|
LA CROIX DE LORRAINE | Yannis KADARI | en ligne depuis : Mai 2000 | © www.1939-45.org |
En juin 1940, la France battue, les anglais devaient seuls continuer la lutte contre le Reich allemand. Mais depuis Londres, De Gaulle appela les français à résister et à le rejoindre dans son combat. Parallèlement, en France, un nouveau gouvernement administrait la zone libre depuis Bordeaux puis ensuite Vichy. La situation était complexe dans cette "compétition franco-française", De Gaulle devait doter sa jeune organisation des attributs d'un gouvernement en exil, afin de se faire reconnaître en tant que tel par les alliés. L'hymne national fut bien sur conservé, mais pour affirmer leur résistance et se démarquer de Vichy, les Forces Françaises Libres (FFL) choisirent de frapper le drapeau tricolore d'une Croix de Lorraine. Elle devait devenir l'emblème des "free frenchs" dans le monde entier. Mais d'où provient cette Croix ? Embarquons-nous pour un voyage dans le temps, à la recherche d'une petite histoire pour une grande Croix ! La première tracede la Croix remonte au moyen age (13e siècle). Un seigneur chrétien et chevalier croisé du nom de Jean d'Alluye ramena de terre sainte, une croix à double travée ou croisillons, qu'il offrit en guise d'ex-voto aux moines de La Boissière en terre d'Anjou. Il l'avait reçue en signe de reconnaissance des mains de l'évêque d'Hiérapetra en Crète, pour avoir mis en fuite les Sarrasins, et protégé la cité de la destruction et du pillage. La légende veut qu'il s'agisse d'un morceau de la vraie Croix du Christ. Cette dernière aurait été scindée en dix-neuf parties, cachées dans plusieurs églises d'Orient, afin d'échapper aux risques d'incendies, aux guerres ainsi qu'aux invasions des Perses et des Arabes. La Croix, ramenée par Jean d'Alluye, serait elle-même taillée dans l'un de ces bois sacrés, gardé à la Basilique de Constantinople. Haute d'environ 27 centimètres, elle était finement ornée de pierres précieuses, de deux croix en or et de la sainte inscription I.N.R.I. Pourquoi deux croisillons ? Car le premier représentait la Croix de Jésus Christ et le second l'écriteau sur lequel était écrit en araméen, "Jésus le Nazaréen, roi des Juifs". Jean d'Alluye décéda à 33 ans peu de temps après son retour des croisades. Il fut inhumé dans un superbe tombeau de granit, orné de ses armoiries et d'une représentation de la Sainte Croix à deux travées. Détail étonnant, son tombeau fut acheté par un musée américain, le Cloister Museum, à quelques kilomètres de New York. Les Bernardins de la Boissière élevèrent un sanctuaire en l'honneur du reliquaire. Les pèlerins se pressaient pour venir y prier. Malheureusement la guerre de Cent Ans, la tragique défaite de Poitiers en 1359 et les coups de force des bandits de grand chemin, sans foi, ni loi, rendirent cet abri peu sûr. La Croix fut finalement confiée au duc Louis Ier d'Anjou, pour être gardée dans l'enceinte du château ducal d'Angers. L'abbaye de la Boissière fut dévastée par la guerre. Une chapelle fut érigée dans le château et dès lors une représentation de la Croix fut apposée sur les armoiries de la famille d'Anjou. En 1407, Louis II d'Anjou constitua une confrérie baptisée "Ordre de la Croix" qui devait vénérer et protéger la sainte relique. La Croix est aujourd'hui omniprésente à Angers, sur les bâtisses, les murailles et dans les églises. Elle apparaît même dans les sublimes tapisseries de l'Apocalypse brodées à Paris par Nicolas Bataille (NDLW : toujours visibles aujourd'hui au château d'Angers). Le Bon Roi René Ier, contemporain de Jeanne d'Arc, attribua bien des mérites à la Croix, protectrice des armées françaises, notamment lors de la bataille de Vieil-Baugé en 1421, aux côtés des écossais. René n'était pas uniquement Duc d'Anjou, mais aussi roi de Jérusalem, d'Aragon, des Deux Siciles, de Hongrie, comte de Guise et de Provence. Sur toutes ses terres, la Croix à deux croisillons était connue comme faisant partie des armoiries du seigneur. On la retrouve sur de nombreux édifices construits sous l'autorité de René. La France libérée de sa lutte contre Albion, la Croix de Lorraine retrouva son abbaye de la Boissière, reconstruite par les moines après sa destruction pendant la guerre de Cent Ans. Mais en Lorraine, en 1476-77, le duc René II menait, à la tête de ses troupes, une lutte a priori inégale afin de résister aux assauts du puissant Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Les deux armées s'affrontèrent en 1477 lors de la bataille de Nancy. La résistance populaire des lorrains, associée aux suisses, rangés sous le drapeau du duché frappé de la Croix de Lorraine, eut raison des troupes bourguignonnes, lentes à se mouvoir et certaines de la supériorité de leurs bouches à feu. Charles le Téméraire y laissa sa vie, tué dans un marécage non loin du champs de bataille. La Croix était devenue symbole de résistance et de liberté. En 1525, le fils de René II, Antoine, mena une campagne victorieuse et sanglante contre les paysans alsaciens, les "Rustauds". La Croix, était là aussi le signe de ralliement des soldats lorrains. La révolution française, menaça un temps la Croix qui failli être détruite, mais elle fut rachetée lors d'une vente publique organisée à Baugé par la jeune République et remise en place dans l'abbaye. Au cours des siècles, la Lorraine avait fait de la Croix son emblème. Elle était omniprésente et les femmes en portaient même des reproductions sous forme de bijoux. En 1871, la Lorraine fut annexée par l'Allemagne victorieuse du Second Empire de Napoléon III. Une fois de plus la Croix fut un signe de ralliement, symbole et emblème de la lutte des lorrains pour retrouver leur patrie. Une plaque fut déposée à Notre Dame de Sion portant l'inscription "Espoir. Confiance. Ce name po tojo" qui signifie : "Ce n'est pas pour toujours". La Lorraine fut libérée en 1918, à la fin de la Grande Guerre et rattachée à la France. Un pélérinage fut alors organisé jusqu'à Notre Dame de Sion, en l'honneur de la Sainte Croix. Lors des jours sombres de 1940, la Croix de Lorraine, sur proposition de l'Amiral Muselier, s'imposa tout naturellement aux yeux du général De Gaulle comme devant incarner la lutte d'une France libre, d'une France combattante refusant l'occupation de son sol par l'ennemi. Pour beaucoup, FFL, résistants, simples français, elle fut le symbole de l'espoir. En 1937 le colonel De Gaulle "patron" du 507e régiment de chars basé à Metz, avait pris connaissance de la symbolique de la Croix de Lorraine. Le 1er juillet 1940, le Général De Gaulle, chef des Français Libres, sur proposition du commissaire de la marine et de l'aviation Muselier, entérina la Croix de Lorraine comme emblème des FFL. L'Amiral D'Argenlieu écrira "Face à la croix gammée, qui n'est pas la Croix des Chrétiens, les bâtiments des Forces Navales Françaises Libres (FNFL) arboreront désormais, au beaupré, un pavillon bleu timbré d'une croix de Lorraine. La Croix de Lorraine dressée contre la gammée, c'est le symbole magnifique de notre victoire".
|