L'AKTION T-4

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EXTRAIT DU TEMOIGNAGE DU SS VIKTOR BRACK CONCERNANT T-4 (2° Partie)

 

  • Juge Sebring (Q) : Témoin, lorsque des adultes étaient sélectionnés pour être euthanasiés et envoyés dans les centres prévus à cet effet, comment étaient-ils tués ?
  • Prévenu Victor Brack (R) : Les patients ne venaient dans les instituts d'euthanasie qu'après que les formalités administratives soient réalisées - Je souhaite répéter que ces formalités consistaient en des examens physiques et des études de dossiers médicaux, etc. Les patients étaient menés dans une chambre à gaz, où ils étaient tués par des médecins à l'aide de monoxyde de carbone.
  • Q : D'où provenait ce monoxyde de carbone, par quel moyen était-il obtenu ?
  • R : Il était dans un container à gaz pressurisé, identique à une bouteille d'oxygène en acier, comme celles utilisées pour les soudures.
  • Q : Je suppose que ces gens étaient placés dans les chambre en groupe, et ensuite le gaz de monoxyde de carbone était diffusé dans la pièce ?
  • R : Peut être devrais-je décrire ceci plus en détail. L'exigence principale de Bouhler était que non seulement la mise à mort ne soit pas douloureuse, mais qu'elle soit aussi imperceptible. Pour cette raison, les prises des photographies des patients, uniquement motivées par des raisons scientifiques, se faisaient avant qu'ils ne soient entrés dans la chambre, par là même les patients étaient complètement détendus. Ensuite ils étaient menés à l'intérieur de la chambre à gaz qui leur était présentée comme étant une salle de douches. Ils étaient en groupe de peut être 20 à 30. Ils étaient gazés par le médecin de service en charge de l'opération.
  • Q : Avez-vous jamais été présent lorsque les patients étaient euthanasiés de cette manière ?
  • R : Oui. Je devais être présent car Bouhler souhaitait avoir un rapport afin de savoir si les choses étaient faîtes selon ses ordres, dans la dignité et sans aucune douleur.
  • Q : Et trouviez-vous selon votre inspection et selon vos observations de ces "séances" que les choses étaient faîtes en accord avec les ordres de Bouhler, dans la dignité et sans douleur d'aucune sorte ?
  • R : Oui. Mais laissez moi vous dire que j'étais déjà convaincu que la méthode n'était pas douloureuse. J'ai aussi observé que par l'utilisation de cette méthode, les patients ne réalisaient pas qu'ils allaient être tués. Il y avait des bancs et des chaises dans la pièce. Quelques minutes après que le gaz soit diffusé, les patients s'endormaient, fatigués, puis mourraient en quelques minutes. Ils voulaient juste dormir sans jamais savoir qu'ils y étaient conduits, et c'était là une des exigences les plus essentielles.
  • Q : Quand pour la première fois avez-vous assisté à une de ces "procédures" ?
  • R : La première fois fut à l'occasion de l'expérimentation de la méthode sur quatre de ces malades. Je pense que cela devait être en décembre 1939 ou janvier 1940. Je sais qu'il y avait de la neige sur le sol à ce moment-là. C'est pour cela que je me souviens de ces mois. Bouhler, Conti, et je ne sais plus qui d'autre étaient là, il y avait quelques autres médecins qui venaient assistés à ça pour la première fois. Sur la base de cette expérimentation, Hitler décida que seul le monoxyde de carbone pouvait être utilisé pour la mise à mort des patients.
  • Q : Bien maintenant, avant ou après ce moment là, aviez vous essayé d'autres gaz ou d'autres méthodes ?
  • R : Non, nous - et par cela je veux dire l'organisation de Bouhler - n'avons jamais essayés d'autres gaz ou d'autres méthodes.
  • Q : Vous trouviez le monoxyde de carbone suffisamment satisfaisant, donc vous n'avez jamais recouru à d'autres méthodes ?
  • R : Oui. C'est ça.
  • Q : Maintenant, où ces quatre patients ont-ils eut le privilège d'être euthanasiés en décembre 1939, ou 1940 ?
  • R : C'était dans la première institution d'euthanasie à Brandenburg.
  • Q : et qui étaient les sujets utilisés pour cette expérimentation ?
  • R : C'était quatre personnes mentalement incurables.
  • Q : Savez vous de quelle institution ils venaient ?
  • R : Non. Je ne sais pas.
  • Q : C'était des hommes ou des femmes ?
  • R : Hommes.
  • Q : Tous des hommes. Quels étaient leurs ages, c'étaient des jeunes hommes, des hommes moyennement âgés, des vieillards ; Comment les classifieriez-vous ?
