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LA CAMPAGNE DE CRIMEE - 08 MAI 1942 - 04 JUILLET 1942 | Loic BONAL | en ligne depuis : Mars 2002| © www.1939-45.org |
Pourquoi la Crimée ? La Crimée a depuis de nombreux siècles occupé une situation géostratégique primordiale : à la croisée des continents européen et asiatique, lieu de passage fréquent des hordes d'invasion venues des steppes de l'Est, lieu d'implantation de colonies commerciales grecques puis italiennes, carrefour entre empires ottoman et russe, elle tient sur la Mer Noire une place stratégique d'importance, contrôlant les débouchés économiques de plusieurs régions riches en ressources, comme le Kouban ou le Donbass. Annexée par la Russie en 1783, la péninsule devient bientôt une des bases de l'expansion russe vers les détroits turcs. Au XIXe siècle, la Crimée est l'enjeu d'un conflit entre l'Empire de Russie en pleine expansion géographique et politique et la Sublime Porte ottomane déliquescente soutenue par les occidentaux soucieux de leurs intérêts au Proche-Orient. Cette Guerre de Crimée durera deux ans, de 1854 à 1856, et se caractérisera par un siège très intense, celui de Sebastopol, le grand port de guerre sur la Mer Noire. Durant la Première Guerre Mondiale, la péninsule n'est pas touchée par les combats. Après la Paix de Brest-Litovsk de mars 1918 obtenue par les Allemands sur les Bolcheviks, la Crimée, comme toute l'Ukraine, les Pays Baltes et une partie de la Russie Blanche, est cédée à l'Empire des Hohenzollern, qui ne peut la conserver néanmoins après l'armistice de novembre 1918. La Crimée devient alors la base opérationnelle des armées tsaristes blanches de Denikine et Wrangel, et aussi le point de ralliement des flottes occidentales qui établissent un "cordon sanitaire" autour des régions tenues par l'Armée Rouge. Cette dernière s'en emparera en 1920, aussitôt après la débâcle des armées blanches. L'Histoire souligne donc l'attraction politique suscitée par cette Crimée si convoitée, à la croisée de mondes et d'ensembles différents et souvent opposés. La géographie en explique également l'intérêt : d'une superficie de 27.000 kilomètres carrés, la péninsule tatare est reliée au continent d'une part par une bande de terre longue d'une trentaine de kilomètres et large de sept, l'isthme de Perekop, d'autre part par la "Flèche d'Arabat", large de quelques dizaines de mètres seulement. Ces deux isthmes enjambent le Sivach, ce qui signifie la "Mer putride", marais salé peu profond mais infranchissable par l'infanterie et même les canots d'assaut, qui sépare la Crimée de l'Ukraine. A l'est, la Crimée est séparée du Kouban par le Détroit de Kertch, un bras de mer d'une quinzaine de kilomètres de large qui relie Mer Noire et Mer d'Azov. C'est donc une forteresse naturelle idéalement protégée d'une attaque terrestre. Avec Sebastopol, les Soviétiques y disposent en 1941 d'une base aéronavale très importante, située à seulement 600 kilomètres des champs pétrolifères roumains de Ploesti et 500 d'Istanboul, couvrant les estuaires des grands fleuves Dniepr et Don et abritant la superbe Flotte de la Mer Noire, fleuron des forces navales soviétiques. Les raisons qui font de la Crimée un objectif primordial dès le début de la campagne de Russie sont donc claires : Hitler veut couvrir les champs pétrolifères roumains qui assurent l'essentiel de ses apprivoisements en pétrole - en attendant que l'exploitation dans le Caucase commence, en principe - et donc les soustraire à d'éventuels raids aériens, et veut enlever aux Soviétiques une base offensive si puissante et menaçante sur le flanc droit de l'avance allemande. C'est en effet dans ce but que la 11. Armee du Heeres Gruppe Süd s'y attaque dès la fin de septembre 1941. Les forces d'assaut du LIV. Armee Korps vont percer les fortifications très denses et profondes de l'isthme de Perekop et déboucher dans la péninsule. La 11. Armee s'empare sans difficulté de l'essentiel de la Crimée, mais échoue à prendre Sebastopol faute de forces motorisées. En dépit d'âpres attaques au cours des mois de novembre et de décembre 1941, les Allemands ne feront pas tomber la forteresse géante, renforcée par voie maritime. De plus, Manstein, en voulant selon les directives du Führer s'emparer de la péninsule avant l'hiver, a négligé de couvrir le détroit de Kertch, à l'extrémité orientale de la presqu'île : seule la 46. Infanterie Division du XXXXII. Armee Korps y monte alors la garde. Avec les grands froids, le petit détroit de Kertch, d'une quinzaine de kilomètres de large entre Kouban et Crimée, gelé, est vite franchi, tandis que des forces soviétiques débarquent également à Feodosia et Eupatoria La défense allemande, quoique excellente, ne peut éviter la perte de la presqu'île de Kertch, solidement tenue par trois armées soviétiques. Des combats violents et confus vont se dérouler pour la reprendre ou au contraire l'élargir : les Soviétiques veulent rejoindre Sebastopol et tout au long de l'hiver et du printemps, leurs attaques s'enchaînent. Au début du mois de mai, les Allemands ont contenu les Soviétiques dans la presqu'île de Kertch et repris l'initiative sur l'ensemble du front. Et la Crimée demeure toujours un de leurs principaux objectifs.
La situation en Crimée au 8 mai 1942 : Après les tentatives soviétiques pour rejeter la 11. Armee hors de Crimée, ou au moins pour dégager Sebastopol, du 26 décembre 1941 au 11 avril 1942, le bilan que peuvent dresser l'OKH tout comme la Stavka apparaît mitigé : les forces germano-roumaines n'ont pas été anéanties ni même expulsées de la péninsule, et Sebastopol reste plus que jamais assiégée ; néanmoins, les Soviétiques ont établi une solide tête-de-pont en s'emparant de la presqu'île de Kertch, tandis que la garnison de Sebastopol a été puissamment renforcée par voie maritime au cours de l'hiver, en particulier par les unités très aguerries évacuées d'Odessa en novembre. La situation est donc délicate pour une 11. Armee écartelée entre un siège long et coûteux, qui nécessite d'énormes moyens offensifs, et un front étroit mais incommode et surtout menaçant. Cependant, et malgré de lourdes pertes subies au cours de l'hiver, la 11. Armee, de par la ténacité de ses unités et la supériorité tactique indéniable de ses chefs, a tenu bon et dispose désormais de l'initiative dans la péninsule tatare. Conscient des erreurs qu'il a commises au mois de décembre précédent en laissant seule la 46. Infanterie Division face au détroit de Kertch, le General Oberst Von Manstein décide d'éliminer tout d'abord toute présence russe dans l'est de la Crimée, avant de se retourner contre la "plus grosse forteresse du monde" : Sebastopol La reprise des opérations offensives est fixée au 8 mai 1942.
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