L'ATTENTAT DU 08 NOVEMBRE 1939

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LA BURGERBRAUKELLER DANS LES ANNEES 30
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Le 08 novembre est une date particulière de l'histoire du mouvement national-socialiste. Car il s'agit de commémorer la tentative de putsch nazie de 1923, à Münich, tentative restée à l'état de tentative, par suite des mesures prises par les autorités munichoises et la Reichswehr. Depuis, chaque 08 novembre, Hitler se rend à Münich pour rencontrer ses "Vieux Camarades du Parti" et évoquer avec eux les temps glorieux où ils luttaient pour prendre le pouvoir et cassaient du rouge et du social-démocrate à tout va...

Le 08 novembre 1939, malgré ses obligations militaires, le Führer ne fait pas exception à la règle. Il se rend ainsi à la Bürgerbräukeller munichoise, lieu de départ de la conspiration de 1923, pour y faire un discours haineux à l'égard de l'Angleterre. Le discours en question démarre à 22h10. En théorie, Hitler ne doit partir que quelques heures plus tard, il a en effet l'habitude de rester bavarder avec ses "Vieux Camarades", et ses discours durent relativement longtemps. Dans la même journée, un ébéniste horloger répondant au nom de Georg Elser a déposé une bombe dans la brasserie, minutée pour exploser à 23h20. La bombe a été cachée derrière le pilier qui se dresse dans le dos de l'orateur. Qu'elle explose et Hitler sera désintégré. 23h07 : Hitler met brutalement fin au discours et s'en va précipitamment, sans serrer de mains, sans s'attarder avec ses "Vieux Camarades". Même la fin du discours paraît bâclée. La bombe explose quand même, une dizaine de minutes plus tard, tuant sept personnes et en en blessant soixante-trois, dont le père d'Eva Braun.

Lorsqu'on lui annonce la nouvelle, Hitler réplique : "Maintenant, je suis parfaitement fixé ! Le fait que j'ai quitté la Bürgerbräukeller plus tôt que d'habitude confirme les intentions de la Providence de me permettre d'atteindre mon but." Il exige d'arrêter les coupables, et pense à un complot de l'Intelligence Service (NDLW : services secrets britanniques).

Cette dernière a il est vrai dépêché deux agents en Hollande, Best et Stevens, chargés de rencontrer un membre de la Schwarze Kapelle, la résistance allemande. En réalité, ce "résistant" est un membre des services secrets nazis, Walter Schellenberg, qui cherche à la fois à intoxiquer l'Intelligence Service et à obtenir des renseignements sur la Résistance. Le 8 novembre, dans l'après-midi, Schellenberg a reçu un détachement SS chargé de sa sécurité de la part de Himmler. En fait il s'agit d'un véritable commando dirigé par Alfred Naujocks, le responsable du "coup" de Gleiwitz en septembre 1939. A l'annonce de l'attentat, Himmler ordonne à Schellenberg et Naujocks de kidnapper les deux officiers britanniques à Venlo, ce qui sera chose faite le 9 novembre. Le Führer a-t-il soupçonné l'Intelligence Service ? Himmler lui livre deux conspirateurs sur un plateau...

Elser est arrêté le 10 novembre alors qu'il allait passer en Suisse. L'homme passe rapidement aux aveux. Non, il ne connaît pas les deux officiers britanniques. Oui, il a agi seul, pour tuer le Führer et mettre fin à la guerre. Tortures, hypnose, rien n'y fait : Elser ne démord pas de sa version. L'enquête conclut qu'Elser a bien agi seul, sans complice. Best et Stevens n'ont rien à voir avec l'attentat. Evidemment, la Propagande allemande soutient le contraire : il s'agit d'un complot réunissant le renégat Otto Strasser, dissident nazi réfugié en Suisse, et les services secrets britanniques.

A GAUCHE : HITLER (ROND ROUGE) EN PLEIN DISCOURS - A DROITE : LA MEME SALLE APRES L'EXPLOSION
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Elser est-il exécuté ? Non ! On le laisse en vie, et il fait même l'objet d'un traitement de faveur, aux camps de Sachsenhausen puis Dachau. Il meurt le 05 avril 1945, dans ce camp, officiellement au cours d'un bombardement, concrètement de deux balles dans la tête tirées par un SS. On pourra toujours s'interroger sur le pourquoi d'une exécution aussi tardive, de même que sur l'utilisation de ce motif absurde ("mort au cours d'un bombardement") qui de toute évidence cache la plus élémentaire des exécutions comme le Reich s'est habitué à en faire. De même pourra-t-on relever cette troublante coïncidence, à savoir l'envoi d'un détachement spécial de SS à la frontière hollandaise le jour de l'attentat et la veille de la rencontre entre Schellenberg et les deux agents anglais. Enfin reconnaissons que Hitler a bénéficié d'une chance de tous les diables en s'en allant exceptionnellement plus tôt cette soirée là.

Elser a réussi à envoyer une lettre à Best et Stevens, à Dachau. Il y expliquait qu'il avait rencontré deux hommes au camp de Dachau où il était détenu en octobre 1939. Ces deux hommes lui auraient soumis le marché suivant : Elser serait libéré et parviendrait à gagner la Suisse s'il acceptait de déposer une bombe à retardement à la Brasserie où Hitler ferait son discours le 8 novembre. Cette bombe devrait exploser immédiatement après le départ du Führer, afin d'éliminer un groupe de traîtres au sein du N.S.D.A.P. Esler a accepté, et, mené au G.Q.G (NDLW : Grand Quartier Général) de la Gestapo de Berlin, a promis à ses deux libérateurs de témoigner au procès à charge qui se déroulerait contre les deux officiers anglais. Cette version a été confirmée par un ancien membre de la Direction de la Gestapo, Kopnikov, devant des enquêteurs britanniques, après la guerre. Comme la majorité des protagonistes nazis de l'affaire sont morts (Hitler, Himmler, Heydrich, Nebe, Göbbels) pendant la guerre, on ne saura véritablement jamais si cette thèse est exacte. Il est vrai que Hitler était un personnage suffisamment tordu pour avoir monté une affaire aussi complexe...

 

LES SOURCES :

  • André Brissaud - "Histoire des Services Secrets Nazis" - Plon 1972.
  • Jacques Delarue - "Histoire de la Gestapo" - Fayard 1964.
  • John Toland - "Hitler" - Robert Laffont 1983.
  • Anthony Cave Brown - "La guerre secrète : le rempart des mensonges" - Pygmalion/Gérard Watelet 1981, vol. 1.
  • Walter Schellenberg - "Le chef du contre-espionnage nazi parle" - Julliard 1957.
  • William L. Shirer - "le Troisième Reich des origines à la chute" - Livre de Poche 1983, vol. 2

 

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