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PROPAGANDE ! LA RADIO FRANCAISE DE 1940 A 1945 | Matthieu BOISDRON | en ligne depuis : Avril 2000| © www.1939-45.org |
VICHY ET LA FRANCE OCCUPEE Après la débâcle et la défaite, l'armistice est signée le 22 juin à Rethondes. Les émissions radiophoniques ne reprennent que le 05 juillet ; 5 jours avant l'attribution des pleins pouvoirs à Pétain par le gouvernement. Dès l'été 1940, un studio et installé au Casino de Vichy. La radio doit devenir le principal instrument de propagande du nouvel "Etat français" et de sa politique réactionnaire. Toutefois, Vichy possède peu d'émetteurs ; la plupart a été prise en charge par les allemands. Les plus puissants se trouvant en zone occupée. Une onde unique et à caractère nationale doit donc être créée : ce sera "Radio Vichy". Au sein du gouvernement est créé un secrétariat à l'information et à la propagande. C'est Paul Marion, ancien communiste, membre de 1936 à 1939 au P.P.F. de Doriot qui, en février 1941, en prend la tête. La radiodiffusion française est tout de même bien loin d'être aussi indépendante : elle est très liée à la Vice-présidence du conseil. Darlan quant à lui, placera comme chef de la Direction de la Radio le commandant Duvivier. La cohabitation entre les deux responsables de cet organisme sera difficile. Malgré cela, un système cohérent et fiable en découlera. Ainsi, plusieurs ministères ou structures vichystes auront leurs propres chroniques radiodiffusées. L'audience reste faible car la radio de Vichy est trop orientée vers la politique du Maréchal et dédaigne la politique extérieure, la poursuite de la guerre. Face à ce problème, il est mis en place un système d'émissions de divertissement dont le volume dépassera en juin 1941 celui de l'information à cet effet, on compte un nombre important d'émissions musicales. La Propaganda Abteilung in Frankreich, en zone occupée lance Radio Paris dès le 18 juillet 1940. Avec des moyens financiers importants, cette radio allemande en langue française recrute de nombreux journalistes collaborationnistes qui participent également aux principaux journaux antisémites français. Profitant des nombreux concerts et spectacles donnés à Paris, elle joue sur le même credo que la radio de Vichy. Avec de grands orateurs comme Jean Hérold-Paquis (membre du P.P.F. et du comité d'honneur de la Waffen SS), qui terminait toujours ses diatribes par "car comme Carthage l'Angleterre sera détruite ", ou encore Philippe Henriot, cette radio connaissait du succès. Le retour de Laval au gouvernement en 1942 couplé à l'invasion de la zone libre par les allemands, marque un nouvel élan de la radiodiffusion. L'avocat Paul Creyssel comme secrétaire général à la propagande et Paul Demaison (qui remplace Duvivier) vont marquer nettement cette renaissance. Le 07 novembre 1942, la loi sur la radiodiffusion est réformée : les services sont centralisés, les émetteurs devront être modernisés et le financement sera plus souple ; ceci dans le but de rendre l'outil propagandiste radiophonique plus efficace. Un conseil supérieur de la Radiodiffusion est mis en place avec comme dirigeant Demaison qui sera assisté de Hubert Devillez. En 1943, les services de la Radio sont regroupés à Paris. Sous l'influence allemande et sous le poids de la guerre, le discours se radicalise et devient de plus en plus virulent. Philippe Henriot, qui entre au gouvernement comme ministre de l'Information le 7 janvier 1944 en remplacement de Paul Marion, va permettre la radicalisation du discours radiodiffusé en marquant ses péroraisons d'antisémitisme, d'anticommunisme et d'antigaullisme. Il va également jouer sur les bombardements anglo-saxons qui causent la mort de civils français. Très écouté, il sera assassiné le 28 juin 1944. Toutefois, il ne fut guère suivit : la guerre était d'ores et déjà perdue.
