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CHURCHILL
Winston Spencer | François DELPLA | en ligne depuis : Février 2001 | © www.1939-45.org |
Winston Spencer Churchill descend par sa mère d'un homme d'affaires américain et par son père du général anglais John Churchill (1650-1722), premier duc de Marlborough. Son propre père, Randolph, devient un ministre conservateur en vue (1849-1895) avant de disparaître prématurément. Winston, doté d'un fort esprit de clan, écrira des biographies de ces deux ascendants. Animé d'une vocation militaire mais élève moyen, Winston intègre l'école de Sandhurst et participe à quelques combats coloniaux mais il s'évade vite de l'armée sous l'aiguillon d'une autre passion, l'écriture. Il se rend vite célèbre par des reportages, notamment ceux qui narrent son évasion pendant la guerre des Boers, en 1899. Il en profite pour se faire élire député aux Communes, dans les rangs conservateurs, en 1900. En 1904, il rompt avec son parti sur la question du libre-échange (auquel il est favorable), est accueilli à bras ouverts par un parti libéral en plein rajeunissement et devient ministre dès 1906. Il occupera tous les postes importants du cabinet entre cette date et 1929, à l'exception des Affaires étrangères. 1914 le trouve à l'Amirauté, où il s'illustre, jusqu'à ce que la malheureuse expédition des Dardanelles, qu'il avait vivement encouragée, entraîne sa sortie du gouvernement en 1915. Son ami Lloyd George l'y réintègre en 1917, après quelques mois passés sur le front d'Artois avec le grade de commandant. Il se distingue alors surtout par son opposition viscérale à la révolution russe, encourageant les interventions étrangères en soutien des armées blanches. Lloyd George et la masse des libéraux étant plus placides ce dossier, c'est l'une des raisons de sa rupture avec eux et de son retour au bercail conservateur, en 1924. Il devient alors ministre des Finances, avec un succès mitigé (échec de la réévaluation de la livre). L'échec électoral des conservateurs en 1929 n'entraîne pour eux qu'une brève éclipse, mais celle de la carrière gouvernementale de Winston va être beaucoup plus durable. Au départ, c'est sur la question de l'Inde qu'il se brouille avec le leader conservateur Baldwin, en se montrant hostile à toute concession aux nationalistes. Mais très vite la question dominante devient celle du réarmement face à une Allemagne menaçante. Dès 1932 un abîme se forme entre lui et les principaux leaders, tant travaillistes que conservateurs, désespérément attachés à la recherche d'un compromis avec Hitler, son seul soutien de poids étant Austen Chamberlain, alors déclinant, qui meurt en 1935. Son demi-frère Neville, au contraire, prend alors l'ascendant sur le vieillissant Baldwin et lui succède comme premier ministre en mai 1937. Churchill dénonce avec vigueur sa politique d'appeasement, qui débouche sur les accords de Munich (30 septembre 1938). Lorsque, le 15 mars 1939, Hitler entre à Prague en violation de ces accords qui, de la Tchécoslovaquie, ne lui donnaient que les Sudètes, la politique anglaise devient plus ferme et Churchill s'en réjouit mais il ne faudrait pas croire que ses idées triomphent. Chamberlain, dans l'été, refuse de l'admettre au gouvernement en dépit d'une campagne de presse, puis, lorsqu'il se décide à déclarer la guerre deux jours après l'entrée des Allemands en Pologne, il le nomme certes ministre de la Marine, mais dans le cabinet de guerre il est seul de sa tendance, face à huit barons de l'appeasement. