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ZEDGUINIDZE
dit "AMILAKVARI"
Dimitri | Yannis KADARI | en ligne depuis : Décembre 2000 | © www.1939-45.org |
Dimitri Zedguinidze voit le jour le 12 novembre 1906 en Géorgie. Le jeune prince grandit au sein d'une veille Maison aristocratique. Les Zedguinidze cultivent depuis des siècles une fidélité à toute épreuve à l'égard de leur seigneur. Depuis le sacrifice de Jonathan Zedguinidze, mort en sauvant le roi Georges VIII, la couronne géorgienne confia aux Zedguinidze la charge héréditaire de grand écuyer, "Amilakvari" en géorgien. C'est donc dans une ambiance empreinte de solennité que le jeune Dimitri est élevé. Malheureusement la Révolution Bolchevique de 1917 sonne le glas du royaume caucasien et les Zedguinidze sont contraints à l'exode puis finalement à la diaspora. Dimitri âgé de onze ans se réfugie d'abord à Constantinople en compagnie de sa famille, puis s'exile pour la France quelques mois plus tard. Il choisit de prendre le pseudonyme d'Amilakvari en l'honneur de sa famille et de la Couronne géorgienne. En France, il se jure de retourner dès que possible en Géorgie pour libérer sa patrie opprimée et martyrisée par les communistes. Eduqué selon des principes très rigoureux et dans l'amour et le respect du métier des armes, Dimitri décide de devenir officier d'infanterie. A dix-huit ans, il postule à Saint Cyr en tant qu'élève officier étranger et intègre l'école en 1924. Cette même année, le Maroc s'embrase et une campagne de pacification du Rif est entamée par l'état-major français. En 1926, Amilakvari toujours de nationalité géorgienne prend la décision de se battre au Maroc. Une seule voie lui ouverte : la Légion Etrangère. Dimitri Amilakvari quitte la Métropole pour le Quartier Général de la Légion basé en Algérie à Sidi-bel-Abbès. Très vite il se porte volontaire pour rejoindre l'armée en campagne au Maroc. Jeune lieutenant, il participe à la campagne du Sud marocain, où il se révèle être un entraîneur d'hommes de premier plan. Sous les ordres du général Catroux, il fait preuve de grandes qualités humaines, de courage et démontre ses vertus morales. Promis à une carrière exceptionnelle, Amilakvari doit avant tout accepter de prendre la nationalité française. Mais fidèle à ses origines et à son engagement moral, il refuse la proposition du général Catroux, tout en lui affirmant son amour pour sa seconde patrie, la France. D'ailleurs ne dira t'il pas plus tard : "Nous étrangers, n'avons qu'une seule façon de prouver à la France notre gratitude pour l'accueil qu'elle nous a réservé : nous faire tuer pour elle." Le Maroc pacifié, Amilakvari poursuit sa carrière, tout en se tenant informé des évolutions dans son pays natal. Nommé capitaine, il défile à la tête de sa compagnie lors du 14 juillet 1939. La foule, comme toujours, acclame les légionnaires ; Dimitri Amilakvari gonflé d'orgueil et de fierté savoure ce moment avec une joie non-dissimulée. Quelques semaines plus tard, le 03 septembre, la guerre éclate. La Pologne succombe rapidement sous les coups des armées allemandes. Plus au Nord, la Finlande est à son tour attaquée par l'U.R.S.S. La France et la Grande-Bretagne étudie un plan pour venir en aide à la petite nation scandinave, mais auparavant des troupes ad hoc doivent être constituées et spécifiquement entraînées. Ce corps expéditionnaire est commandé par le général Béthouart. L'on met sur pied une brigade de chasseurs alpins. Elle sera appuyée par une demi-brigade de légionnaires (13e DBLE) ainsi que par d'autres éléments. Ainsi le 20 février 1940, se forme à Sidi-Abbès un bataillon de marche tandis qu'un second est constitué au Maroc à Fes. 2.000 légionnaires et 300 officiers et sous-officiers constituent ces deux