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DÖNITZ
Karl | Yannis KADARI | en ligne depuis : Mai 2001 | © www.1939-45.org |
Karl Dönitz naît le 16 septembre 1891 dans la petite ville de Grünau près de Berlin. En 1898, les Dönitz partent s'installer à Iéna. Le père de Karl, ingénieur, vient d'y obtenir un nouvel emploi dans la firme Zeiss. En 1906 la famille déménage à nouveau pour s'installer à Weimar. C'est là, en 1910, que Dönitz obtient son Abitur (équivalent du Baccalauréat français). En avril 1910, il entre dans la marine comme cadet et s'inscrit à la Kaiserliche Marine. Un an plus tard, le Seekadett Dönitz embarque à bord du navire école SMS Bertha basé à Kiel. De l'hiver 1911 à celui de 1912, notre homme, nommé aspirant, est affecté à l'école de Flensburg. Il y suit des cours théoriques sur les tactiques de combat naval. En octobre 1912, Dönitz est affecté à l'une des plus belles unités de la flotte impériale, le croiseur léger SMS Breslau. Le bâtiment quitte bientôt l'Atlantique et la Baltique pour rejoindre la Méditerranée. Lorsque la Première Guerre Mondiale éclate, Dönitz et le croiseur Breslau se trouvent être basés dans le port de Durazzo. Dès le mois d'août 1914, le navire remplit sa première mission de guerre : ralentir l'embarquement des troupes coloniales françaises d'Afrique du Nord, en bombardant les ports de Bône et de Philippeville. Le 07 novembre, Dönitz est récompensé pour son bon comportement et reçoit la Croix de Fer de seconde classe. De 1914 à 1916, le Breslau multiplie les missions en mer Noire, dans les Dardanelles ainsi qu'en Méditerranée Orientale. En 1916, Le croiseur est en réparation dans le port d'Istanbul. Karl Dönitz, titulaire depuis peu de temps de la Croix de Fer de première classe, se porte volontaire pour suivre un stage d'aviateur au poste d'observateur. Il vole sur des appareils de type Gotha et participe principalement à des missions de reconnaissance. Brièvement affecté à une unité d'hydravions, il a pour mission de chasser les sous-marins français et anglais qui rodent dans les parages des côtes turques. Le 01 octobre 1916, Dönitz reçoit sa nouvelle feuille d'affectation en provenance de Berlin. Il quitte le Breslau et la Turquie pour rejoindre l'U-Bootwaffe. Il vient d'être nommé Oberleutnant zur See. Dönitz rejoint le U-39 à bord duquel il effectue plusieurs missions dans l'Atlantique comme en Méditerranée. Bien noté par ses supérieurs, il obtient le commandement du sous-marin mouilleur de mines UC-25 en février 1918. La première opération du nouveau "pacha" de l'UC-25 consiste à miner l'entrée du port de Pola. Non seulement Dönitz remplit parfaitement sa mission mais il se paye le luxe de couler au passage un bâtiment britannique ! cet exploit lui vaut les honneurs du communiqué des armées impériales mais aussi d'être décoré de l'Ordre des Hohenzollern. Pendant l'été 1918, l'UC-25 coule trois autres navires. Conscient de sa valeur offensive, le Q.G. de la Reichmarine affecte Dönitz au sous-marin d'attaque UB-68. Le submersible opère en Méditerranée jusqu'en octobre 1918. Mais à quelques semaines de la fin de la guerre, le UB-68 est coulé lors de l'attaque d'un convoi. Karl Dönitz, recueilli par les Anglais, part alors en captivité pendant neuf mois en Grande-Bretagne. Il ne revient en Allemagne qu'en juillet 1919. Malgré les réductions drastiques imposées par le "Diktat" de Versailles, et à l'inverse de bon nombre de ses camarades, le jeune officier qu'est Dönitz fait le choix de rester dans la Reichmarine. Les alliés refusant le droit à l'Allemagne de posséder des sous-marins, Dönitz retrouve les unités de surface. Après une affectation de quelques mois à un poste administratif à Kiel, le récemment promu Kapitänleutnant prend le commandement du torpilleur T-157. En 1923, il revient à Kiel pour occuper un poste d'inspecteur. L'une de ses missions consiste alors à l'élaborer des tactiques de défense contre les submersibles... L'arroseur arrosé ! De 1927 à 1928, il reprend la mer à bord du navire amiral de la flotte de la Baltique. Promu Korvettenkapitän en novembre 1928, il commande un groupe de quatre