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ESTEVA
Jean-Pierre | Yannis KADARI | en ligne depuis : Février 2002 | © www.1939-45.org |
Jean-Pierre Esteva voit le jour dans l'Est de la France, à Reims en 1880. Engagé dans les rangs de la Marine Nationale, il intègre l'école navale dès 1898 pour en sortir diplômé en 1900. Le jeune officier participe à la première Guerre Mondiale au rang d'enseigne de vaisseau. Affecté à la flotte de Méditerranée, il contribue entre autres choses à l'expédition alliée des Dardanelles pendant laquelle il se distingue tout particulièrement. Brillant, travailleur, bien noté par ses supérieurs, Esteva mène sa carrière avec intelligence et ambition. Au milieu des années 20, il s'intéresse de très près aux possibilités offertes par les avions dans la guerre navale. De 1927 à 1932, nommé capitaine de vaisseau, Esteva sert donc tout naturellement dans la "jeune" aéronavale. Promu contre-amiral en 1929, il est directeur de l'aviation maritime, puis sous-chef d'Etat-major des forces aériennes (en 1930) avant de devenir vice-amiral en 1935. En 1936, il part pour l'Extrême-Orient où il commande plusieurs unités navales depuis son croiseur. Son séjour dans le Pacifique l'amène à régulièrement visiter les bases britanniques de Hong Kong et Singapour ainsi qu'à pleinement prendre la mesure de la montée en puissance de la flotte impériale nippone. A son retour en métropole, sa polyvalence et ses compétences le désigne pour occuper la fonction d'inspecteur des forces maritimes. Par la suite, en 1939, il prend le commandement des forces navales françaises du Sud. En 1940, après la débâcle des armées françaises et l'armistice de Rethondes, Esteva, comme de nombreux autres amiraux dont Darlan, choisit de servir le régime de Vichy. Homme de confiance du maréchal Pétain, Jean-Pierre Esteva embarque pour l'Afrique du Nord. Le 26 juillet 1940, il devient Résident général en Tunisie. A ce poste, il succède à Marcel Peyrouton appelé à prendre ses nouvelles fonctions ministérielles à Vichy. En novembre 1942, lorsque les Anglo-américains déclenchent l'opération "Torch", débarquement au Maroc et en Algérie qui menace directement les arrières de Rommel en Libye, l'amiral est toujours en poste. Débute alors pour lui une série d'atermoiements qui se conclura par une collaboration pleine et entière avec les italo-allemands. Le 9 novembre 1942, il commence par officiellement condamner l'arrivée sur le terrain d'El-Aouina des appareils de la Luftwaffe envoyés sur place par le maréchal Kesselring. Mais très vite, par fidélité au maréchal Pétain et sous la pression des consignes de Pierre Laval lui-même "tenu" par Hitler, Esteva change totalement de position. Il met à la disposition des pilotes allemands plusieurs bases françaises sur le territoire tunisien ainsi que des stocks de carburant. Dans la foulée, il neutralise l'amiral Derrien qui avait invité ses troupes à rejoindre les Alliés afin de se battre contre l'Axe. En résumé, Esteva facilite grandement l'installation des forces de l'Axe en Tunisie. En mai 1943, au moment où les troupes alliées pénètrent enfin dans Tunis, Esteva est rapatrié en France par les Allemands. L'amiral est évacué le 7 mai en avion et en même temps que le consul général du IIIe Reich en Tunisie, Moëllhausen. Débarqué à Paris, notre hommes est conduit au Ritz afin d'y être mis en résidence surveillée en attendant que les autorités allemandes ne statuent sur son sort. Consigné dans sa chambre comme un simple matelot, il est gardé par des sentinelles allemandes en armes. Finalement remis en liberté le 18, il gagne Vichy où il est chaudement accueilli et félicité par Pétain pour sa fidélité aux ordres reçus. Ribbentrop en personne lui fait parvenir un message de sympathie et le remercie pour avoir "facilité la conduite de la guerre par les puissances de l'Axe" ! Si en Europe les "louanges" s'accumulent, à Alger les choses ne vont bien sur pas de même... Le 15 mai 1943, un Conseil de Guerre présidé par le général Giraud condamne Esteva à la peine de mort par contumace. Le 22 septembre 1944, L'ex-amiral est finalement arrêté par la police française à Paris puis incarcéré à Clairvaux. Un nouveau procès est organisé à l'issue duquel, le 15 mars 1945, Esteva est reconnu coupable de trahison. Militairement dégradé par la Haute Cour de Justice, l'ancien Résident général en Tunisie est condamné à la détention à perpétuité. Malade, Esteva, est gracié le 11 août 1950. Il décède quelques mois plus tard dans sa ville natale de Reims.
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