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LA ROUMANIE BASCULE DANS LE CAMP DE L'AXE | Yannis KADARI | en ligne depuis : Avril 2000| © www.1939-45.org |
En 1940, la Roumanie était alliée aux franco-britanniques depuis 1916. Quels événements l'on conduit à basculer dans le camp de l'Axe ? Au delà des traités d'alliance et de coopération économique, le pays figurait sur la liste des vainqueurs de la Grande Guerre. Malgré ses liens avec les puissances centrales depuis 1883, son roi Ferdinand I, issu de la dynastie Prussienne Hohenzollern Sigmaringen, engagea la Roumanie dans la guerre en 1916. En 1918-19, le pays avait recueilli les fruits de la victoire des puissances de l’Entente et Bucarest annexa de vastes territoires au dépens de ses voisins. Vae Victis ! La jeune Russie communiste et surtout la Hongrie avaient du céder 100.000 kilomètres carrés aux roumains. Ces "terres", la Transylvanie, le Banat, la Bucovenie du Nord et la Bessarabie, ajoutées à la Droboudja militairement conquise contre la Bulgarie en 1913, permettaient enfin aux roumains de réaliser leur rêve national et de bâtir la "Grande Roumanie". Les traités de paix de St Germain (1919) et de Trianon (1920) venaient de sceller ces annexions mais aussi de nouvelles sources de conflits larvés dans les Balkans...
Le roi Ferdinand "Lealul" mourut en 1927, mais avait auparavant déshérité son fils Carol (Charles) exilé à Paris avec sa maîtresse, préférant laisser son trône à son petit-fils, Michel (Mihai I). Ce dernier alors âgé de six ans, régna jusqu'en 1930 sous la tutelle d'un conseil de régence, composé du patriarche Miron Cristea, du Prince Nicholas, et de George Buzdugan. Le 06 juin 1930, Carol de retour en Roumanie réussit à reprendre le pouvoir et facilita l'ascension de la Garde de Fer, parti antisémite et fasciste, dans le but d'imposer son gouvernement. Abolissant le régime parlementaire et démocratique prévu par la constitution de 23, le nouveau roi Carol II s'empara de tous les pouvoirs en 1938. L'ensemble des partis (y compris la Garde de Fer) furent interdits. Trahis, les fascistes roumains rejoignirent la clandestinité et choisirent la voie du terrorisme. Une guerre larvée s'engagea alors entre les services secrets de Carol II et les hommes de la Garde de Fer. Rapprochée de l'Allemagne dès les années trente, la Roumanie resta malgré tout membre de la "Petite Entente", aux côtés de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie. Mais cet équilibre fragile et ambigu s'écroula à la suite de l'écrasement par le IIIe Reich de la Tchécoslovaquie en 1939. En 1939, la Roumanie revêtait stratégiquement une importance cruciale. Carrefour entre les mondes slave et balkanique, porte ouverte sur la mer noire et le sud de l'U.R.S.S, la Roumanie possédait plusieurs ports d'importance variable. Le plus grand et le plus moderne, Constanza, pouvait abriter une flotte de guerre, et contre balancer les ports soviétiques d'Odessa et de Sebastopol. Celui qui contrôlerait les ports roumains, pourrait menacer le détroit des Dardanelles et bloquer une éventuelle sortie de la flotte russe en Méditerranée. Hitler le savait. Pour les Allemands justement, qui avaient annexé l'Autriche en 1938, la Roumanie était aussi le pays dans lequel le Danube, véritable artère fluviale des Balkans, se jetait à la