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L'AUTRICHE ET LE IIIe REICH - L'ANSCHLUSS | Nicolas BERNARD | en ligne depuis : Mars 2000 | © www.1939-45.org | - Cliquez sur les vignettes pour obtenir une vue agrandie -
L'INVASION : 12 MARS 1938 L'entrée des troupes allemandes est officiellement réclamée par le nouveau Chancelier fédéral Seyss-Inquart, même si c'est Göring qui a rédigé le télégramme d'appel à la Wehrmacht... Cependant, Himmler et ses acolytes de la Gestapo n'ont pas attendu l'arrivée des soldats du Reich pour se rendre à Vienne. En début de matinée, ils font irruption au siège du Gouvernement autrichien en vue de s'emparer des dossiers secrets des Services de Renseignements locaux mais apprennent que les rapports les plus intéressants (concernant Hitler, Himmler, Göring, Heydrich, Canaris) ont déjà été saisis par leurs rivaux des services secrets militaires, l'Abwehr. Les SS installent tout de même leurs quartiers, en vue de la liquidation des oppositions. En quelques semaines, près de 76.000 personnes seront arrêtées dans la seule capitale... Au même moment, Hitler part en avion pour Munich puis de là rejoint en voiture le QG de la VIIIe armée allemande du général Von Bock, à Mühldorf-am-Inn. La 2. Panzer-Division du général Guderian a pénétré la première en territoire autrichien. La SS Leibstandarte Adolf Hitler de Sepp Dietrich ferme la marche. Les forces militaires allemandes sont accueillies avec enthousiasme par la population autrichienne, qui leur jette des fleurs, à un point tel qu'aux dires du général Jodl, les chauffeurs doivent porter des lunettes pour éviter d'avoir les yeux crevés. Guderian a laissé ce témoignage (Heinz Guderian - "Souvenirs d'un soldat" - Plon 1954, p. 36 ): "La population voyait que nous venions dans un but pacifique, sa réception était franchement cordiale. Les vieux soldats de la Grande Guerre, arborant leurs décorations, étaient sortis nous saluer. A chaque arrêt, les véhicules étaient ornés, les soldats comblés de provisions. On se serrait les mains, on s'embrassait, on pleurait de joie. Aucune fausse note ne vint troubler cette annexion désirée de part et d'autre, et plusieurs fois avortée déjà. Tenus séparés par une politique malheureuse durant plusieurs dizaines d'années, les enfants d'un même peuple se réjouissaient de se retrouver enfin."
Hitler prend la décision de se rendre dans son village natal, Braunau-am-Inn, à 15h50. De là, il se dirige, à la tête d'un convoi de 23 voitures et de 13 camions de police et des SS, vers Linz pour y retrouver Seyss-Inquart, environné d'une foule qui l'acclame. Très ému, le Führer donne l'ordre à Wilhelm Stuckart, Secrétaire d'Etat allemand à l'Intérieur, d'élaborer la "loi sur l'unification de l'Autriche avec le Reich" qui sera signée sur-le-champ. Du balcon de l'Hôtel de Ville, il s'écrie : "C'est de cette ville que la Providence m'a appelé pour accomplir ma mission. Et à présent que la Providence a fait de moi le Führer du Reich allemand, cette mission pour laquelle je me suis battu va s'accomplir. Je vais ramener mon cher pays natal au Reich allemand..." Après quelques difficultés techniques dues aux imperfections mécaniques et au mauvais temps (d'après Jodl, 70 % des unités blindées sont tombées en panne ce 12 mars au cours de la marche sur la capitale - Guderian ramène ce chiffre à 30 %), la 2. Panzer-Division atteint Vienne le 13 mars, après minuit.
L'ANSCHLUSS ! Le 14 mars au matin, Hitler fait son entrée dans Vienne, sous les vivats de la population. "Il était proprement en extase," écrira Von Papen, "je ne puis trouver d'autres mots pour le décrire." Un immense y défilé est organisé le 15, sur fond de persécutions contre les juifs et d'arrestations d'opposants. Le même jour, le Führer reçoit l'Archevêque de Vienne, le Cardinal Innitzer (qui s'est toujours montré partisan d'une unification austro-allemande), sous les huées des Chemises Brunes prêtes à envoyer au gibet "les juifs et les curés". Innitzer, au mépris des instructions du Vatican qui le lui reprochera, lui exprime "la joie profonde que lui cause la réunion de l'Autriche à l'Allemagne". Il compte recommander aux catholiques de se prononcer en faveur de l'Anschluss.
Le 18, Hitler annonce qu'un plébiscite sera organisé en vue d'approuver l'unification, le 10 avril. Le soutien des Catholiques est acquis. Les autres courants d'influence se soumettent. Le 2 avril, le dirigeant social-démocrate autrichien Karl Renner déclare dans le Neues Wiener Tageblatt qu'il votera "oui" au référendum. Le Consistoire de l'Eglise Evangélique a, dès le 13 mars, exprimé le désir de "revenir dans le giron de l'Eglise Evangélique allemande" en se ralliant, "avec une joie unanime et sincère, au grand événement historique qui ramène le peuple allemand d'Autriche dans le sein de la communauté de destin du grand Reich allemand". Ces ralliements, sincères dans leur grande majorité, l'encadrement opéré par la Gestapo (le premier convoi est parti pour Dachau le 01 avril), les circonstances propres du vote (les SA et les SS se tiennent près des bureaux de vote) ainsi qu'une réelle volonté d'en finir avec l'Etat croupion issu de l'après-guerre (il faut se souvenir que l'Autriche et l'Allemagne ont très tôt essayé de s'unifier, dès les années 20) et la bonne impression laissée par Hitler (en termes de puissance militaro-diplomatique ainsi qu'au regard de ses succès économiques) sont sans doute à l'origine des résultats invraisemblables du référendum du 10 avril 1938. En effet, 99,75 % des votants autrichiens ont approuvé l'Anschluss (99,08 % en Allemagne).
Le Gauleiter Bürckel écrit à Hitler : "Les résultats en Autriche et dans le reste du Reich dépassent toutes mes espérances !". Huit jours plus tôt, la France et la Grande-Bretagne ont reconnu l'incorporation de l'Autriche à l'Allemagne. Londres et, au bout d'un certain temps, Paris ont fini par considérer que l'Anschluss n'était qu'une affaire de politique intérieure allemande... Le 01 juin, l'Autriche prend le nom d'Ostmark. Elle est divisée en sept Gaue en lieu et place des neuf provinces. Le camp de Mauthausen ouvre ses portes fin mars. Les juifs sont persécutés, soumis à diverses humiliations comme le nettoyage des latrines publiques, et font l'objet de mesures d'exclusion et de dépossession. Schusschnigg est arrêté (il sera mis en résidence surveillée, puis envoyé à Dachau où il sera libéré en 1945 par les Américains). L'Anschluss, mis en scène par Hitler, désiré par les Autrichiens, a permis à l'Allemagne de faire main basse sur un territoire de 83.868 km², peuplé de 7 millions d'habitants. La Reichsbank a pu saisir 1,4 milliards de Reichsmarks (à l'origine, elle n'en détenait que 76 millions). Les minerais de fer de Styrie, les unités de l'armée autrichienne (dont la future 44. Infanterie-Division), tout est incorporé au Reich. La Tchécoslovaquie, quant à elle, est cette fois prise à revers.
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