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CHAR LOURD FCM 2C | Jean-Robert GORCE | en ligne depuis : Novembre 2000 / Article refondu en : Mai 2002 | © www.1939-45.org |
La livraison des dix chars 2C à l'armée française est effective en 1921. Ils sont affectés dans un premier temps au Groupement Lourd III à Châteaudun. Le 1er mars 1923, les Groupements Lourds I, II et III sont transformés en bataillons et réunis pour former le 551e RCC à Châlons-sur-Marne. Seul le IIIe bataillon est doté de 2C, les deux autres étant équipés de chars anglais Mark V+. Les Mark V+ vieillissant, le 551e RCC est dissout en février 1929 et les 2C sont regroupés au sein du 51e Bataillon de Chars Lourds. En mars 1930, cette unité est fusionnée avec le 511e RCC de Verdun qui comprend déjà un bataillon de chars B1bis et un bataillon de chars R35. A cette date, sept chars sont stockés en réserve à Bourges pour être utilisés seulement en cas de besoin. Les trois autres sont maintenus en service actif et constitue la 7e compagnie du 511e RCC, rattachée administrativement au Ier bataillon. Du fait des particularités de leur matériel en ce qui concerne la masse, l'armement et surtout la vitesse, les hommes de la 7e compagnie ne se mêlent guère au reste du régiment. Les 2C s'entraînent seuls, restent à part durant les manœuvres et cette originalité, savamment entretenue par les équipages eux-mêmes, a largement contribué à l'aura de mystère qui a toujours entouré les mastodontes des FCM. Durant cette période, la vie des équipages de 2C est donc relativement paisible, ponctuée seulement par de nombreuses visites, démonstrations et... réparations. En 1939, lorsque la guerre survient, le 511e RCC se transforme en 511e Groupement de Bataillons de Chars, unité purement administrative qui regroupe les 9e, 37e et 51e BCC, équipés respectivement de R35, de B1bis et de 2C. Peu de temps après, le 51e BCC se joindra au 29e BCC. pour former le 513e GBC., mis à la disposition de la IIIe armée du général Condé. En septembre 1939, le 51e BCC, formé du personnel et des chars de la 7e compagnie du 511e RCC auxquels viennent se joindre les engins stockés, se regroupe à Belrupt, près de Verdun. A ce moment, sept FCM 2C seulement sont encore "bons de guerre" ; en effet, sur les dix chars livrés, deux ont été réformés et servent de magasins de pièces détachées et un autre, à bout de potentiel, est maintenu "en réserve". Le bataillon comprend deux compagnies de trois chars et un char de commandement. Son nouveau chef est le commandant Fournet, fraîchement arrivé de Colomb-Béchar, dans le Sud de l'Algérie. La remise en état des 2C immobilisés depuis près de dix ans oblige les mécaniciens du bataillon à effectuer un grand nombre de réparations notamment sur les moteurs Mercedes qui ont beaucoup souffert des conditions de stockage. C'est d'ailleurs durant cette période que sont montés sur les 2C des moteurs Maybach de 250 chevaux, provenant d'un stock inexploité de l'arsenal de Puteaux. Moyennant quelques modifications minimes des échappements, cette nouvelle motorisation permet de donner au 2C un surcroît de puissance qui améliore sensiblement ses performances. Le bataillon ne passe qu'un mois à Belrupt, durant lequel outre les améliorations mécaniques dont nous venons de parler, on procède à l'instruction des nouveaux équipages grâce à des exercices de tir et de conduite en terrain accidenté. En octobre 1939, le bataillon Fournet est envoyé à Briey, au nord-ouest de Metz, où il est cantonné dans une caserne de gardes mobiles. La population locale et le maire de la ville voient d'ailleurs d'un assez mauvais œil l'arrivée dans leur commune de ces chars monstrueux qui, craignent-ils, ne peuvent qu'attirer sur eux les bombes de la Luftwaffe... Quoiqu'il en soit, le commandant Fournet et ses hommes s'installent et, durant la "Drôle de Guerre", l'instruction et l'entraînement se poursuivent. L'unité fait également l'objet de nombreuses visites au cours desquelles des démonstrations spectaculaires ont lieu : franchissement de fossés, de buttes, de pièces d'eau, le 2C fait maintes fois preuves d'indéniables qualités de manœuvre malgré sa masse imposante. Le 10 mai 1940, au moment de l'offensive allemande à l'Ouest, le 51e BCC est déployé dans les bois au nord de Briey. Il y reste jusqu'au 12 juin, jour où lui est donné l'ordre de repli. Les consignes prescrivent un embarquement sur voie ferrée qui doit s'effectuer en gare de Landres. Les chars No. 92 et No. 95 en panne sont rapidement sabotés et abandonnés sur place, à Piennes et à Mainville tandis que le reste du bataillon gagne par la route son point d'embarquement. Un léger retard étant engendré par l'absence de locomotive, c'est seulement le 13 juin 1940 en fin de matinée que tout est prêt pour le départ vers le sud. Les deux trains nécessaires au transport du bataillon Fournet s'ébranlent à une heure d'intervalle, en début d'après-midi, la première étape doit les mener à Gondrecourt. Le convoi atteint la zone entre minuit et 02 heures du matin, après avoir subi une attaque aérienne. Les chars sont maintenus sur leurs boggies de transport et dissimulés dans les bois de Badonvillers, au nord-est de Gondrecourt, dans l'attente de nouvelles directives. Le 14 juin, en fin de matinée, l'ordre de gagner Neufchâteau arrive de la IIIe armée. Le convoi se remet en route et il parvient dans la localité à l'aube du 15 juin, après avoir été fortement retardé par le désordre dont est alors victime le réseau ferroviaire de la région. L'arrêt à Neufchâteau est de courte durée et, bientôt, la directive est donnée de poursuivre vers Dijon. Le commandant Fournet, une nouvelle fois, organise le départ qui a lieu en début d'après-midi. Arrivés à l'entrée du village de Meuse, à une dizaine de kilomètres à l'ouest de Bourbonne-les-Bains, les deux trains portant les engins du 51e BCC sont bloqués dans une courbe en déblai de la voie ferrée par un convoi en flamme. Dans l'impossibilité de faire débarquer ses chars pour faire face à l'ennemi, le commandant Fournet prend alors la décision de les saborder pour permettre ensuite aux équipages d'échapper à la capture. A 19 heures, les tuyauteries d'essence sont sectionnées et des charges explosives mettent fin au périple des derniers chars lourds français. Lorsque les hommes du Panzer-Regiment 10 découvriront, à leur plus grande surprise, les convois abandonnés, seul le 2C No. 99, dont la mise à feu des charges n'a pas fonctionné, sera encore en état. Le commandant Fournet et ses hommes sont ensuite dirigés vers le sud et après quelques péripéties, ils se retrouveront pour la plupart dans le Tarn, près de Carmaux. En juillet, le 51e BCC sera dissout à Castres. Ainsi s'achève l'histoire du char lourd 2C, apparu trop tard pour participer à la guerre de 1914-18, sa conception dépassée l'a irrémédiablement condamné lors du conflit suivant.
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