torpilleurs. En octobre 1930, Dönitz devient officier d'état-major et occupe la fonction de chef d'état-major de l'amiral commandant les forces navales Nord. Il accède au grade de Fregattenkapitän et s'installe à Wilhelmshaven jusqu'en 1934, année pendant laquelle il prend le commandement du croiseur école Emden. Le bâtiment multiplie les croisières aux quatre coins du monde, naviguant dans l'Atlantique, l'océan Indien, en Méditerranée et le long des côtes africaines. A bord 160 cadets s'initient à la difficile mais exaltante vie en mer. Parmi eux de futurs as de la U-Bootwaffe qui serviront sous les ordres de Dönitz pendant la seconde guerre mondiale. Citons pour exemple A. Schnee ou bien F. Guggenberger. Le 18 juin 1935, l'accord naval germano-britannique, qui autorise le Reich à posséderà nouveau une vingtaine de U-Boote, est signé. Hitler ordonne au Grossadmiral Raeder la mise sur pied de la toute nouvelle U-Bootwaffe. C'est Dönitz qui doit mener à bien cette mission. Le nouvellement promu Kapitän zur see quitte le bâtiment école Emden pour prendre la tête de l'unique flottille de sous-marins allemande, la U-Flottille "Weddingen". Notre homme commence par travailler à l'amélioration d'une tactique d'attaque imaginée lors de la Grande Guerre : la meute ou "Rudeltaktik". Fort de son expérience de commandant de U-Boot, Dönitz est persuadé que l'unique moyen de vaincre les convois est de les attaquer non pas isolement mais en groupe. Il imagine aussi la création d'un G.Q.G. des U-boote, capable de diriger et de coordonner les futurs "loups" en plein océan. Pour ce faire Dönitz s'intéresse aux radios, aux codes, aux cartes, etc. Cette organisation prend bientôt le nom de FdU avant d'être rebaptisé BdU en 1939. Et puis il y a le recrutement : 40.000 volontaires se présentent pour 2.000 postes vacants. La sélection des officiers est impitoyable. Les futurs commandants de U-Boote doivent obtenir des notes élevées aussi bien dans les tests théoriques que dans les épreuves physiques, dont la très connue "Mutprobe" ou test de courage. La formation à l'école de Kiel dure 6 mois. Les élèves officiers partent ensuite en application à bord des navires de la marine puis gagnent Murwick pour recevoir des cours supplémentaires de haut niveau. En quelques mois Dönitz met sur pied une force d'élite, bien entraînée et dotée d'un moral d'acier. Fin 1935, il s'attelleà la rédaction d'un manuel destiné aux commandants des U-Boote. En 1937, la Wehrmacht organise de grandes manoeuvres. L'heure est venue pour la U-Bootwaffe de faire ses preuves. Non seulement les jeunes "loups gris" de Dönitz participent avec brio à l'opération mais il se distinguent particulièrement en "coulant" plusieurs unités du camp adverse. Le 26 avril 1939, Adolf Hitler dénonce l'accord naval germano-britannique. Comme prévu par le Führer, Londres ne réagit que très mollement. Raeder et Dönitz sont quant à eux inquiets, car tout indique que le IIIe Reich entrera d'ici peu de temps en guerre contre la France et la Grande-Bretagne. Or, les forces de la Kriegsmarine sont faibles, voire ridicules en comparaison avec celles de la marine française et de la Royal Navy. Au 01 septembre, l'Allemagne n'aligne que 57 U-Boote... et encore, ils sont majoritairement incapables de mener à bien des missions océaniques. Dönitz profite de l'exercice de 1939 pour rédiger un mémorandum proposant l'accroissement du nombre des submersibles. En opposition avec le plan de réarmement (Plan Z) du Grossadmrial Erich Raeder, qui devrait en théorie s'achever en 1946, le Kommodore Dönitz réclame 300 sous-marins. Ce mémo reste lettre morte. La guerre éclate en septembre 1939. Des trois grandes armes allemandes, la Kriegsmarine est de très loin la moins bien lotie. Elle ne dispose que de peu de bâtiments de surface et la flotte de U-Boote demeure peu importante. Dönitz ne déclare t'il pas : "le monde entier s'imagine que nous avons des centaines de sous-marins tapis dans chaque mer et il nous craint. Or, dans l'état actuel de nos forces nous ressemblons à un lion qui aurait un regard féroce mais pas de dents" ? malgrétout, les "loups" de Dönitz remportent des succès impressionnants, comme le U-47 du Korvettenkapitän Gunther Prien qui coule le cuirassé HMS Royal Oak ancré dans la base de Scapa Flow ou le U-29 d'Otto Schuhart qui expédie par le fond le porte-avions HMS Courageous. Le 23 septembre 1939, Adolf Hitler impressionné par la combativité des hommes de Dönitz accepte d'accroître la production des sous-marins à 20, puis 30 unités par mois. En 1940, Dönitz est nommé Vizeadmiral. Il dispose de plus de sous-marins et surtout le IIIe Reich occupe désormais les ports français de la façade atlantique. C'est de là que partent les U-Boote pour chasser les convois anglais. Les pertes alliées s'accroissent mois après mois conduisant inexorablement la Grande-Bretagne vers l'asphyxie. Cette "période fastueuse", les équipages des U-Boote la surnomment "Die Glückliche Zeit", les jours heureux... A contrario, la flotte de surface ne connaît que peu de réussite. La perte du puissant cuirassé KMS Bismarck en 1941 n'arrange pas sa situation et son image auprès du Führer. Hitler est en effet furieux. Comment l'orgueil de la Kriegsmarine, ce cuirassé réputé insubmersible, a t'il pu être intercepté puis détruit ! Le Grossadmiral Raeder perd progressivement la confiance du Führer. Ce désintérêt du chef du IIIe Reich s'accroît encore avec les difficultés rencontrées par les croiseurs de bataille basés en Norvège à stopper les convois anglais vers Mourmansk. L'opinion du Reichkanzler est, comme toujours très... tranchée ! Les navires de surface sont impotents et inutiles. Ils ne sont bons qu'à mobiliser des hommes et des ressources. Or ces dernières sont plus que nécessaires à l'effort de guerre de l'Allemagne engagée dans une lutte à mort avec l'U.R.S.S. Hitler s'intéresse de plus en plus aux U-Boote. Dönitz, promu admiral, commande environ 400 sous-marins. C'est depuis son PC français de Kernevel, près de Lorient, qu'il dirige et coordonne ses meutes de U-boote. Les "loups gris" traquent sans pitié les convois anglais et envoient par le fond plus de navires que les alliés n'en construisent. Avec l'entrée en guerre des USA fin 1941, c'est aussi ouvert un nouveau terrain de chasse pour les U-boote océaniques. Les Allemands font de véritables massacres le long des côtes américaines, dans le golfe du Mexique et les Caraïbes. Dönitz a donc toutes les raisons de se féliciter et d'envisager à moyen terme la victoire. Et pourtant... Fin 1942, début 1943, l'amiral est confronté aux exigences grandissantes de Berlin qui multiplie les ordres contraires et les priorités. Ansi, Dönitz est-il contraint d'accepter d'envoyer des U-Boote en Méditerranée. Mais il y a pire encore, car l'ennemi est en train de réagir avec vigueur. Dans l'Atlantique, les anglo-américains organisent des patrouillent aériennes. Certes, Londres ne dispose pas encore de suffisamment d'appareils à longs rayons d'action tels que les B-24 Liberator mais ces patrouilles obligent tout de même les commandants allemands à être de plus en plus prudents. Les destroyers s'équipent de radars, ce qui annihile l'avantage des attaques nocturnes en surface dont les meutes étaient si friandes. L'ASDIC est perfectionné. Et puis il reste une chose que Dönitz ne sait pas... Depuis la capture de l'U-110 de Fritz Julius Lemp en 1941, les Britanniques sont en possession de la machine Enigma servant à coder et décoder les messages envoyés et reçus par les U-Boote. L'amirauté peut ainsi dérouter des convois menacés d'interception ou encore engager une vaste campagne de destruction des navires ravitailleurs allemands, véritables bases logistiques flottantes destinées aux sous-marins en opérations. En janvier 1943, le Grossadmiral Erich Raeder, en total désaccord avec le Führer, démissionne de son poste de chef de la Kriegsmarine. Le 31 janvier de le même année, Hitler nomme Karl Dönitz Grossadmiral. Dönitz cherche à reprendre l'initiative qu'il a perdu dans l'Atlantique. Il introduit des innovations technologiques comme les torpilles acoustiques ou le Schnorchel qui permet aux sous-marins de naviguer en plongée tout en utilisant les moteurs diesel. En étroite coopération