  • R : Je ne me souviens vraiment plus de ça.
  • Q : Que pouvez vous dire concernant leurs nationalités ? Savez vous quelques chose à ce propos ?
  • R : Ils devaient être allemands. Ils ne pouvaient pas être autre chose qu'allemands, parce que selon le règlement, seuls des allemands déficients pouvaient être euthanasiés.
  • Q : Et vous dîtes qu'Hitler était là ?
  • R : Non. Hitler n'était pas là, Bouhler était là.
  • Q : Bouhler ?
  • R : Bouhler était là, Conti était là et je crois que aussi que Brandt était là ?
  • Q : Karl Brandt ?
  • R : Oui, Karl Brandt.
  • Q : Vous souvenez vous si d'autres prévenus étaient là ?
  • R : Aucun des prévenus présents ici, n'était là mis à part moi.
  • Q : Bien, donc vous vous souvenez que vous, Bouhler, Conti et Karl Brandt étiez là ; Maintenant vous souvenez vous d'autres personnes présents à ce moment là ?
  • R : Oui. J'ai dit qu'il y avait quelques médecins présents, mais aucun des prévenus ici présents.
  • Q : Le Docteur Pfannmüller, peut-être ?
  • R : Non. Le Docteur Pfannmüller n'était assurément pas là. Ca devait être des médecins de Berlin.
  • Q : Quand, après décembre 1939 ou janvier 1940, avez vous à nouveau été témoin d'un "séance" d'euthanasie ?
  • R : Je dirais que durant l'année 1940, tous les instituts d'euthanasie existaient à ce moment là et que je me suis assuré moi-même à une ou deux reprises que l'euthanasie était correctement menée. Mais je pense me souvenir que l'instituts d'Hadamar ne fut mis sur pied qu'en 1941 et cette année là je n'ai pas assisté à de "séances" d'euthanasies, donc ça devrait éliminer l'institut d'Hadamar.
  • Q : L'institut d'Hadamar, vous disiez qu'il y avait cinq autres centres ?
  • R : Oui. Il y en avait six au total.
  • Q : Ainsi durant l'année 40, vous vous êtes personnellement assuré que dans chacun de ces cinq centres, ou peut être un ou peut être deux ou peut être plus, que les procédures voulues par Bouhler étaient mises à exécution d'une manière humaine, d'une manière indolore par du monoxyde de carbone ?
  • R : Complètement imperceptible.
  • [...]
  • Q : Ou les centres étaient-ils situés, témoin ?
  • R : je ne comprends pas la question, où étaient-ils ?
  • Q : dans quelles parties de l'Allemagne ou dans quelle partie de Pologne, ou dans quelle partie de Tchécoslovaquie, dans quelle partie du protectorat de Bohème Moravie, dans quelle partie du Danemark, dans quelle partie des Pays-bas, dans quelle partie de France, et dans quelle partie d'Europe étaient situés ces instituts ?
  • R : Maintenant je vous comprends correctement. Le premier était Brandenburg dans le Havel aux environs de Berlin a peu prés à 70 à 80 kilomètres. Le suivant était l'institut de Grafeneck, qui était à Pirna à côté de Dresde. Il y avait l'institut d'Harteim qui était à proximité de Linz sur le Danube en Autriche. Il y avait l'institut de Bernburg sur la rivière Saale près de Dessau. L'institut d'Hadamar était à Hesse.
  • Q : Il n'y avaient aucun institut situé dans une partie de la Pologne militairement occupée ?
  • R : Non.
  • Q : Et les six instituts que vous venez de nommer sont les seuls à votre connaissance ? Il n'y en avait que six ?
  • R : Ils sont les seuls, oui.
  • Q : Témoin, pouvez-vous évaluer la population d'Allemagne pour l'année 1939 ou 1940 ? Il y avait environ 50 à 60 millions d'habitants ?
  • R : Non, grossièrement il y en avait 80 à 85 millions.
  • Q : Quand vous dites 80 à 85 millions, vous incluez entièrement le Reich allemand, avec l'Autriche, les Sudètes et les territoires occupés ?
  • R : L'Autriche et les Sudètes, mais pas les territoires occupés.
  • Q : Et vous estimez grossièrement qu'il y avait 85 millions de gens ?
  • R : Oui.
  • Q : Sur ces 85 millions de gens, combien diriez-vous qu'il y avait de juifs vivant en Allemagne à ce moment et qui en étaient natifs ?
  • R : Peut être deux ou trois millions.
  • Q : Vous parlez présentement du Grand Reich Allemand, incluant l'Autriche et les Sudètes ?
  • R : Oui.
  • Q : Vous estimez donc qu'il y en avait entre deux et trois millions de juifs qui étaient de nationalité allemande ?
  • R : Grosso modo oui.