bataillons. Le 27 ils sont réunis au sein de la toute nouvelle 13e demi-brigade, puis embarquent pour le port de Marseille, où ils arrivent le 06 mars 1940. Amilakvari est là, parmi ces 2.300 hommes, prêt à en découdre une fois de plus. Le 09 mars 1940 les légionnaires se regroupent dans un camp du Larzac et y entament un entraînement intensif, marche forcée, tir, assaut; combat de nuit... Le mot d'ordre ? Cohésion des troupes. Mais voici qu'entre-temps la Finlande capitule et cède devant l'ours soviétique ! Le 29 l'ordre de départ tombe malgré tout ! Mais pour où ? L'Ain, puis Brest et enfin la Norvège, pays que les Allemands viennent d'attaquer. La 13e DBLE débarque le 06 mai dans un fjord du Grand Nord. Elle s'empare de Bjervick le 13, puis de Narvik le 28 mai 1940, après de sanglants combats. La route du fer est enfin coupée, Hitler ne s'en sortira pas si facilement ! On retrouve le prince Amilakvari dans tous ces affrontements. Il est commandé par Magrin-Vernerey mieux connu sous son futur pseudonyme FFL de "Colonel Monclar". Le capitaine Amilakvari se comporte parfaitement au feu, ce qui lui vaut une citation à l'Ordre de l'Armée. Cependant les pertes sont lourdes et la demi-brigade a souffert de ces combats dans des conditions si extrêmes. Tandis que légionnaires et chasseurs alpins se battent avec ténacité et remportent des succès dans le Grand Nord, la France subit dès le 10 mai 1940 les assauts des forces allemandes. La Blitzkrieg bat son plein et le pays plie l'échine devant la Wehrmacht. L'heure n'est plus aux aventures nordiques et le Grand Quartier Général ordonne le rapatriement du corps expéditionnaire commandé par Béthouart. Le 07 les derniers éléments français quittent la Norvège. Les légionnaires désemparés par les échecs des armées françaises débarquent à Brest le 14 juin 1940. Dès son arrivée Amilakvari reçoit pour ordre de se rendre à l'Est de Rennes. Là, il est chargé avec d'autres officiers de mener une reconnaissance afin d'établir une ligne de résistance. Des unités sont en théorie déjà sur place et attendent les légionnaires. En théorie seulement... car Amilakvari constate avec stupeur et amertume que les troupes devant garnir cette ligne se sont déjà rendues ! Les divisions blindées allemandes sont déjà en Mayenne et s'apprêtent à pénétrer en Bretagne ! Tout espoir de lutte semble vain... Amilakvari ne comprend pas comment cette armée, réputée comme étant la meilleure au monde a bien pu se faire anéantir en si peu de temps ! Retour à Brest ! Deux solutions apparaissent aux yeux des officiers de la 13e DBLE : Se faire capturer ou bien quitter le pays et se replier en Grande-Bretagne. Amilakvari, son chef de corps et cinq autres officiers, dont un capitaine répondant au nom de Kœnig, prennent la décision de quitter la France. Amilakvari y laisse son épouse, la princesse Irène Dadiani et ses enfants. Les éléments de la 13e DBLE sont donc repliés de l'autre côté du Channel et le 22 juin tout le monde est sain et sauf à Trentham Parc. Au total environ 14.000 hommes sont là, légionnaires mais aussi soldats de toutes les armes. Ils sont indécis, abattus par les nouvelles en provenance de France. L'heure du choix est arrivée. Rester et se battre aux côtés des britanniques sous les ordres de ce certain de Gaulle, ou bien rentrer en France ? Seuls 1.300 hommes dont 900 légionnaires prennent la décision de rester. Les autres rentrent en France pour y être démobilisés... C'est donc une unité complète ou presque, avec ses cadres, qui répond à l'appel du général de Gaulle. Cette "poignée" de combattants, disciplinée et consciente de son devoir, deviendra très vite l'un des fers de lance des toutes nouvelles Forces Françaises Libres. Ainsi la la 14e DBLE est créée au camp