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BEURLING
George Frederick | Yannis KADARI | en ligne depuis : Novembre 2000 | © www.1939-45.org |
Si George bouquine énormément entre ses visites à l'aérodrome, il n'en néglige pas pour autant le sport. Ainsi devient il assez rapidement un excellent nageur, encouragé dans cette voie par ses parents : un esprit sain dans un corps sain. A l'âge de douze ans, il prend pour la première fois de sa vie les commandes d'un avion en compagnie de son instructeur. En 1938, il réalise son premier vol solo. Malgré la vive opposition de ses parents, George Beurling décide de quitter l'école afin de se consacrer exclusivement à sa passion. En février 1939, il décroche un emploi à Toronto où il est en charge comme copilote de faire du convoyage pour la "Québec Goldfields Co.", une société d'extraction minière. En quelques mois il passe avec succès son brevet de pilotage et accumule les heures de vol. Lors de réunions publiques ou familiales il se montre distant, parfois asociale. George a du caractère, c'est un garçon rude qui ne se laisse pas marcher sur les pieds ! Ses manières de faire et son attitude lui poseront des problèmes tout au long de sa vie. Affamé de pilotage, Beurling passe le plus clair de son temps à voler. Il participe à un maximum de compétitions ou de meetings aériens, comme à Edmonton, où il ridiculise les pilotes de la Royal Canadian Air Force. Parallèlement, de l'autre côté du Pacifique le Japon et la Chine se livrent une guerre sans pitié. Beurling a vent des possibilités de recrutement de pilotes volontaires par les Chinois. Cette unité est baptisée "the Flying Tigers". Il tente de rejoindre la Chine par bateau, via Seattle (USA), mais il est arrêté par les inspecteurs de l'immigration américaine pour être entré illégalement sur le territoire fédéral. Il passe deux mois en prison avant d'être libéré. En septembre 1939, la guerre éclate en Europe. Beurling y voit immédiatement un espoir de voler et de se battre comme son idole de la Grande Guerre, l'Allemand Ernst Udet. Malheureusement son niveau scolaire trop bas l'empêche d'être recruter par la RCAF. Qu'à cela ne tienne ! George file à l'ambassade de Finlande de Montréal. Il se présente comme volontaire pour rejoindre les escadrilles finnoises en lutte conter les Soviétiques. Tous les documents sont prêts, seule l'autorisation des parents de George (qui n'a pas encore 18 ans) manque. Il ne l'aura jamais, ses parents refusant de donner leur aval. Beurling trépigne ! Il veut se battre. En désespoir de cause il s'embarque sur un navire de commerce en partance pour l'Europe. En Grande-Bretagne, il tente sa chance auprès du bureau de recrutement de la RAF. Enfin ! les Britanniques sont vivement intéressés mais exigent un certificat de naissance prouvant qu'il a bien atteint sa majorité. De retour au Canada par bateau, après avoir subi une attaque en règle de la part d'un U-Boot, il récupère le document, puis repart pour Londres où il signe son contrat d'engagement dans la Royal Air Force. Sa mère avant son départ lui confie une bible... il l'emportera à chacune de ses missions dans son cockpit. Après une initiation au pilotage du Spitfire dans le Nord de l'Angleterre, Beurling fait un séjour à Londres où il est confronté avec les horreurs des bombardements aériens. Sa naïveté d'adolescent, son côté romanesque, s'étiolent progressivement devant la réalité de la guerre... Son instructeur, impressionné par ses qualités de pilote, lui propose une promotion au rang d'officier. George refuse net. Il ne perdra pas de temps supplémentaire en formation ! Affecté au No. 403 Squadron "Wolf" de la RCAF, Beurling se voit très vite affublé du surnom de "Buzz". Il a en effet l'habitude de faire des acrobaties en rase-mottes au dessus des terrains avec son Spitfire Mk V. Il passe aussi énormément de temps à peaufiner sa technique de tir, cherchant à économiser ses munitions et ne tirant que des rafales de 2 à 4 secondes à une distance maximum de 500 yards. Les remontrances des officiers n'y font par grand chose... Cette indiscipline, couplé à son refus de devenir officier, lui vaudra un premier transfert : Beurling quitte donc le No. 403 Squadron canadien pour le No. 41 Squadron de la Royal Air Force. Le caractère turbulent du sergent Beurling lui vaut des soucis supplémentaires avec son nouveau commandant d'escadrille. Lors d'une mission au dessus de la France, son unité est attaquée par des Focke-Wulf 190. En opposition avec les ordres, Beurling