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LA MAR-MAR FNFL ET LE "POOL" INTERALLIE -
"[...] En Juin 1943, la Marine Marchande Française, comme l'Empire, étaient coupée en plusieurs tronçons : la première tâche était donc de les rapprocher, puis de les unifier. En premier lieu, il y avait la Flotte de la FRANCE COMBATTANTE qui, depuis trois ans, sillonnait les mers, accomplissant la tâche glorieuse et obscure d'escorte des convois, et qui avait déjà payé un lourd tribu aux sacrifices communs. A cette première fraction s'était ajoutée, depuis le mois de Novembre 1942, la flotte affrétée aux alliés américains et britanniques en Afrique en vertu des accords intervenus entre le Général Commandant en Chef interallié et le Commandant en Chef Français. Il y avait ensuite un troisième tronçon formé de navires, réquisitionnés aux Etats-Unis, en vertu de la loi nationale américaine au moment de l'entrée en guerre du Gouvernement de Washington. Enfin , la quatrième catégorie était constituée par notre flotte de cabotage qui nous avait été laissée par les accords de 1942 . Elle comprenait des navires, petits, lents, et surtout anciens. Cette flotte jaugeait alors 170.000 tonnes (dont 140.000 "cargo"). Au total, si l'on y ajoute les navires demeurés aux Antilles et à la Réunion, c'est à environ 1.000.000 de tonnes que se monte la flotte marchande française actuellement au combat, soit le tiers de notre flotte d'avant-guerre. Des pourparlers furent entamés avec nos alliés pour assurer dans la mesure du possible, l'unité de la flotte marchande de la France en guerre. En vertu des accords intervenus, pourront être réarmés par des français et porter le pavillon national, tous les navires français pour lesquels nous pourrons fournir du personnel français ; en outre, 60.000 tonnes de navires réquisitionnés en Amérique et 45.000 tonnes de navires réquisitionnés par les Britanniques viendront s'ajouter aux navires déjà gérés par le Comité Français de la Libération nationale. S'il n'est peut être encore question de réarmer sous notre pavillon de gros paquebots comme le "Pasteur" et "l'île de France" qui absorberaient des effectifs trop considérables, un important effort de collaboration a été demandé à notre marine de guerre pour fournir à la Marine marchande les 3.000 hommes qu'exige le réarmement de la totalité de nos cargos. Les nécessités de l'effort de guerre n'ont pas permis, cependant, au Comité de la Libération, de reprendre le plein et libre usage de la flotte marchande française dont la plus grande partie reste sous le contrôle du "pool" interallié. L'expérience de la guerre de 1914-1918 a montré, en effet, que seule la mise en commun du tonnage disponible sous une direction unique permettait d'obtenir un rendement satisfaisant. Il suffit, d'ailleurs, de se représenter l'effort de discipline et de coordination qu'exige le regroupement de navires répartis dans le monde entier qui doivent se rassembler un jour déterminé, sur un point donné, en vue d'une tâche précise, pour comprendre la nécessité d'un organisme interallié, disposant de pouvoirs étendus et capable d'imposer sa volonté à tous. C'est ainsi que fut créé, dans les mois les plus sombres de 1918, le premier "pool" interallié auquel vinrent se joindre en 1918 les navires américains . Dés 1939, profitant de l'expérience chèrement acquise vingt cinq ans plus tôt, les alliés instituèrent une organisation similaire à laquelle adhéra la flotte marchande française ; les navires ayant rallié La France Libre ne quittèrent pas le "pool" . Enfin, depuis Novembre 1942 prés d'un million de tonnes de bateaux français y ont repris leur place , apportant à l'effort de guerre une contribution notable. C'est ce "pool" qui a sauvé la Grande-Bretagne et permis de rassembler l'immense flotte grâce à laquelle put être effectuée, en Novembre 1942, la libération de l'Afrique du Nord ; instrument essentiel de la stratégie maritime, c'est lui qui rend possible l'ouverture de théâtres d'opérations dans toutes les mers du monde ; il comprend des navires anglais, américains, français, hollandais, polonais, belges, norvégiens, grecs, yougoslaves, et même maintenant italiens. Il constitue l'un des plus remarquables et des plus efficaces témoignages de la solidarité interalliée puisque, sans autre motif que de gagner la guerre le plus rapidement possible, l'on voit des cargos français ou belges ravitailler les armées américaines ou britanniques de l'Extrême-Orient, tandis que des navires anglais ou américains assurent la satisfaction des besoins français. S'il est certain que cette organisation interalliée permet d'obtenir la meilleure utilisation possible du tonnage disponible, il s'en faut qu'elle puisse assurer la satisfaction de tous les besoins des alliés. Nombreux sont, dans l'Empire Français, les stocks non utilisés et les denrées qui ne peuvent être transportées, faute de navires. Mais cette situation ne nous est pas particulière, et l'on sait que l'Angleterre, due à ce qu'elle ne peut plus importer une quantité suffisante de fruits de son empire ; parallèlement, ces fruits de l'Empire britannique ne trouvent plus de débouchés, faute de "Shipping" . Tous les belligérants ont à déplorer des faits de ce genre, qui dureront tant que dureront les hostilités, c'est-à-dire tant que les nécessités de la guerre devront passer au premier plan. De toute ces pertes, de toutes ces privations, les Français ont été dédommagé depuis le jour de la libération du territoire métropolitain. Le "pool" interallié assure le transport de tous les produits nécessaires au ravitaillement de la France ; même si nous disposions de la totalité de notre flotte marchande, nous serions dans l'impossibilité de les transporter tous par nos moyens propres avec la rapidité voulue. [...]"
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