|
CHAMBERLAIN
Neville | Nicolas BERNARD | en ligne depuis : Juillet 2000 | © www.1939-45.org |
Politiquement, Chamberlain n'a pas été un grand partisan de l'Entente cordiale et est resté favorable à une politique d'apaisement à l'égard du Reich wilhelmien. Ce qui ne l'a pas empêché de rester fidèle aux impératifs de son pays durant la Grande Guerre. Chamberlain commence son irrésistible ascension politique dès la fin des années 1910. Il exerce successivement les fonctions de maître général des Postes, de payeur général, de ministre de la Santé, et de Chancelier de l'Echiquier. Il passe alors comme le principal artisan du redressement financier britannique. Chamberlain ne perd en effet jamais de vue l'aspect économique d'une politique, militaire ou diplomatique, ce qui aura une grande importance pour la suite. Sous l'étiquette du Parti Conservateur, il remplace Stanley Baldwin au 10, Downing Street en 1937 tout en restant au poste de Premier Lord de la Trésorerie. Profondément convaincu que la guerre avec l'Allemagne ne pourrait que mener l'Europe au désastre, et partisan d'une politique d'entente avec Hitler, dont il méconnaît totalement ses idées et sa détermination, Chamberlain se désintéresse purement et simplement de l'Europe de l'Est en ce qu'elle n'apporte aucun intérêt économique pour la Grande-Bretagne… à moins de laisser se développer un marché allemand dans cette région, marché qui, lui, ne pourrait que profiter à l'économie anglaise. Ce qui explique l'abandon de l'Autriche, il est vrai en grande partie consentante, au cours de l'Anschluss, l'abandon de la Tchécoslovaquie aux accords de Munich, et les politiques de bons offices à l'égard de Mussolini et de Hitler, qui les interprètent comme des signes de faiblesse. Ce que refuse de voir Chamberlain. L'homme est en effet intelligent, mais vaniteux. Il tolère mal les désaccords et le plus souvent agit directement en court-circuitant les ministères lorsqu'un sujet lui tient à cœur, comme les accords de Munich. Ce qui dresse contre lui un certain nombre de rancunes, notamment chez les services secrets et le Foreign Office.L'invasion nazie de la Tchécoslovaquie le 15 mars 1939 sonne le glas de sa politique. L'ensemble de l'opinion bascule dans le camp des antimunichois et Chamberlain, sous peine de voir son gouvernement renversé et sa majorité exploser, adopte avec quelque retard une politique de fermeté à l'égard du Reich. Le Premier Ministre multiplie les assurances à la Pologne, à la Grèce, à la Roumanie. La conscription est réintroduite. Le réarmement est par ailleurs en cours de route depuis deux ans. Mais Chamberlain reste attaché à la paix et reste prêt à sacrifier une partie de la Pologne pour mettre un frein aux ambitions territoriales de Hitler. Par anticommunisme, il néglige l'alliance russe. Lors de la Drôle de Guerre, "the Phoney War" pour les Britanniques, l'influence politique de Chamberlain est fortement entamée. Les travaillistes et certains Conservateurs, comme Churchill, ne ménagent pas leurs critiques. Le Premier Ministre échoue à constituer un gouvernement d'Union nationale. Il échoue aussi à mobiliser les opinions, mais s'il est vrai que l'échec se mesure à la tentative, alors il ne pourra être que mineur. Il s'avère vite que Chamberlain n'a pas l'étoffe d'un chef de guerre. La bataille de Norvège met fin à sa carrière. Il a cette phrase malheureuse, la veille du déclenchement de l'invasion allemande de la Scandinavie : "Hitler a manqué le coche". En dépit de quelques succès navals britanniques et de la victoire de Narvik, les Alliés s'avèrent incapables de sauver la Norvège. Le 07 mai, un débat parlementaire s'ouvre à la Chambre des Communes. La majorité gouvernementale y passe de 200 voix à 80 lors du vote final. Chamberlain, décidé à conserver une large partie de ses prérogatives, ne fait pas nommer Lord Halifax, du Foreign Office, à sa place, au regard de l'aura parlementaire de ce dernier. Churchill parvient à lui faire croire qu'il sera plus malléable, et Chamberlain accepte sa nomination, espérant s'en servir comme d'un fusible en cas de difficultés réelles. Chamberlain, en échange, sera nommé au poste pas si honorifique de Lord Président du Conseil privé. Un temps tenté par la négociation avec Hitler, vers la fin mai 1940, il se rallie à la poursuite de la guerre aux côtés de Churchill, Mussolini ayant refusé de jouer les médiateurs. Atteint d'un cancer, il abandonne ses fonctions ministérielles à la fin de l'été et meurt à Londres le 9 novembre 1940.
| A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z | |