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LA REBELLION OUBLIEE DES TCHETCHENES | Yannis KADARI | en ligne depuis : Février 2000 | © www.1939-45.org |
QUELQUES RAPPELS HISTORIQUES Si l'on se réfère à la constitution soviétique de Staline proclamée en 1936 , le Nord-Caucase consistait en un ensemble de territoires autonomes, les Oblast et de Républiques Socialistes Soviétiques, dont l'Ossétie du Nord, le Dagestan et la Tchétchènie. Pour cette dernière son statut de République Socialiste Soviétique lui fut attribué en 1936. Auparavant, elle était un simple Oblast. "Libéré" par l'Armée Rouge en 1920 à la suite de la Révolution communiste, le Caucase fut sans cesse occupé de 1800 à 1920, soit par la Russie impériale, soit par l'Empire Ottoman devenu par la suite la Turquie. En 1939, la Tchétchènie comptait environ 1 million d'habitants, dont quelques milliers de Russes. L'économie reposait presque uniquement sur l'extraction du pétrole avec 4 millions de tonnes par an, ainsi que sur l'agriculture. Les puits tchétchènes (Malgobek et Gorskaia pour les plus importants) étaient vitaux pour l'économie et l'industrie d'URSS. Les habitants, musulmans sunnites, avaient conservés quelques unes de leurs traditions ancestrales. Malgré tout le N.K.V.D. veillait. Le système scolaire était organisé sur le modèle russe. La langue officielle à l'école et dans les administrations était le russe, et les dialectes et langues locales n'étaient tolérés que dans le cadre de réunions privées. Dans un souci d'industrialisation lourde, le Kremlin multipliait les implantations d'usines dans le pays. L'administration locale avait collectivisée plus de 97% des terres et entamait un grand plan d'alphabétisation dès les années 20. En résumé Moscou se comportait ni plus ni moins que comme un état colonial. Cette stratégie russe amena un certain nombre de Tchétchènes à prendre les armes dès 1927-28. De nouveau en 1930-32, de petits mouvements rebelles se formèrent sous l'autorité de quelques Imams. Moscou répliqua par l'envoi de troupes. Ces révoltes resteront néanmoins assez peu importantes, jusqu'en 1940... La révolte Tchétchène qui dura de 1940 jusqu'en 1944 est associée au nom d'un homme : Hassan Israilov.
HASSAN ISRAILOV - L'AME DE LA REBELLION TCHETCHENE Israilov, cadet d'une famille de six enfants, est né en 1910 à Nashkhoi dans la région de Galanchoz. Intelligent, ll achève brillamment ses études secondaires à Rostov en 1929. Membre des jeunesses communistes (Komsomol), il s'inscrit tout logiquement au Parti Communiste d'Union Soviétique la même année (P.C.U.S). Peu actif politiquement, il se consacre surtout à sa passion pour la littérature et l'histoire du Caucase. Poète et lettré, il devient correspondant en Tchétchènie du journal moscovite Krestianskaia Gazeta. Spirituel, talentueux et amoureux de son pays et de sa culture, il dénonce dans ses écrits, les abus des responsables de l'administration soviétique en Tchétchènie, notamment les assassinats répétés de deux officiers du N.K.V.D., Slavin et Ushaev. Sa position ne passe pas inaperçue très longtemps et lui vaut en 1931 d'être arrêté pour "activités subversives". Condamné à dix ans de prison, il est finalement libéré au bout de trois années d'emprisonnement. Cette volte face intervient alors que les anciens administrateurs de Tchétchènie sont confondus par le N.K.V.D. et avouent leur culpabilité dans de nombreuses malversations. Israilov est donc du coup désigné comme étant un bon communiste. Slavin et Ushaev quant à eux sont protégés par leur hiérarchie. Les deux bourreaux de Tchétchènie seront mutés en Asie Centrale tandis que Staline décide de renforcer le N.K.V.D. de Grozny et porte ses effectifs à 400 agents. La Tchétchènie commence à être sous haute-surveillance... Réintégré au sein du P.C.U.S. et blanchi de ses accusations, Israilov part s'installer à Moscou en 1937. Conscient de la situation Tchétchène et de plus en plus actif politiquement, il s'associe en 1938 avec un groupe de Caucasiens qui réclament plus de liberté et d'autonomie dans la gestion de leurs différents pays. Ensemble, ils multiplient les démarches afin de demander notamment la démission d'Egorov et de Raev, les deux nouveaux maîtres de la République Soviétique Socialiste Tchétchène. Une seconde fois Hassan Israilov est emprisonné. Mais un nouveau coup de tonnerre gronde ! Egorov et Raev sont eux aussi jetés en prison, jugés par Moscou comme étant des "ennemis