniques de T4, afin de poursuivre le "nettoyage" dans les camps. Le bureau central de l'aktion situé au Tiergartenstrasse 4 livrera aussi plus de 100 de ses spécialistes à l'Est pour la "solution à la question juive". Cette seconde phase peut être décrite comme étant une neuorientierung (nouvelle orientation) et se caractérise donc par la liquidation de prisonniers de guerre soviétiques, d'internés espagnols, de tsiganes et de bien d'autres encore. Cette opération est connue sous le nom de code de "14f13", du nom d'un formulaire rempli par les médecins des KZ. Les gaz sont testés sur des milliers d'êtres humains. Cette deuxième phase débouche directement sur la "Solution à la question juive" qui, depuis longtemps est arrêtée dans l'esprit des politiciens et des médecins nazis. la Solution Finale sera décidée lors de la conférence de Wannsee, le 20 juin 1942. Les premiers commandants des camps, Belzec, Sobibor et Treblinka provenaient de "T4". Le Major SS Christian Wirth fort de son expérience de l'extermination de masse acquise avec l'aktion T4, prendra le commandement du premier camp d'extermination à ouvrir ses portes en Pologne : Chelmno. T4 est bel et bien à la naissance d'une spirale de l'assassinat techniquement parfait et industrialisé.

Hitler et ses séides prônaient la supériorité absolue de la race Aryenne. Ils étaient guidés par des principes d'hygiène, de santé et de pureté raciale, reposant sur les théories de l'eugénisme. Les nazis avaient adhérés à la théorie de l'eugénisme. L'un des buts des nazis était bel et bien d'améliorer la race Aryenne et de bâtir un homme nouveau. Un homme qui répondrait à l'Idealtyp nazi. Tout était mis en œuvre pour cela. Dans ces conditions, les humains souffrant de certaines maladies ou de troubles mentaux ne devaient pas survivre mais au contraire disparaître, afin de ne pas se reproduire. La race Aryenne ne devait pas être entachée. De plus en temps de guerre et de privations, ces êtres incapables de se battre ou de travailler, n'étaient que des bouches inutiles à nourrir... Ce souci d'épuration raciale des hommes inférieurs ou des "aryens déficients", était un véritable leitmotiv chez les nazis. L'introduction dès 1935 du concept de stérilisation des untermenchen dans les lois raciales de Nuremberg ("Loi sur la protection du sang et de l'honneur allemand" et "loi du Reich sur la citoyenneté allemande"), le démontre clairement.

 

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