  • Q : Maintenant, avec deux ou trois millions de juifs allemands, qui étaient des nationaux allemands, amalgamés dans une population allemande de 85 millions de personnes expliquez, si vous le pouvez, au tribunal pourquoi les juifs allemands étaient exclus du programme d'euthanasie, qui comme vous l'avez dit était un programme salutaire accordant le privilège d'une mort douce à des gens afin de les sortir de leur misère ; pourquoi les juifs allemands n'étaient-ils inclus dans ce programme ?
  • R : J'ai déjà répondu à ça. Comme Bouhler l'expliquait, l'euthanasie ne pouvait être accordée qu'aux allemands.
  • Q : Je comprend ça, mais je pensais que vous aviez dit qu'à ce moment là il y avait entre deux et trois millions d'allemands en Allemagne, citoyens allemands qui étaient juifs.
  • R : Oui. C'est ça.
  • Q : Pourquoi n'étaient-ils pas inclus dans ce programme, si le privilège de ce programme devait être accordé à tous les allemands ?
  • R : La raison réside peut être dans le fait que le gouvernement ne voulait pas accorder aux juifs cet acte philanthropique.
  • [...]
  • Q : Témoin, je me souviens qu'hier après-midi vous avez dit que les six centres d'euthanasie étaient situées à Bernburg, Brandenburg, Hadamar, Harteim, Grafeneck et Sonnenstein, est-ce correct ?
  • R : Oui, c'est correct.
  • Q : Quand furent construites les chambres à gaz dans ces institutions ?
  • R : Quand ces institutions furent transformées en instituts d'euthanasie.
  • Q : Pouvez-vous vous souvenir approximativement de ces dates ?
  • R : Non, je ne peux pas. Je connais juste les années auxquelles les institutions sont devenues des centres d'euthanasie - approximativement. Je sais que Grafeneck et Brandenburg étaient les premières institutions à devenir des centres d'euthanasie. Ca a commencé à la fin de l'année 1939 pour le premier et début 1940 pour le second. Sonnenstein et Harteim furent mis en place au début de l'été 1940. Au début de l'été ou au printemps. L'institut de Bernburg fut établi à l'automne ou en hiver de l'année 1940, Hadamar, pendant l'hiver ou au printemps 1941. C'est le plus précis que je puisse vous fournir.
  • Q : Vous dites l'hiver ou le printemps de 1941. Vous voulez dire l'hiver 1940 ou le printemps 1941 ? Vous dites l'hiver ou le printemps de 1941.
  • R : J'ai dit hiver 41, je voulais dire janvier 41, mais ça pouvait être aussi en mars, je ne sais pas.
  • Q : Et vous pensez qu'Hadamar fut le dernier à être mis en place ?
  • R : Je suis certain qu'Hadamar fut le dernier.
  • Q : Maintenant, en quels matériaux ces chambres à gaz étaient-elles construites ? Etaient-elles des chambres à gaz mobiles, ressemblant à ces chambres de basse pression comme celles décrites par le Docteur Ruff, ou bien des installations bâties pour être permanentes dans le camp ou l'institut ?
  • R : Non des chambres à gaz spéciales étaient construites. Une pièce adaptée dans l'hôpital était utilisée, une pièce nécessairement proche du bureau d'accueil et de la pièce dans laquelle les aliénés étaient gardés. Cette pièce était transformée en chambre à gaz. Elle était scellée, équipée de portes et fenêtres spéciales [...]
  • Q : Quel département avait la responsabilité de la construction de ces chambres à gaz, était-ce votre département ?
  • R : Pas un bureau du Parti. Je ne comprends pas la question.
  • Q : Quelqu'un devait construire ces chambres. Qui donnait les ordres et qui était responsable de cette construction, était-ce votre département ?
  • R : Je présume que les ordres étaient donnés par la direction de l'institut, mais en fait je ne sais pas qui les donnait.
  • Q : En d'autres termes, les chambres n'étaient pas construites selon des spécifications ou des plans ?
  • R : Je ne pense pas, chaque chambre était différente. J'en ai vu plusieurs.
  • Q : Savez-vous quel département donnait l'ordre de procéder à la construction des chambres ? Etait-ce un département sous les ordres de Bouhler ?
  • R : Non. C'était Bouhler lui-même.
  • Q : Et il donnait l'ordre aux directions des différents instituts de procéder à l'installation des chambres, est-ce correct ?
  • R : Oui.

> Voir la première partie du témoignage du SS Viktor Brack.

 

SOURCE :

Extrait et traduit de : Washington US Gov - "Trials of War Criminals Before the Nuernberg Military Tribunals" - 1949-1953 Volume I.

 

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