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LE
CHAR LOURD FCM 2C
(Vignettes
cliquables)
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Jean-Robert
GORCE | en ligne depuis : Novembre 2000 / Article refondu
en : Mai 2002 | © www.1939-45.org |
En
1916, le général Estienne, commandant de l'artillerie d'assaut, lance
l'étude d'un char lourd qui fait défaut à l'armée française, alors équipée
seulement de chars moyens (Schneider et Saint-Chamond) et légers (Renault
FT17). Cette étude donnera naissance au mastodonte FCM 2C de 70 tonnes.
Prévu pour entrer en service en 1919, l'armistice annulera sa production
en série et dix exemplaires seulement seront construits. Regroupés au
sein du 51e BCC en 1940, ils seront sabordés le 15 juin, non loin de Bourbonne-les-Bains,
sans avoir jamais combattu.

A
l'origine, le rôle dévolu aux chars par leur inspirateur le général Estienne,
était celui d'une artillerie mobile, pouvant s'affranchir des obstacles
présents sur les champs de bataille bouleversés de la première guerre
mondiale. Ecrasant les réseaux de barbelés, franchissant les tranchées,
ils devaient ouvrir la voie à l'infanterie d'assaut en portant le feu
au cœur du dispositif ennemi. Le concept d'emploi préconisé par Estienne
consiste à faire attaquer les chars à l'aube, sans préparation d'artillerie,
cette dernière ne venant en appui qu'après le débouché des engins cuirassés.
En
1917, les premiers chars moyens Schneider et Saint-Chamond font leur apparition
sur les champs de bataille. Très vite les limites de ce type d'engins
apparaissent : l'élargissement des tranchées les rend impuissants à pénétrer
les lignes ennemies. Le Renault FT17 apparaît alors. Léger, mobile, facile
à produire en grand nombre, il s'affranchit sans difficulté des obstacles,
mais sa faiblesse de blindage et d'armement le rend trop vulnérable à
l'artillerie adverse. Le
général Estienne estime alors nécessaire de doter l'armée française d'un
char lourd, fortement blindé et armé d'un canon puissant pour compléter
le FT17. Ce type de chars avait été envisagé dès le début des études mais
les difficultés industrielles rencontrées pour réaliser un tel programme
avait fait donner la priorité à la fabrication d'engins plus légers.
En
octobre 1916, les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM), implantés
à la Seyne sur mer (Var) entreprennent l'étude d'un char lourd. En janvier
1917, le premier projet d'un engin appelé 1A, pesant 40 tonnes et doté
d'un canon de 105 mm est présenté au ministre de l'armement Albert Thomas.
Celui-ci, malgré la réticence du commandant en chef, le général Nivelle,
lance la construction par les FCM de trois prototypes. Le 1er décembre
1917, le modèle 1A est proposé à une commission, à laquelle appartient
le général Estienne. Ce dernier préconise alors le remplacement du canon
de 105 mm par un 75 mm et demande le renforcement du blindage et la possibilité
de franchir une tranchée de 4,50 mètres de large. On s'oriente donc alors
vers un char de la classe des 70 tonnes.
Le
général Pétain, qui remplace Nivelle comme commandant en chef au début
de 1918, se range à l'avis de Estienne et se montre très favorable à la
dotation des divisions françaises de chars lourds. Cinq cents chars sont
donc commandés le 19 janvier 1918, chiffre qui sera ramené à trois cents
le 18 septembre de la même année. L'échéance fixée est l'offensive projetée
pour avril 1919, la livraison de cent chars lourds par mois devant commencer
en octobre 1918. Malheureusement, la production en série du nouveau char
lourd 2C va rapidement s'avérer une entreprise difficile. Les FCM rencontrent
de nombreuses difficultés pour s'approvisionner en matières premières
et les ouvriers spécialisés nécessaires à l'usinage et à l'assemblage
sont en nombre très insuffisant. La production envisageable ne dépasse
pas alors les quarante-huit unités par mois et le Grand Quartier Général
ne pourra pas compter sur plus de deux cents chars 2C pour le 15 mars
1919. Le général Foch ne se fait d'ailleurs guère d'illusion puisque le
28 septembre 1918 il écrit au président du Conseil : "il est certain que
les 300 chars lourds commandés ne pourront être livrés avant le 1er avril
1919. Les FCM en promettent 140, mais le nombre de 80 paraît plus voisin
de la réalité". Le pessimisme de Foch est encore en dessous de la réalité
puisque le projet prend finalement près d'un an de retard. Après l'armistice
du 11 novembre 1918, la commande de trois cents chars FCM 2C est annulée
et seuls dix engins en cours de montage sont livrés à partir de 1921 sur
les exercices budgétaires afférents. Ce nombre correspond en fait aux
exemplaires demandés à titre expérimental.
La
paix revenue, le général Estienne va néanmoins conserver la volonté de
doter l'armée française de chars lourds. En 1936, l'apparition de la ligne
Siegfried va d'ailleurs donner toute son importance à ce type de matériel,
capable de mener à bien une attaque contre des fortifications permanentes.