d'Aldershot. Elle reprendra son numéro et son identité de 13e DBLE que le 02 novembre. A Londres, le général de Gaulle doit renforcer sa position vis à vis des Britanniques. La France ne doit pas quitter le combat. Les FFL ont le devoir de se battre au plus vite. Le 31 août 1940 la 13e DBLE part pour l'Afrique. Le Sénégal où l'accueil n'est pas de plus chaleureux, puis le Cameroun que Leclerc vient de faire basculer dans le camp de la France Libre, et enfin le Gabon. Territoire encore entre les mains de Vichy, le Gabon est le théâtre d'un premier combat fratricide. Le 10 novembre la partie est gagnée mais les répercussions morales sont grandes ! déjà Amilakvari et ses hommes ressentent un malaise. A Dakar, les légionnaires d'Amilakvari sont affectés à la Brigade Française d'Orient commandée par Monclar. Cette brigade, faite de bric et de brocs, voit officiellement le jour le 21 octobre 1940. L'unité est mise aux ordres des Britanniques en la personne du général Wavell vainqueur des armées italiennes en Libye. De Gaulle et Churchill s'entendent sur l'engagement de l'unité dans la campagne d'Afrique Orientale contre les territoires italiens. Le jour de Noël 1940, après un mois d'entraînement, la Brigade d'Orient embarque à Douala, au Cameroun à bord de trois cargos FNFL poussifs : le Touareg, le Cap des Palmes et le Fort-Lamy. Direction ? le Soudan Britannique puis en suite l'Erythrée où des combats se déroulent entre les forces du Commonwealth et les armées du Duce. Le convoi doit contourner le continent Africain et passer le cap de Bonne-Espérance. Le voyage dure grosso modo deux mois ! sont Les hommes malades sont nombreux à bord, atteints de paludisme ou de fièvres équatoriales. En février la Brigade d'Orient est débarquée au Soudan. Le 06 mars 1941, Amilakvari et ses hommes rejoignent les fantassins de la 7th indian brigade du général Briggs. Dimitri Amilakvari participe aux batailles de Keren contre les Alpini, d'Asmara ainsi qu'aux affrontements pour le port de Massaouah. Le "Prince Géorgien" comme ses légionnaires aiment à le surnommer est partout, faisant le coup de feu mais dirigeant aussi ses hommes avec une évidente clairvoyance tactique. Vient alors pour quelques éléments de la 13e DBLE le temps du combat fratricide, de la douloureuse campagne de Syrie, où l'ennemi d'aujourd'hui est l'ami d'hier ! Forces Françaises Libres contre armée d'armistice aux ordres de Vichy. Si Amilakvari fait preuve comme toujours d'une rare efficacité au feu, il ressent très durement sur le plan moral cet affrontement. Bien qu'étant nommé lieutenant-colonel au cours de la campagne, il continue à arborer ses galons de commandant... La 13e DBLE est engagée devant Damas. Une fois le calme revenu et la victoire des forces anglo-FFL acquise, la convention de Saint-Jean d'Acre permet à la demi-brigade d'accroître ses effectifs au travers de ralliements. L'unité ne s'articule plus désormais en deux, mais en trois bataillons. Le 19 octobre, dans le cadre d'un sublime palais d'Orient, à Homs en Syrie, la 13e DBLE reçoit enfin son drapeau. L'unité constituée à la va vite, n'avait ni drapeau, ni insignes régimentaires ! c'est Amilakvari, genou à terre qui reçoit le drapeau, fabriqué au Caire par des françaises expatriées. L'homme qui le lui remet, Amilkavari le connaît depuis longtemps et le respecte : le général Catroux. Le lieutenant-colonel Dimitri Amilakvari prend le commandement de l'unité. Quelle gloire et que de chemin parcouru pour ce jeune prince caucasien ! En décembre, la 13e DBLE achève sa réorganisation. Elle est scindée en deux : le Ier bataillon reste en Syrie tandis que les IIème et IIIème bataillons sont affectés à la Brigade Kœnig, et partent pour l'Egypte. Fin janvier 1941 Amilakvari et ses légionnaires