LES EINSATZGRUPPEN SS

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PROCES-VERBAUX DES AUDIENCES DU TRIBUNAL MILITAIRE INTERNATIONAL DE NUREMBERG

 

  • Colonel Amen (CA) : "Voulez vous expliquer en détail au Tribunal comment s'accomplissait une exécution massive ?"
  • Témoin Ohlendorf (TO) : "Un Einsatzkommando local essayait d'accomplir un recensement complet des Juifs dans une certaine zone par le système de l'inscription. L'inscription des Juifs était faite par les Juifs eux-mêmes."
  • CA : "Sous quels prétextes, le cas échéant, étaient-ils rassemblés ?"
  • TO : "Ils étaient rassemblés sur le prétexte d'une émigration."
  • CO : "Veuillez continuer."
  • TO : "Après l'inscription, les Juifs étaient rassemblés en un certain endroit ; ils étaient ensuite menés au lieu d'exécution qui était en général un fossé de défense antichars ou une excavation naturelle. Les exécutions étaient faites à la manière militaire, par des pelotons avec un commandement approprié."
  • CA : "De quelle façon étaient-ils transportés au lieu d'exécution ?"
  • TO : "Ils étaient transportés au lieu d'exécution dans des camions, par fraction qu'on pouvait exécuter sur le champ. On essaya ainsi de réduire autant que possible le temps qui s'écoulait entre le moment où les victimes apprenaient ce qui allait leur arriver et l'instant même de leur exécution."
  • CA : "Etait-ce bien là votre intention ?"
  • TO : "Oui."
  • CA : "Et une fois qu'ils étaient fusillés, que faisait-on des corps ?"
  • TO : "Ils étaient enterrés dans le fossé antichars ou dans l'excavation."
  • CA : "Comment déterminait-on, le cas échéant, si ces gens étaient réellement morts ?"
  • TO :"Les chefs d'unités ou les commandants des pelotons avaient reçu l'ordre de veiller sur ce point et de donner eux-mêmes le coup de grâce, le cas échéant."
  • CA : "Et qui devait le faire ?"
  • TO : "C'était soit le chef de l'unité lui-même, soit un homme désigné par lui à cet effet."
  • CA : "Dans quelle position les victimes étaient-elles fusillées ?"
  • TO : "Debout ou à genoux."

    [...]

  • CA : "Que sont devenus les habits que les victimes portaient en allant au lieu d'exécution ?"
  • TO : "Ils étaient obligés d'enlever leurs vêtements de dessus immédiatement avant l'exécution."
  • CA : "Tous ?"
  • TO : "Les vêtements de dessus, oui."
  • CA : "Qu'advenait-il du reste des habits qu'ils portaient ?"
  • TO : "Les autres vêtements restaient sur les corps."
  • CA : "Cela vaut-il seulement pour votre groupe, ou pour les autres Einsatzgruppen ?"
  • TO : "C'était l'ordre reçu pour mon Einsatzgruppe et je ne sais ce qui se passait dans les autres."
  • CA : "Comment cela se passait-il ?"
  • TO : "Certains chefs d'unités n'employaient pas pour la liquidation la manière militaire, mais tuaient les victimes une à une en leur tirant une balle dans la nuque."
  • CA : "Et vous n'étiez pas d'accord avec ce procédé ?"
  • TO : "J'étais contre ce procédé, oui."
  • CA : "Pour quelle raison ?"
  • TO : "Parce que, tant pour les victimes que pour ceux qui participaient à l'exécution, c'était extrêmement pénible à supporter."

 


 

Un autre témoignage a été livré à Nuremberg, celui de Hermann Gräbe, ingénieur en Ukraine :

"J'étais à Dubno le 5 octobre 1942. Mon contremaître me dit que 1500 juifs venaient d'être tués dans trois grandes fosses communes aux environs de la ville. Il était encore tout bouleversé d'avoir assisté à l'exécution. J'allai avec lui jusque là. [...] Plusieurs camions étaient arrêtés près d'un volumineux monticule de terre ; les gardes étaient des miliciens ukrainiens en armes. Ils faisaient descendre des gens, hommes, femmes et enfants, qui tous portaient l'étoile jaune sur leurs vêtements ; c'étaient des Juifs. Un SS, armé d'un fouet, donnait à ces malheureux l'ordre de se déshabiller. Ils devaient déposer leurs vêtements en tas, par catégories : j'ai vu une pile de 800 à 1000 paires de chaussures, un monceau de costumes et de sous-vêtements. Ni cris, ni pleurs. Les gens se tenaient, nus, en famille, s'embrassaient, se disaient adieu, et attendaient le signal d'un autre SS, également armé d'un fouet, qui était au bord de la fosse [...] Je remarquai une famille de sept personnes : le mari et la femme, dans la cinquantaine, deux grandes jeunes filles de 20 à 24 ans et trois enfants de 10, 8 et 1 an. Ailleurs, une vieille grand-mère tenait dans ses bras un bébé qu'elle berçait [...] Le SS, qui était près de la fosse, cria un ordre : son camarade compta vingt personnes qu'il envoya vers lui, de l'autre côté du monticule. Je fis le tour également et je vis une immense tombe. Les cadavres étaient emmêlés les uns dans les autres et entassés de telle sorte qu'on en voyait que les têtes. Certains remuaient encore, levaient un bras et tournaient la tête, pour montrer qu'ils étaient toujours en vie. La fosse était aux deux tiers pleine. Il devait y avoir un millier de corps. C'est un SS qui avait procédé aux exécutions. Il était assis sur le petit côté de la fosse, les jambes pendantes. Il avait une mitraillette sur les genoux et fumait une cigarette. Les gens, complètement nus, descendirent quelques marches creusées dans la terre, et marchant sur la tête des morts, se dirigèrent vers l'endroit que leur indiquait le SS. Ils se couchèrent sur les cadavres ; certains caressaient ceux qui vivaient encore ou leur parlaient à mi-voix. Puis j'entendis une détonation [...] Le groupe suivant approchait déjà [...] Quand j'allais repartir, je vis un camion qui venait d'arriver avec des malades et des infirmes. Deux personnes déjà nues déshabillaient une vieille femme paralysée qu'il fallut porter jusqu'à la tombe [...] Je revins le lendemain. Une trentaine de personnes, nues, étaient couchées près de la fosse. Certaines vivaient. Elles ne semblaient pas sentir le froid, ni remarquer mes ouvriers qui se trouvaient alentours [...] Une voiture légère de SS arriva. Je m'éloignai. J'entendis les détonations quelques minutes plus tard. Les survivants avaient été obligés de jeter les cadavres dans la fosse, puis de se coucher sur le dessus pour recevoir une balle dans la nuque."

 

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