du peuple" ! Israilov est de nouveau mis en liberté en 1939, mais n'est pas réintégré dans les rangs du Parti. De retour à Grozny, Israilov rencontre le nouvel Obkom, Secrétaire Général Régional de Tchétchènie, Bykov, qui se comporte lui aussi comme un véritable seigneur médiéval, multipliant injustices, vols et violences. Israilov décide alors d'entrer en clandestinité, et d'entamer une lutte à mort pour la libération de son pays en déclarant la guerre à "l'impérialisme rouge". Il veut faire de la Tchétchènie une seconde Finlande, nation qu'il admire énormément pour sa courageuse lutte contre le communisme. Le feu prend et gagne, Israilov prend le contrôle des mouvements rebelles jusque là aux ordres des Mollahs. Hassan Israilov, l'intellectuel à la culture soviétique, le "Tchétchène russifié" et ses hommes contrôlent une zone de plus en plus importante dans les montagnes. Le Kremlin ne semble réagir que très mollement. En mars 1940, les Tchétchènes proclament un gouvernement révolutionnaire provisoire, afin d'administrer les zones libérées de l'occupant russe. Ce même mois les Finlandais cèdent devant Moscou, Israilov sait que Staline n'hésitera pas à rapatrier des troupes de Carélie pour mater la rébellion. Pourtant, il n'en est rien... Le statut quo persiste et les Russes se contentent de contrôler en force les plaines fertiles et les puits de pétrole. Staline semble miser sur un essoufflement des mouvements de guérilla réfugiés dans les montagnes du Caucase.
BARBAROSSA ! L'ULTIME ESPOIR DES TCHETCHENES En juin 1941, avec le déclenchement de l'opération Barbarossa, l'invasion allemande de l'URSS, l'espoir renaît au sein des maquisards Tchétchènes. Israilov au fait des revers importants de l'Armée Rouge, proclame solennellement le début de la bataille finale contre l'oppresseur bolchevique. Il encourage dans un manifeste tous les peuples du Caucase à se soulever contre les Russes, sans grand succès... En février 1942, les allemands sont à moins de 500 kilomètres de Grozny. La libération est proche ! L'avocat Tchétchène Mairbek Sheripov, lance à son tour une insurrection, "libère" la ville de Shato et se joint à Israilov. Pendant l'été 1942, les deux hommes, sont confiants et multiplient les actions de guérilla, certain d'être rejoints par les forces allemandes maintenant engagées dans le Caucase. Cependant, cette fois ci Moscou semble bouger. Staline ne peut plus tolérer de "mouvements terroristes" sur les arrières de ses divisions. L'aviation russe multiplie les raids et les bombardements sur les camps tchétchènes et les colonnes de maquisards. Puis c'est Stalingrad, la fin de la 6e armée de Paulus et la fin de l'espoir d'Israilov de voir les Allemands gagner la guerre. Tout est fini... Israilov a perdu, il le sait. Il mourra dans ses chères montagnes, au cours d'un affrontement contre des soldats russes. Ses hommes, traqués, ne pourront empêcher les troupes russes de mettre à feu et à sang le Caucase. On ne défie pas impunément le camarade Staline ! Ironie du sort, Staline en février 1944, exécute l'ordre donné par le Tsar Nicolas I, 90 ans plus tôt : déporter les montagnards du Caucase en Sibérie. Les Tchétchènes (425.000 sur 1 million) mais aussi d'autres peuples du Caucase, comme les Ingouches partent en trains pour la Sibérie et l'Asie centrale. Officiellement le Kremlin accuse les Tchétchènes d'avoir collaborés avec les nazis. Le N.K.V.D. s'en donne à coeur joie, à Grozny, et dans toutes les grandes villes du pays. Avocats, juges, médecins, instituteurs, professeurs, comptables, étudiants et même écrivains publics sont déportés sans aucun espoir de retour, sans espoir de survie. On ne saura jamais combien survécurent au voyage.... A l'avenir, la Tchétchènie ne devra plus disposée de sa propre élite intellectuelle, plus jamais... Staline ne veut pas d'un second Israilov ! Les cadres tchétchènes devront faire la preuve de leur indéfectible croyance en la politique colonialiste soviétique : Trahison, collaboration avec les Russes et dénonciations seront les mots d'ordre pour ces fonctionnaires sous haute surveillance. Tel est le souhait du maitre du Kremlin. En 1953, après la mort de Staline, le Kremlin autorisera le retour des Tchétchènes dans leur pays, sans pour autant avoir modifié sa politique. L'on sait aujourd'hui, à la lumière de récents événements, que le problème Tchétchène n'est toujours pas résolu...
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