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il essaie, au moyen de ses bateaux, de rendre plus active une guerre dont l'immobilité convient à ses collègues mais il subit en avril 1940, dans la bataille de Norvège, un échec qui aurait pu avoir les mêmes conséquences pour sa carrière que celui des Dardanelles et, pour la planète, une portée tout autre. Cependant, cet échec est majoritairement imputé à Chamberlain, qui doit démissionner, la rage au cœur. Churchill, qui a su cultiver ses relations avec lui, lui semble un successeur plus acceptable que Halifax, son puissant et intrigant ministre des Affaires étrangères. Churchill sait aussi ménager ce dernier… et il se retrouve, le jour même où débute l'offensive allemande sur le front de l'ouest, premier ministre d'un cabinet de guerre de cinq membres où il est toujours le seul à vouloir, quoi qu'il arrive, vider jusqu'au bout la querelle avec Hitler. Lorsque, fin mai, les choses tournent très mal sur le front, il enraye à grand peine une offensive de Halifax, qui pousse à un armistice. L'embarquement des troupes à Dunkerque (opération "Dynamo") lui offre un répit très provisoire car la question se repose, plus aiguë, lors de l'armistice séparé de la France, fin juin. Churchill déploie tous les expédients, et parmi ceux-ci figure un général français peu connu qui prétend qu'en sa personne c'est la France tout entière qui refuse l'armistice et continue le combat. Mais à présent c'est sur le soutien américain qu'il compte avant tout, non qu'il répugne à enrôler les Soviétiques, bien au contraire, il a mis son antisoviétisme entre parenthèses depuis longtemps devant le danger nazi, mais Staline est alors engoncé dans son pacte avec Hitler et, bien qu'alarmé par la chute de la France, ne peut ou ne veut s'en affranchir, fût-ce discrètement, pour convenir d'une action commune en cas d'attaque allemande contre lui. Pour séduire Roosevelt, Churchill use de moyens dispendieux, ainsi lorsqu'il signe, le 2 septembre 1940, un accord qui donne aux Etats-Unis neuf bases anglaises en Amérique en échange de cinquante vieux destroyers. Mais les finances anglaises menacent ruine et, lorsqu'il l'a dûment constaté, Roosevelt commence à envisager, fin 1940, des livraisons d'armes gratuites : ce sera le " prêt-bail " (mars 1941). Lors de leur première rencontre dite " de l'Atlantique " (août 1941), Churchill pousse Roosevelt à l'intransigeance envers le Japon, ce qui ne veut pas dire qu'il souhaitait l'attaque de Pearl Harbor et moins encore qu'il aurait gardé pour lui des renseignements sur ce sujet. Lorsque les Etats-Unis, six mois après l'U.R.S.S, se retrouvent en guerre parce qu'il sont attaqués, Churchill essaie de développer une solidarité atlantique pour faire pièce aux ambitions de Staline, tout en se résignant à certaines de ses avancées en Europe centrale. Mais le partenariat avec l'Amérique est de plus en plus déséquilibré. A la conférence de Téhéran (novembre 1943) et plus encore à Yalta (février 1945), Churchill fait figure de brillant second occidental. Ayant confié aux travaillistes, dans son gouvernement, d'importantes responsabilités en politique intérieure, il essuie à la surprise de la planète et à la sienne propre une déroute électorale en juillet 1945. Il en profite pour reprendre le collier de l'écriture et rédige son quatrième ouvrage-fleuve, ses mémoires sur la seconde guerre mondiale, qui vont orienter durablement la vision commune du conflit. Ce travail lui permet de prononcer des arrêts, encore en vigueur pour l'essentiel, distinguant les documents communicables au bout du délai légal de trente ans et ceux qui ne le seront pas. Resté chef du parti conservateur, il pousse à la méfiance envers le bloc soviétique, inventant l'expression " rideau de fer " (Fulton, 1946) et prône l'union des Etats européens, en restant dans le vague sur la part que devrait y prendre la Grande-Bretagne, puis il revient au pouvoir grâce à une victoire électorale en 1951. Il apparaît alors un peu usé et figé dans sa gloire. Il quitte volontairement le pouvoir peu après son quatre-vingtième anniversaire (1955). Ses funérailles, en 1965, sont un peu l'enterrement de toute une Angleterre.
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