rompt la formation et abat un chasseur ennemi. De retour, grandement réprimandé par son commandant, George lui répond : "Nous étions six à rompre la formation, cinq boches et moi !" Deux jours plus tard, au dessus de Calais, une situation identique se reproduit et Beurling abat de nouveau un Fw 190. Les mêmes causes produisent les mêmes effets... et Beurling de se porter volontaire pour rejoindre Malte assiégée par la Regia Aeronautica et la Luftwaffe. Embarqué à bord du porte-avions HMS Eagle dans le cadre de l'opération "Salient", Beurling rejoint le terrain de Takali à Malte le 09 juin 1942. "Buzz" Beurling pose son Spitfire en plein milieu d'un raid adverse. Il est désormais affecté au No. 249 Squadron "Gold Coast" de la RAF. Très vite, il se jette dans la bagarre et multiplie les interceptions. Le 11 juin, deux jours après son arrivée, il revendique une victoire sur un Messerschmitt. Malheureusement pour lui, cette victoire n'est pas confirmée. Le lundi 06 juillet, il abat deux chasseurs, un MC 200 et un Bf 109 de la I/JG 77. Son score s'élève à cinq victoires, Beurling est désormais un as ! Pour l'occasion il change de surnom et devient "Screwball" Beurling. Le 11 juillet, le Canadien possède un tableau de chasse impressionnant avec deux Bf 109, trois Macchi 202 et un Junkers 88 fortement endommagé. Le 27, George Beurling abat l'as italien Furio Doglio Niclot. Le jeune commandant de la 151a Squadriglia disparaît à 34 ans en plein ciel de gloire. Le Canadien déchaîné abat dans la foulée le second de Niclot. Dans la même journée, il ajoute à son score deux Bf 109 ! En récompense il reçoit non pas une Distinguished Flying Medal, mais deux ! Le 30 juillet, le Canadien s'offre un nouveau Bf 109 du I/JG 77 au dessus de La Valette. Beurling obtient de l'avancement et passe officier. Bien entendu il tente de refuser sa promotion, mais cette fois-ci on lui donne l'ordre d'accepter... et de la fermer ! L'implacable siège de Malte se poursuit. Les répercussions sont importantes aussi bien sur la garnison que sur les pilotes. La fatigue, le stress, la malnutrition deviennent des adversaires tout aussi dangereux que les pilotes de l'Axe. Le Pilot Officer "Screwball" Beurling n'y échappe pas plus que les autres. Au cours d'un combat, il parvient à descendre un Bf 109 le touchant en plein dans son réservoir central. Mais Beurling est lui-même durement touché par un Messerschmitt. Trop bas pour sauter en parachute, il pose son appareil en catastrophe dans un champs. Légèrement blessé au bras, il repart au combat. Le 13 août, alors que les restes du convoi de ravitaillement "Pedestal" approchent enfin de Malte, Beurling partage une victoire sur un Ju 88 en reconnaissance à 14.000 pieds. En septembre il manque de nouveau de se faire abattre par un Allemand mais, il prend sa revanche quelques jours plus tard, le vendredi 25 septembre en descendant trois Bf 109 dont un G-2 flambant neuf de la I/JG 77. Le 10 octobre, tandis que George Beurling teste son nouveau Spitfire, il reçoit sur sa radio, une émission en provenance des guetteurs de Filfla qui viennent de repérer deux Messerschmitt 109F volant à moins de 1.000 pieds. Le Canadien vire, puis plonge sur les avions de la Luftwaffe. Comme à son habitude, il lâche une première rafale très courte. Le premier appareil allemand heurte la surface de l'eau et se désintègre. Le second Messerschmitt tente de fuir mais "Screwball" reste dans ses 6 heures. Une rafale à faible distance provoque son explosion en plein ciel, le pilote du 109 ne saute pas... En cinq mois à Malte, le pilote québécois totalise 21 victoires confirmées. Trois jours plus tard, le jeudi 13 octobre, notre homme détruit trois nouveaux appareils, deux Bf 109 de la I/JG 77 et un Ju 88A II/LG 1 ! La dernière mission de Beurling au dessus de Malte faillit bien être la dernière de sa vie. Engagé avec six de ses camarades par le Flight Ltn Hetherington contre huit Junkers 88 et une cinquantaine de chasseurs, il fut touché à la main par le mitrailleur de queue d'un Ju 88. Sa blessure ne l'empêcha pas d'envoyer au tapis un bombardier puis un Bf 109 de la JG 53 avant se faire abattre à son tour au dessus de la Méditerranée. Blessé au bras et à la jambe il est secouru, puis hospitalisé à Malte. Afin d'assurer son rétablissement au plus vite, le commandement décide de son rapatriement en Grande-Bretagne. Beurling tente bien entendu de protester et veut rester sur Malte. Après tout n'a t'il pas déclaré plus tard : "Malta was a fighter pilot's paradise". Le 19 octobre il est décoré de la DSO. Mais l'ordre de transfert est quant à lui définitif et le pressing de Beurling ne change rien à l'affaire. Pour la RAF, il n'est pas question qu'un héros, l'as des as des pilotes de chasse basés à Malte soit tué. Le jeu n'en a déjà que bien trop duré ! Le 31 octobre 1942, Beurling embarque à bord d'un B-24 Liberator du No. Squadron 511 de la RAF, transformé en appareil de transport. Direction le Royaume-Uni via Gibraltar. 