mer... Elle était en outre, l'un des plus riches producteurs de pétrole de l'époque. Les installations d'extraction de Ploesti pompaient un brut de qualité et en grande quantité. D'autres gisements se situaient en Bessarabie, région frontalière de l'U.R.S.S, mais qui était encore pour peu de temps aux mains de Bucarest. L'Allemagne nazie avait besoin d'essence pour faire fonctionner ses Panzers et ses Stukas. Si l'on ajoute à cela sa production en céréales qui en faisait le "grenier des Balkans", l'on prend alors la mesure de l'importance du pays et les intérêts qu'il suscitait. Sur le plan intérieur, la situation politique était complexe. La vie publique agitée, additionnée aux pressions des pays voisins, cherchant l'occasion pour récupérer les territoires dont ils avaient été dépossédés, générait une dangereuse instabilité. De plus le roi Carol II, dictateur peu éclairé, menait une "vie de satrape", s'affichant en public au bras de sa maîtresse, la séduisante Elena "Magda" Lupescu. sa vie privée tumultueuse lui avait d'ailleurs valu le surnom de "roi playboy"... Diplomatiquement, le choix de la Roumanie était réduit à une alternative simple : soit tourner le dos à ses vieux alliés et rejoindre l'Axe, soit maintenir ses alliances et espérer la garantie de sa protection par les anglais et surtout les français. Sur ce point, dès 1938 (les accords de Munich en furent l'apogée et la matérialisation) les alliés menaient une politique d'appeasement à l'égard du Reich allemand, qui pour beaucoup d'observateurs pouvait paraître antinomique avec la politique de garantie française (y compris militaire), menée à l'est (notamment en Roumanie). Malgré tout, les Roumains acceptérent le principe de laisser passer trente divisions soviétiques, dans le cas où la guerre devait éclater contre le Reich hitlérien. Mais la Tchécoslovaquie fut sacifiée sur l'autel de la paix internationale et la guerre évitée (sic)... Au sein même du pays, le roi Carol II, qui avait déjà été chassé quatre fois de son trône, s'opposait toujours à la montée en puissance de la Garde de Fer, devenue pour lui un réel danger. En effet, cette dernière devenait de plus en plus importante et populaire, malgré ses actions terroristes. La Garde de fer était menée par Ion Antonescu et Horia Sima (avec le soutien de l'agitateur nazi Conradi), qui succédaient à Codrenu, assassiné, par les "barbouzes" de Carol. En 1939, lorsque la seconde guerre mondiale éclata, la Roumanie, malgré les pressions exercées par les deux bords, chercha à maintenir le statu quo quant à son choix d'alliances. Carol II mena une dangereuse politique d'atermoiements, relayée par son ministre des affaires étrangères, Gafenco. Ce dernier confirma, sans reserves, les accords franco-roumains à Georges Bonnet, "patron" du quai d'Orsay et l'assura de l'indéfectibilité de la Roumanie. En même temps des tractations économiques secrètes se déroulaient avec Berlin... Bucarest joua ainsi la carte de la "valse hésitation" pendant plusieurs mois, cherchant à gagner du temps, et espérant que les événements militaires lui indiqueraient le bon camps, celui des vainqueurs. Tout logiquement, la Garde de Fer, favorable aux fascistes et aux nazis, chercha pour sa part à user de son influence grandissante pour que le pays se range au côté des forces de l'Axe.
