LA BATAILLE DE MALTE : 1940-1943

| Yannis KADARI | en ligne depuis : Mai 2001 | © www.1939-45.org |

 

A 90 km de la Sicile, à 300 km de la Tunisie et à 350 km de la Libye se dresse une île qui sera le cauchemar des Italiens et de l'Afrikakorps d'Erwin Rommel. "Un porte-avions insubmersible", dira Churchill. "Une infection à guérir", répliquera Hitler. Son nom ? Malte.

 

L'ETAT DES LIEUX | VOIR LA CARTE [54 ko] | VOIR L'ODB DE LA GARNISON DE MALTE |

Malte est un archipel constitué de trois grandes îles (Malte, Gozo et Camino) et d'un îlot (Filfla). En 1940 la population maltaise s'élevait à environ 250.000 habitants pour une superficie totale de 250 Km². La capitale, La Valette, était construite sur une péninsule insérée entre le port principal (Grand Harbour) et le port de Marsamxett. La cité se présentait selon une disposition typique des villes Méditerranéennes. Il s'agissait d'un enchevêtrement de petites rues étroites et de placettes ombragées. Les maisons extérieurement austères, étaient construites à l'aide de blocs de pierres particulièrement résistants. Ces murs épais, comme nous le verrons un peu plus loin, auront leur importance lors des bombardements massifs menés par les appareils de l'Axe.

Tous, des Phéniciens en passant par les Carthaginois, les Romains, les Byzantins, les Arabes qui y installèrent un marché aux esclaves, les Normands, les Espagnols de Charles-Quint, les Turcs jusqu'à Bonaparte (lors de sa campagne d'Egypte), ont appris à ne pas sous-estimer la valeur stratégique de cette île. Malte est ainsi passée aux mains des Anglais en 1800, victorieux des troupes françaises de Vaubois, laissées en garnison par Bonaparte en 1798. L'occupation de l'île par l'Empire Britannique fut officialisée en 1815, dans le cadre d'un traité passé entre l'Ordre de Malte (apparu en 1530) et Londres.

Qui tient Malte contrôle le détroit de Sicile (peu profond et aisé à miner) et peut donc couper les lignes de communication entre l'Italie et l'Afrique du Nord. Avec Gibraltar et Alexandrie, Malte est l'un des atouts majeur de la Grande-Bretagne en Méditerranée. Géographiquement et militairement l'île est un bastion qui semble inexpugnable. Paradoxalement, en 1939, les stratèges de l'Amirauté britannique envisagent très sérieusement d'abandonner la place en cas de guerre contre l'Italie ! Car si la Royal Navy est la troisième flotte du monde, elle n'a pourtant pas les moyens de se maintenir en Méditerranée centrale, tout en protégeant Gibraltar et le Canal de Suez. De plus Malte est une île qui n'est absolument pas autosuffisante. La population ainsi que la garnison sont tributaires du ravitaillement amené par voie maritime ; ce qui en temps de paix est routinier, deviendra vite un problème majeur pour la survie de l'île qui sera l'objet d'une lutte acharnée pendant plus de deux ans.

En 1940, la base navale de Grand Harbour n'abrite que quelques unités de la Royal Navy ainsi que des vedettes rapides. Sept sous-marins sont basés au port militaire de Manoel Island. En terme de défense antiaérienne, la situation est à peine croyable ! Malte compte deux bases principales : l'aérodrome de Luqa qui abrite les appareils de la Royal air Force et le terrain d'Hal Far, base de la F.A.A. (NDLW : F.A.A. pour Fleet Air Arm - Aéronavale britannique). Une troisième base, Takali hébergera les Spitfires qui rejoindront l'île en 1942.

ST PAUL'S BAY EN 1937 - AU FOND LES HMS PENELOPE ET LANCE
NOTEZ LA BARQUE TYPIQUEMENT MALTAISE
Crédit Photo : IWM

Si les infrastructures sont de relativement bonne qualité , le nombre d'appareils frise le ridicule ! Ainsi les hydravions Saro London du No. 202 Squadron de la Fleet Air Arm ont quitté l'île en septembre 1939 pour rejoindre Gibraltar. Il ne reste plus sur place que quelques vieux avions-torpilleurs Swordfish du No. 830 Squadron. Pire ! Malte ne dispose d'aucun appareil de chasse jusqu'en avril 1940, date à laquelle on découvre huit chasseurs Gloster Sea Gladiator, démontés et conditionnés dans leurs caisses. Mais si les avions sont remis en état, il faudra à l'état-major "faire les fonds de tiroirs" pour dégoter sept pilotes aptes à prendre l'air ! En ce qui concerne la D.C.A. le constat est tout aussi alarmant ! Londres avait prévu 172 canons pour la défense de Malte, en réalité, la garnison ne dispose que de quelques dizaines de fusils mitrailleurs Bren.

 

| |