L'AFFAIRE DU S/S ATHENIA

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Avec l'accord naval de Londres de 1936 a été instauré une réglementation bien précise sur la guerre des convois. Tout navire de guerre doit en effet arraisonner les navires de commerce, armés ou non. La destruction doit être motivée par un examen opéré à bord desdits navires. Encore le navire de guerre (qu'il soit de surface ou sous-marin) doit-il au prélable s'assurer de la sécurité de l'équipage et des passagers... L'Amiral Dönitz a bien expliqué pourquoi ce tecte était difficilement applicable en temps de guerre. On notera qu'il se montre peu loquace sur cette attaque dans ses Mémoires. A la lumière du comportement des autorités allemandes en l'espèce, on comprendra aisément pourquoi.

"D'une façon générale, les navires de commerce naviguaient sans feux la nuit, comme des bateaux de guerre. Le sous-marin avait alors de la peine à reconnaître s'il s'agissait d'un bâtiment auxiliaire ou d'un pur bâtiment marchand. Il devait donc s'approcher de très près pour distinguer les détails. Faisait-il usage d'une lampe Morse ou de son projecteur, l'éblouissement ainsi causé gênait son action alors que sa position se trouvait révélée. Dans le cas où il avait affaire à un bateau-piège, sa destruction était assurée. A ces mesures prises par l'ennemi qui rendaient difficile l'application de l'ordre sur les prises, vinrent s'ajouter des restrictions provenant de notre propre commandement, à la suite d'un incident [sic] survenu tout au début de la guerre. Le 4 septembre [re-sic] 1939, l'U-30 coula le paquebot Athenia qui, tous feux masqués, naviguait en zigzags autour d'une route moyenne inhabituelle. Le commandant allemand crut se trouver devant un croiseur auxiliaire. Le soir même, un message fut envoyé à tous les sous-marins : - Par ordre du Führer, aucun paquebot ne sera plus provisoirement attaqué, même s'il navigue en convoi. Les navires à passagers obtenaient donc un statut particulier, car le Droit international autorisait leur destruction à vue s'ils se trouvaient dans un convoi." (Grand Amiral Karl Dönitz - "Dix ans et vingt jours" - Union Générale d'Editions Paris 1963 page 44-45).

LE U-30 EN SURFACE. CE SOUS-MARIN OCEANIQUE EST DE TYPE VIIA
Crédit Photo : Inconnu - DR -

 

Incident ? Le paquebot a-t-il réellement adopté une conduite plus que suspecte ? Le commandant de l'U-30, Lemp, a prétendu par la suite (et ce jusqu'à sa mort en 1941) qu'il croyait que le navire n'était qu'un navire de guerre... Mais est-ce si sûr ? Pour s'en convaincre, voici le témoignage d'un membre de l'équipage du sous-marin, produit à Nuremberg.

"Je soussigné, Adolf Schmidt, matricule N 1043-33 T de la Marine de guerre allemande, ancien membre de l'équipage du sous-marin U-30, déclare sous la foi du serment :

  • 1/ Je suis actuellement prisonnier de guerre au camp canadien n°133 à Lethbridge, Alberta.
  • 2/ Le premier jour de la guerre, le 3 septembre 1939, un bâtiment d'environ 10 000 tonnes fut torpillé par l'U-30 dans les dernières heures de la soirée.
  • 3/ Nous avons fait surface une demi-heure environ après le torpillage du bateau, après l'explosion, et le commandant m'appela à la tourelle pour me montrer le navire torpillé.
  • 4/ J'ai vu de mes yeux le bâtiment, mais je ne crois pas qu'il ait pu apercevoir notre sous-marin à ce moment, étant donné la position de la lune.
  • 5/ Quelques membres de l'équipage seulement eurent la possibilité de se rendre à la tourelle pour voir le bâtiment torpillé.
  • 6/ A part moi-même, l'Oberleutnant Hintsch était dans la tourelle lorsque j'ai vu le vapeur après l'attaque.
  • 7/ J'ai observé que le bateau donnait de la bande.
  • 8/ Aucun coup d'avertissement ne fut donné avant le lancement de la torpille.
  • 9/ J'ai observé moi-même un grand tumulte à bord du navire torpillé.
  • 10/ Je crois que le navire n'avait qu'une cheminée.
  • 11/ Au cours de l'attaque, on lança une ou deux torpilles qui ne firent pas explosion, mais j'ai moi-même entendu l'explosion de la torpille qui atteignit le vapeur.
  • 12/ L'Oberleutnant Lemp attendit l'obscurité pour faire surface.
  • 13/ Je fus sérieusement blessé le 14 septembre 1939, au cours d'une attaque aérienne.
  • 14/ L'Oberleutnant Lemp, peu de temps avant mon débarquement à Reyjavik, le 19 septembre 1939, me rendit visite au carré des sous-officiers où j'étais couché, sérieusement blessé.
  • 15/ L'Oberleutnant Lemp fit évacuer le carré des sous-officiers afin de rester seul avec moi.
  • 16/ Il me montra alors une déclaration sous serment d'après laquelle je m'engageais à ne rien mentionner de ce qui s'était passé le 3 septembre 1939 à bord de l'U-30.
  • 17/ Cette déclaration sous serment était conçue à peu près dans les termes suivants : " Je soussigné, m 'engage par la présente à garder le secret sur tout ce qui s'est passé le 3 septembre 1939 àbord de l'U-30, tant envers les ennemis qu'avec les amis, et à effacer de ma mémoire les événements de ce jour. "
  • 18/ J'ai signé de ma main gauche - de façon illisible - cette déclaration sous serment rédigée par le commandant, de sa propre main.
  • 19/ Plus tard, en Islande, quand j'entendis parler du torpillage de l'Athenia, je me demandai si l'U-30, le 3 septembre 1939, n'avait pas pu couler l'Athenia, d'autant plus que le capitaine m'avait fait signer la déclaration que je viens de mentionner.
  • 20/ Jusqu'à maintenant, je n'ai jamais parlé à personne de ces événements.
  • 21/ La guerre étant terminée, je me considère comme étant délié de mon serment."

(cité dans Christian Bernadac - "La Kriegsmarine" - France-Empire Paris 1983, page 142-143 ; l'ouvrage de Bernadac constitue un recueil des documents et procès-verbaux du procès de Nuremberg).

On ne saura jamais si Lemp savait qu'il s'attaquait à un paquebot. Toujours est-il que son comportement dans les jours qui ont suivi le torpillage est des plus suspects. Ce qui n'est rien comparé à ce que les autorités allemandes vont accomplir pour se laver aux yeux de l'opinion publique.

 

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