Mais, en réalité la Roumanie était d'ores et déjà entrée dans la sphère d'influence des nazis. La moitié de ses importations et tout son armement provenait d'Allemagne. Le 10 décembre 1938 un accord avait été signé entre le IIIe Reich et la Roumanie. ce texte prévoyait la fourniture par les Roumains de céréales et de pétrole en échange de 65 millions de Reichmarks. En février 1939, Carol II et H. Göring étaient parvenus à un second accord de coopération économique : Ploesti aurait à produire 628.000 tonnes de pétrole par an pour l'Allemagne, l'agriculture roumaine serait structurellement adaptée afin de satisfaire aux demandes des nazis, tandis qu'en échange, le Reich équiperait l'armée et l'aviation avec ses nouveaux chasseurs Heinkel 112 et ses canons de Flak. Mieux, Carol, fit appel aux Allemands pour construire un nouveau canal ainsi que des infrastructures routières. Pour le bois de Transylvanie roumaine, Göring imposa comme condition préalable à son importation par l'Allemagne, que Carol II "fasse le ménage" et interdise aux juifs le négoce de ce produit. Ce sera fait ! La satellisation de la Roumanie allait bon train et s'accentua encore un peu plus avec l'écrasement de la Pologne en septembre 1939. Hitler, qui avait la mainmise sur l'économie du pays, exigea encore plus de pétrole (1.500.000 tonnes/an) et de céréales. Pour satisfaire le Führer, Carol II proposa même aux allemands d'obliger les sociétés anglaises et françaises qui exploitaient les champs de pétrole de Ploesti à servir l'Allemagne. Les Roumains, "économiquement colonisés", venaient de vendre leur âme au diable... La France, elle, venait de perdre une nouvelle bataille diplomatique à l'Est. Les événements se précipitèrent lorsque que le Reich nazi amena la France à signer l'armistice du 22 juin 1940 à Rethondes. La France balayée, les Anglais rembarquant en catastrophe, tout laissé à penser que l'Europe serait sous la domination de l'Axe et pour longtemps. En Roumanie, pour le roi Carol II, le choses se précisèrent plus que clairement ! La Luftwaffe de Göring aurait tôt fait de venir à bout de la RAF et le IIIe Reich obtiendrait certainement une paix avantageuse sur l'Angleterre. Tout cela était sans compter avec Winston Churchill... Malgré tout, le roi décida donc à la mi juin 1940 de rejoindre officiellement l'Axe Rome-Berlin, bafouant par la même les accords antérieurs du pays. Mais Carol avait-il encore le choix, alors que la Roumanie était économiquement à la merci d'Hitler ? En réaction Staline, allié de circonstance d'Hitler, exigea de Bucarest la restitution de la Bessarabie et d'une partie de la Bucovine du Nord. Carol tergiversa comme à l'accoutumé, mais le Chancelier du Reich intervint pour qu'il se soumette. Le Führer exigea en plus que le roi Carol réhabilite la Garde de Fer et octroie un statut officiel à ce mouvement. Carol s'exécuta sans coup férir, il n'avait plus les rênes de son royaume.
L'affaire de Bessarabie créa un précédent diplomatique et politique dans lequel la Bulgarie du Roi Boris III, sympathisant de l'Allemagne nationale-socialiste, et la Hongrie, véritable état satellite du Reich, eurent tôt fait de s'engouffrer. La première demanda et obtint la restitution de la région de la Dobroudja. La Hongrie, elle, réclama le retour de la Transylvanie. Berlin força Carol à s'incliner une seconde fois lors de l'arbitrage de Vienne. La "Grande Roumanie" avait cessé d'exister, le Reichkanzler avait fait de la Roumanie le jouet de sa diplomatie. La Rue se manifesta très vite, et il ne fallut que peu de temps à la Garde de Fer pour renverser le roi et le chasser du pays. Antonescu nommé premier ministre, mit sur le trône, le jeune prince Michel, et instaura "l'Etat National Légionnaire" en s'appuyant sur sa Garde de Fer. La Roumanie venait de devenir un état fasciste. En novembre 1940, prétextant d'une mission militaire demandée par Bucarest, Hitler ordonna à la Wehrmacht l'occupation totale du pays, excellente base de départ pour sa future invasion de l'U.R.S.S. En quelques jours le Führer acheva de conquérir la Roumanie sans tirer un seul coup de feu. Les allemands venaient de mettre la main sur la plus importante production de pétrole d'Europe Centrale. Antonescu maintenu et renforcé à son poste par les Allemands, soucieux de reconquérir la Bessarabie, acceptera alors d'engager plus avant le pays dans la collaboration avec le Reich, et d'entrer en guerre en 1941 aux côtés de l'Axe, contre l'U.R.S.S et les Alliés.
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