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OPERATION HIMMLER | Nicolas BERNARD | en ligne depuis : Février 2000 | © www.1939-45.org |
"Vous êtes l'homme qu'il me faut." C'est par ses mots que le chef du Sicherheitsdienst (NDLR : Services de sécurité du Reich), Reinhard Heydrich, accueille Alfred Helmut Naujocks, spécialiste des "coups tordus" de la SS, le samedi 05 août 1939 à son Q.G. berlinois de la Prinz-Albrechtstrasse. Il est vrai que Naujocks n'en est pas à son coup d'essai. Membre du N.S.D.A.P. en 1931, il a participé à quelques opérations spéciales organisées par ce même Heydrich, du "tabassage de Rouges" à la fabrication de faux documents contre les ennemis politiques intérieurs et extérieurs du régime nazi, en passant par l'incendie du Reichstag. Cette fois, Heydrich va confier une mission d'une importance qui, selon ses propres termes, "dépasse tout ce que le service SS a entrepris jusqu'ici, bien qu'en substance, il s'agisse d'une opération commando. Tant d'intérêts politiques et militaires sont attachés à son résultat qu'un échec est entièrement hors de question." Et le dirigeant nazi de s'expliquer : Hitler a décidé d'attaquer la Pologne avant la fin du mois. Et pour couvrir cette agression, il a besoin d'un prétexte, qui consistera en l'attaque de la station allemande de radiodiffusion de Gleiwitz (qui se trouve en Silésie, en bordure de la frontière entre l'Allemagne et la Pologne), par des soldats polonais. Aussi est-il prévu d'envoyer des SS revêtus de l'uniforme polonais prendre d'assaut la station. "Je devais m'emparer de la station d'émission radiophonique, dira Naujocks à Nuremberg, et la tenir assez longtemps pour permettre à un Allemand parlant polonais, qui serait mis à ma disposition, d'émettre un message en polonais. Ce message, me dit Heydrich, déclarait que l'heure de la guerre germano-polonaise avait sonné, et que les Polonais rassemblés allaient écraser toute résistance de la part des Allemands." Car, selon Heydrich : "Il nous faut pour la presse étrangère et la propagande allemande des preuves matérielles de ces attaques polonaises". Naujocks et ses hommes se rendent aussitôt à Gleiwitz pour se mettre au travail : repérage, installation du matériel, etc.. L'Abwehr, les services secrets de l'armée allemande dirigés par l'admiral Canaris, a fourni des uniformes polonais. La Gestapo fait mieux : elle offrira des cadavres, des déportés du camp d'Orianenburg à qui l'on a fait des injections mortelles, et qui, eux aussi seront revêtus de l'uniforme polonais, avant de recevoir des blessures d'armes à feu. Preuve évidente qu'il y aura eu combat... Finalement, sur l'ordre de Heydrich, un seul de ces cadavres, baptisés "boîtes de conserve", sera utilisé. La stratégie nazie ne se limite pas à cette opération, baptisée Himmler. Un commando dirigé par Herbert Melhlorn (qui sera remplacé en cours de route par le colonel SS Hans Trummler) simulera un combat violent près du poste frontière de Hochlinden. Un second commando dirigé par Otto Rasch saccagera le poste frontière de Pitschen, où des photographes seront disposés. Mais parce qu'elle implique la transmission d'un message radio incendiaire sur les ondes allemandes, l'attaque de Gleiwitz reste la plus importante de toutes. Le jeudi 31 août 1939, le sort en est jeté. La décision de Hitler d'envahir la Pologne est cette fois irrévocable. Et à 13h30, Heydrich donne l'ordre d'exécuter l'opération Himmler. Les SS ont reçu l'autorisation d'éliminer quiconque entraverait leur action. Vers 19h30, deux voitures transportant huit SS déguisés en soldats polonais et armés de pistolets Lüger s'arrêtent derrière la station radio. Les SS assomment les gardiens du bâtiment à coup de crosse et se rendent à la salle d'opérations. Mais dans les hommes du commando ne trouvent pas le commutateur connectant Gleiwitz avec Breslau, afin de diffuser le message. Tant pis, l'un des sbires de Naujocks, Heinrich, lit le message en question : "Les dirigeants de l'Allemagne précipitent l'Europe dans la guerre... La pacifique Pologne est constamment menacée et brimée par Hitler qui doit être écrasé à tout prix... Dantzig est polonais...". Au moins le discours passera-t-il sur les ondes régionales de Gleiwitz. Pour finir, les hommes du commando tirent quelques coups de feu en l'air, puis disparaissent, un cadavre derrière eux, le déporté fourni par la Gestapo, serviteur involontaire de la machination allemande. Malgré ce relatif insuccès, Hitler, et par voie de conséquence Heydrich, sont satisfaits. Le 1er septembre, en début de matinée, la presse allemande annonce qu'un poste radio allemand a été attaqué par les Polonais. L'événement fait la une du Völkischer Beobachter, l'organe officiel du N.S.D.A.P. Hitler a son prétexte et dénoncera "l'attaque polonaise" dans son discours de la journée. Mais il n'a pas attendu ces "révélations" de la presse pour prendre les devants : depuis 04h45 ses troupes ont envahi la Pologne.
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