s'emparent de la position d'Halfaya où ils font de nombreux prisonniers. Cette année 41 voit aussi l'arrivée en Afrique du Nord d'un corps expéditionnaire allemand, l'Afrika Korps, commandé par un général qui deviendra une véritable légende, Erwin Rommel. Bientôt, dans quelques mois, les forces italo-allemandes se frotteront à Amilakvari sans réussir à prendre l'avantage. Ainsi le 15 février 1942, les deux bataillons de la 13e DBLE arrivent en compagnie d'autres éléments du général Koening à Bir Hakeim. Les légionnaires participent à la construction de la ligne Ghazala - Bir Hakeim, composée de champs de mines, de fortins et de points d'appui. Bir Hakeim ressemble à une sorte de grand triangle de trois kilomètres de côté. On y creuse des trous de combat dans le sable et la rocaille. Quelques ruines sont transformées à la va vite en Quartier Général. Les rations de nourriture et d'eau sont réduites au minimum. Pour Amilakvari et ses "képis blancs" c'est le premier combat contre les "boches" depuis le départ de France en juin 40. Dès le 27 mai, et pendant deux semaines, les Français Libres vivent l'enfer parvenant à fixer quatre divisions de l'Axe, équipées de blindés et d'artillerie lourde. Les raids aériens sont incessants et les Stukas pilonnent jusqu'à quatre fois par jours les positions. 3.826 hommes luttent face à un ennemi largement supérieur en nombre et en moyens. Amilakvari est partout, court d'une position à l'autre, anime et encourage ses légionnaires, guide les tirs d'artillerie, réconforte les blessés, bref, il se comporte en chef admirable et admiré ! Les tankistes italiens se "cassent les dents" sur la position. Les Allemands du DAK ne font pas beaucoup mieux. Rommel propose la reddition à Kœnig qui la refuse. La position de Bir Hakeim, encerclée et isolée, entre dans la légende et permet aux anglais de la VIIIe armée anglaise de se renforcer. Dans la nuit du 10 au 11 juin, sur ordre, les FFL de Bir Hakeim, décrochent puis quittent de nuit leurs positions. Ils parviennent à briser l'encerclement des forces de l'Axe et à regagner les lignes alliées. Le 31 août 1941 Amilakvari prend la tête de la 13e DBLE et devient chef de corps à 35 ans ! Quel exploit ! Mais le prix à payer est élevé et les pertes sont lourdes. La demi-brigade doit rappeler son Ier bataillon laissé en réserve en Syrie pour se reconstituer. Mise momentanément au repos elle reste sous les ordres de la VIIIe armée britannique. C'est donc le général Montgomery qui la positionne au Sud de la ligne de défense anglaise d''El Alamein. Rommel est en Egypte, mais ses hommes sont épuisés, la logistique ne suit pas et le DAK est à bout de souffle. L'heure de la contre-offensive alliée à sonné ! La VIIIe armée devra bousculer puis enfoncer les positions italo-allemandes. la 13e DBLE reçoit ses ordres : s'emparer puis tenir coûte que coûte le piton rocheux d'El Himeimat. Dans la nuit du 24 au 25 octobre 1942 les légionnaires, Amilakvari en tête partent à l'assaut, la position est prise, mais à l'aube, les légionnaires doivent encaisser plusieurs violentes contre-attaques. Privés d'artillerie, les hommes de la 13e DBLE ne peuvent que subir. Le 24 août 1942 Amilakvari succombe, touché par des éclats d'obus, alors qu'il dirigeait le tir d'une mitrailleuse. Il sera inhumé à quelques mètres de là, sous une simple croix blanche. Ainsi
s'achève la vie de cet aristocrate géorgien, compagnon
de la Libération, décoré des mains du général
de Gaulle, qui avait trouvé en la France, une seconde patrie.
Une patrie aussi chère à son coeur que ne le fut sa Géorgie
natale. En son honneur la 143e promotion de l'école militaire
de Saint Cyr fut baptisée "Lieutenant-colonel Amilakvari".
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