Plusieurs projets seront présentés, mais aucun ne verra le jour. Quoiqu'il
en soit, l'inspirateur du 2C sonne lui-même le glas de son projet. Aucune
autre commande de chars lourds ne sera passée et l'équipement de la France
se limitera donc à dix exemplaires de chars 2C.
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Lorsqu'on
examine les caractéristiques techniques du chars 2C, tous les chiffres
paraissent à première vue démesurés. Monstre d'acier d'une longueur de
10,27 mètres et d'une hauteur de 3,80 mètres, il pèse 70 tonnes en ordre
de combat. Le blindage, prévu pour résister sans trop de problème à tous
les armements présents sur les champs de bataille de la première guerre
mondiale, est conséquent ; il atteint 45 mm à l'avant, 22 mm sur les côtés
et 13 mm sur la face supérieure. Les tourelles, quant à elles, sont entourées
de 35 mm d'acier pour l'avant et de 22 mm pour l'arrière. Il va sans dire
que la propulsion d'une telle masse a posé, à l'époque de sa conception,
des problèmes difficiles à résoudre. Les premiers moteurs prévus sont
des Chenu de 100 chevaux. Incapables de faire mouvoir correctement le
2C, ils sont remplacés par des moteurs allemands, cédés à la France au
titre des dommages de guerre. Deux types de motorisation seront essayées,
toutes deux prévues à l'origine pour équiper les dirigeables Zeppelin
: tout d'abord des Mercedes de 200 chevaux, puis finalement des Maybach
à 6 cylindres, développant 250 chevaux. Cette dernière motorisation donnera
au 2C la possibilité d'évoluer à une vitesse comprise entre 12 et 15 kilomètres
à l'heure selon le terrain. L'autonomie du char lourd est alors de 150
kilomètres. Les
possibilités de franchissement sont conformes aux exigences du général
Estienne ; le 2C peut passer sans difficulté des obstacles verticaux de
1,70 mètres, traverser un guet profond de 1,40 mètres et franchir un fossé
à bord franc de 4,25 mètres, ce qui correspond à la largeur des écluses
des canaux du Nord et de l'Est de la France. Pour servir le mastodonte,
pas moins de douze hommes d'équipage sont nécessaires. Ils se repartissent
de la façon suivante :
-
un
chef de char - officier subalterne
-
un
pilote - sous-officier supérieur
-
un
mécanicien - en général adjudant
-
un
aide mécanicien
-
un
électricien
-
un
radio
-
un
canonnier-chargeur
-
un
canonnier-tireur
-
un
mitrailleur arrière
-
un
mitrailleur avant
-
deux
mitrailleurs latéraux
Ces
hommes ont à leur disposition pour partir au combat un armement tout à
fait satisfaisant tant d'un point de vue qualitatif que quantitatif. Il
se compose d'un canon et d'une mitrailleuse sous tourelle et de trois
mitrailleuses en caisse. Le canon, qui constitue la pièce principale et
qui est positionné dans la tourelle avant, est de calibre 75 mm. C'est
un modèle 1897, produit par les ateliers de Puteaux pour les sous-marins
et dont le tube a été raccourci. Il peut tirer horizontalement sur 320°
avec un angle mort vers l'arrière. Son angle de tir vertical s'étend de
-20° à +20°. Pour régler son tir, le canonnier-tireur dispose d'une lunette
de visée graduée en distance jusqu'à 2 000 mètres, lui assurant un taux
de grossissement de 2,5. Les quatre mitrailleuses sont, quant à elles,
d'un calibre de 8 mm. La mitrailleuse protégée par la tourelle arrière
a un débattement de 260° avec un angle mort sur l'avant ; elle recoupe
sur environ 110° la zone de tir de la tourelle avant. Les mitrailleuses
en caisse ont des champs de tir horizontaux d'environ 50° pour l'arme
avant et 90° pour les armes latérales. Pour le combat, le 2C dispose,
sans réapprovisionnement, de 124 obus de 75 mm et de 9.500 cartouches
de 8 mm, ce qui lui donne une autonomie en munitions satisfaisante.
Un
autre problème se pose rapidement aux concepteurs du char lourd français
: celui du transport sur des longues distances de ses 70 tonnes. En effet,
étant donné sa faible vitesse et son encombrement, il n'est pas envisageable
de faire emprunter aux 2C le réseau routier pour les trajets importants.
Les déplacements se feront donc par voie ferrée et la fabrication de deux
boggies spéciaux par char est lancée. Ces deux boggies viennent s'accrocher
à l'avant et à l'arrière du char qui, ainsi suspendu forme à lui seul
un wagon. Bien évidemment, l'embarquement d'un 2C sur voie ferrée est
une opération longue et délicate qui nécessite du matériel spécifique
mais surtout doit se faire sur une portion droite de voie ferrée comportant
des abords dégagés. Compte tenu du matériel annexe nécessaire, le transport
d'une compagnie de trois chars nécessite un train complet. Les itinéraires
doivent de plus être soigneusement choisis puisque les convois de transport
de 2C ne supportent pas les courbes d'un rayon inférieur à 75 mètres.
Sur le plan tactique, les contraintes imposées par ce type de transport
sont donc très importantes et rendent le bataillon de chars lourds dangereusement
dépendant de l'état du réseau ferroviaire. Nous verrons par la suite ce
qu'il va en coûter...
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