LA FRANCE LIBRE
C'est le 16 juin 1940 que De Gaulle arrive en Grande-Bretagne en tant que sous-secrétaire à la Défense nationale. C'est peu avant 20h00, le 18 que le cabinet britannique l'autorise à lire ce texte pour le bulletin d'informations de 20h15. Ce texte resté très célèbre n'en a pas moins été très peu entendu le 18 juin même. Il sera relu dans différentes langues à plusieurs reprises. De Gaulle s'adressera encore aux français les 19, 22 et 24 juin. Les britanniques se retrouvant seuls dans la guerre après la signature de l'armistice, ils autorisent l'émission d'un programme français à la B.B.C. d'une demi-heure. Les responsables sont Darcie Gillie, Cecilia Reeves qui encadrent les journalistes et l'équipe française. L'émission originelle "Ici la France" débute dès le 19 juin 1940. Le 22 juin, Pierre Bourdan (de son vrai nom Pierre Maillaud) dénonce l'attitude de Pétain ce qui entraîne des réprimandes de la part du gouvernement britannique qui ne veut pas brusquer le Maréchal. Michel de St Denis, sous le nom de Jacques Duchesne, réunit une équipe parmi laquelle on compte : Jean Marin, Pierre Bourdan, Jean Oberlé, Jacques Borel (de son vrai nom Jacques Cotence), Maurice Van Moppès et Pierre Lefèvre ceci dans le but d'organiser un programme radiodiffusé sur la B.B.C. Tout ce petit monde fait ses premiers pas le 14 juillet à 20h30. Cette émission prendra bientôt le nom de "Les Français parlent aux Français". Au début de chaque émission, Jacques Duchesne lançait cette phrase "Aujourd'hui, (xeme) jour de la résistance du peuple français à l'oppression" qui se transforma en "Aujourd'hui (xeme) jour de la lutte du peuple français pour sa libération". Ce même 14 juillet, l'émission "Liberté, Egalité, Fraternité", qui deviendra "Honneur et Patrie", débute également. C'est Maurice Schumann qui fut nommé porte-parole du général De Gaulle et qui s'exprimait 5 mn à 20h25. En décembre 1940, l'on attribue une nouvelle tranche horaire : à 12h00. Dès le printemps 1941, des lettres d'auditeurs de la zone sud arrivent à la B.B.C, félicitant celle-ci pour ses émissions en français. La nostalgie républicaine et libérale faisait des petits au sein de l'opinion et on écoutait beaucoup la B.B.C. malgré le brouillage et les sanctions sévères encourues. En somme, on écoutait Radio Paris le jour et l'on applaudissait Pétain et, le soir venu, toute la famille se rassemblait autour du poste, le volume le plus bas possible. Le succès tient aussi au fait que les bulletins d'informations (12 par jour en 1944) rapportaient assez fidèlement la réalité et était relativement objectif dans les renseignements apportés au déroulement de la guerre. A cela, on associe, là aussi, quelques divertissements : sketches, musique, témoignages. Parmi les programmes à succès : "La semaine et la guerre" de Pierre Bourdan, "la petite académie" qui s'amuse à revoir le sens de certains mots du dictionnaire, "La discussion des trois amis" dont on recréé en studio le lieu où est censé se dérouler la scène. Des chansons et des maximes deviennent célèbre : le fameux "Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand" sur l'air de la "Cucaracha" en septembre 1940, la "Défense élastique" de Pierre Dac. Par cette radio, la France Libre légitimise son action et sa raison d'être. Jacques Soustelle et son commissariat à l'information permettent de rendre compte des événements précisément. Au début de 1941, l'équipe française de la B.B.C. lança la campagne des V qui devaient être peint partout en signe de victoire. Devant l'ampleur du phénomène, les allemands et Vichy tentèrent de le récupérer à leur avantage en dressant un V immense sur la tour Eiffel. L'appel à la résistance au S.T.O. a permis d'organiser les réfractaires en maquis organisés en 1943. C'est par la biais des mêmes programmes que les "messages personnels" de la résistance étaient transmis. L'information sur les actions des maquis était aussi relatée par la B.B.C. Le rôle de la B.B.C. dans la guerre est donc très important. Cette radio anglaise et ses programmes ont joué comme un effet de contre-pouvoir face à la toute puissance de la propagande allemande. En n'étant pas totalement coupée des réalités, la population a pu conserver un espoir et, pour certains, la volonté d'agir contre l'occupant a germé. En somme, le contrôle de l'information a été un enjeu des plus importants dans la conduite de la guerre et la manipulation de l'opinion permettait de " tenir l'intérieur " où des troubles pouvaient à tous moments survenir. En cachant la vérité, on servait une idéologie. Un exemple des plus révélateurs est celui du charnier de Katyn.
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