avec le ministre Albert Speer, il accélère la mise au point de nouveaux sous-marins d'attaque. Les types XXI et XXIII sont prometteurs, néanmoins leur fabrication en série est ralentie par les offensives de bombardement stratégiques alliées. Le 19 mai 1943, le destin frappe le Grossadmiral. Il apprend la mort de son plus jeune fils. Peter vient d'être tué dans l'Atlantique Nord, au cours de la destruction du U-954 à bord duquel il servait comme officier-observateur. Moins d'un an plus tard, ce sera au tour de Klaus de disparaître... Après le décès de Peter, Dönitz avait obtenu que son fils aîné soit retiré des opérations de première ligne. Klaus avait alors entamé des études de médecine. Il n'en avait pas moins conservé de solides liens avec ses anciens camarades. C'est ainsi que le 13 mai 1944, il était parvenu à les convaincre d'embarquer à bord du E-Boot S-141 de 5. Schnellboot Geschwäder, pour ce qui à l'origine ne devait qu'être qu'une simple patrouille dans la Manche. Malheureusement la vedette devait être intercepté par le torpilleur français La Combattante ainsi qu'un destroyer britannique le HMS Stayner. Pris sous un feu croisé le bâtiment allemand fut détruit, et seuls six marins purent être sauvés. Klaus Dönitz dont le corps fut retrouvé sur les côtes françaises, fut inhumé au cimetière militaire allemand d'Amiens. Ces "coups du sort" éprouvent grandement Dönitz, qui ne s'en remettra jamais réellement... Fin 1944, la guerre semble définitivement perdue pour l'Allemagne et la Kriegsmarine. Les alliés possèdent une supériorité écrasante dans l'Atlantique et contraignent les navires de surface allemands à se terrer dans leurs bases. Le sistership du Bismarck, le Tirpitz est coulé par des Lancasters de la RAF. Les convois sont quant à eux protégés avec une grande efficacité y compris par des porte-avions d'escorte. En 1944, Dönitz perd en moyenne 23 U-Boote par mois. Surtout, à l'Est, la situation devient quant à elle tragique. Ainsi, la marine s'emploie t'elle à sauver un maximum de réfugiés qui affluent à l'Ouest, fuyant à l'approche des troupes soviétiques. Dönitz déploie ses dernière unités de surface en Baltique et utilise les rares navires de commerce restant pour assurer l'évacuation de civils. Sur son ordre, les quelques chantiers navals encore en état de fonctionner ont pour priorité la réparation des bâtiments servant à ces évacuations. Les marins sauveront ainsi plus de 2 millions d'Allemands encerclés en Courlande ou en Prusse Orientale. Le 30 avril 1945, à la surprise générale ou presque, Dönitz est désigné par Hitler comme son successeur. Le Führer s'étant suicidé, c'est donc à Dönitz que revient la lourde tâche de cesser le combat. Si la défaire est inévitable et que la capitulation s'impose, Karl Dönitz poursuit un but parallèle : gagner un maximum de temps afin de permettre aux Allemands de l'Est de rejoindre l'Ouest et d'échapper aux griffes de l'Armée Rouge. Dès le 30 au soir, le Grossadmiral, second et dernier Führer du IIIe Reich, démet Himmler de ses fonctions. Il désigne l'amiral von Friedeburg comme négociateur de la capitulation. Le 02 mai, ce dernier, rencontre le maréchal Bernard L. Montgomery afin de négocier une reddition partielle devant le goupe d'armées britannique. Londres accepte et le 05 mai, les Allemands commencent à se rendre en masse aux Anglais. La veille Dönitz avait ordonné aux U-Boote de cesser les hostilités. Le 09 mai à minuit, les hostilités cessent sur tous les fronts. Le 23 mai, Dönitz, Jodl et l'amiral von Friedeburg sont convoqués à bord du navire caserne Patria et mis en état d'arrestation par les alliés. Fin 1945, Karl Dönitz comparait à Nuremberg. Il est condamné à dix années de prison à Spandau. Il ne sera libéré que le 01 octobre 1956, après 11 années et 4 mois d'emprisonnement, les 1 an et 4 mois de détention préventive effectués avant sa condamnation n'ayant pas été déduits de sa peine. Il occupe le reste de sa vie à publier plusieurs ouvrages, dont ses mémoires en 1958, avant de décéder le 24 décembre 1980 à Aumühle près de Hambourg.
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