34 personnes, dont dix civils sont à bord. En pleine nuit, le 01 novembre le Liberator est pris dans un violent orage. A court de carburant le Flight Ltn Walton cherche à se poser au plus vite à Gibraltar, mais la visibilité est de plus en plus réduite. Lors de son approche finale, le pilote du Liberator loupe les deux premiers tiers de la piste. Il tarde à remettre les gaz et ne peut redresser à temps. L'appareil heurte lourdement la surface de l'eau. L'arrière se brise net et le Liberator coule comme une pierre. Beurling s'en sort en sautant dans l'eau mais il est gravement blessé au pied. Il devra subir une intervention chirurgicale d'urgence et finira avec une jamble plus courte que l'autre. Rapatrié au Canada, George "Screwball" Beurling le rebelle est traité en héros national, enchaînant les parades officielles dans les rues de Verdun et de Montréal. Pressé de toutes parts, Beurling donne interviews sur interviews, passe de séances photos à des émissions de radio où on lui demande de raconter ses aventures de pilotes de chasse ! A 21 ans, usé par ses combats au dessus de Malte, épuisé par ses blessures, choqué par l'accident du Liberator, George Beurling craque nerveusement. Il est secrètement admis au Royal Victoria Hospital où l'homme mettra plusieurs semaines à se rétablir. Dès sa sortie, il repart dans tout le Canada afin de promouvoir l'achat des "Victory Bonds". Mauvais tribun, Beurling ne rêve que de repartir au combat. En mars 1943 il rencontre Diana Whittall, fille d'une richissime famille de Vancouver. Ils se fiancent puis se marient. Beurling parvient enfin à obtenir sa mutation en Grande-Bretagne. Il quitte le Canada pour rejoindre une escadrille de la RAF. Mais sa déception est de taille lorsqu'il se rend compte qu'il sera instructeur pour de jeunes pilotes débutants. Beurling enrage et fournit un travail de qualité moindre. En septembre 1943 il intègre la Royal Canadian Air Force et retrouve le... No. 403 Squadron "Wolf" où il vole sur Spitfire Mk IXb. George et ses camarades sont basés dans le Kent puis dans le Surrey. Beurling à peine de retour reprend ses bonnes vieilles habitudes d'acrobate en rase-mottes ! il participe à des opérations en Europe Continentale et abat deux Focke-Wulf 190 en septembre puis en décembre, portant son score à 31 victoires. Mais dans le Squadron l'ambiance se détériore très vite. Beurling est accusé de voler pour son propre compte, mettant en danger ses ailiers. D'aucuns l'accusent de se comporter comme si il était encore à Malte. Son manque de talent en terme de communication avec les autres n'arrange pas la situation. Pour le autorités de la Royal Canadian Air Force, Beurling est un sorte d'anachronisme vivant, une tête brûlée, héritier de l'esprit des as de 1914-18, mais incapable d'adhérer aux principes du travail d'équipe. La sanction tombe ! "Screwball" quitte l'unité pour rejoindre le No. 412 Squadron "Falcon". Ce sera sa dernière chance ! Début 1944, il détruit un Focke-Wulf 190. C'est sa 32e victoire mais aussi la dernière. Si Beurling ne veut pas s'accommoder des exigences nées des tactiques de vol en Europe, alors il devra rester cloué au sol ! telle est la décision de son chef d'escadrille. Renvoyé de la RCAF quelques semaines plus tard, George Beurling tente sa chance auprès de l'USAAF, mais sans succès. Il rentre au Canada, privé de l'ivresse des combats aériens. Dans la foulée sa femme demande et obtient le divorce. En 1948, il apprend que le jeune état d'Israël recrute des pilotes de combat. Beurling revit ! Il décide de rejoindre Israël. Accompagné par l'un de ses amis américains, il décolle de l'aéroport de Rome en Italie en mai 1948. Quelques minutes après son décollage, il émet un message radio pour signaler une panne moteur... puis c'est le silence absolu. Il s'écrase dans un champs et décède sur le coup. Inhumé au cimetière de Verano pendant deux ans, il est ensuite transporté en Israël et enterré au cimetière du Mont Carmel, dans le carré des héros.
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