|
HOMMA
Masaharu | Nicolas BERNARD | en ligne depuis : Septembre 2001 | © www.1939-45.org |
Né en 1888 à Sado, Masaharu s'oriente vers la carrière des armes. Diplômé de l'Ecole spéciale militaire, il entre dans l'infanterie. Ayant effectué un stage à l'Ecole de Guerre en 1915, il devient aide de camp du prince Chichibu, frère cadet de Hiro-Hito et profite de l'occasion pour être l'un des favoris de l'impératrice douairière. Homma est envoyé en mission d'observation dans l'armée britannique sur le front de l'Ouest européen. En 1919, il est nommé attaché militaire à Londres. Il effectue un séjour aux Indes et apprend à connaître les aspects de l'Empire et de la civilisation britanniques. Il deviendra un bilingue confirmé. Et à l'occasion, s'exercera - en amateur - à l'art dramatique. Chargé de la propagande dans l'armée du Soleil levant, il est celui qui organise la réplique au rapport rendu par une commission d'enquête mandée par la Société des Nations pour faire le point sur l'invasion japonaise de la Mandchourie. Le "Rapport Lytton", comme on l'appelle, avait certes blâmé les Chinois pour leur mauvaise volonté et leur hostilité à peine voilée à l'encontre des Nippons, mais avait également dénoncé le Japon comme étant l'agresseur, désireux de faire main basse sur une région économiquement et naturellement riche. Juillet 1937. Homma devient chef du renseignement militaire. A ce titre, il joue un rôle non négligeable dans la guerre qui vient de s'ouvrir contre la Chine. Notre homme s'attache d'ailleurs à développer la collecte d'informations provenant d'Union soviétique, ce pour déterminer si Moscou entrera en guerre. Il peut ainsi confirmer aux généraux japonais que Staline a d'autres problèmes à régler. La défection du général Liouchkov en novembre 1937 permet de renforcer les certitudes de Tokyo quant au délabrement de l'Armée rouge, délabrement aggravé par les purges que mène le maître du Kremlin. En 1938, Homma est promu général de division et prend le commandement des armées nippones de Chine du Nord (région de T'ien-Tsin). Le 02 novembre 1941, il apprend qu'il devra diriger la XIVe armée japonaise (43.110 hommes) chargée de la conquête des Philippines, dans le cadre de la campagne de libération de la Grande Asie. Homma n'est guère favorable à la guerre. Au contraire, il se trouve être en conflit avec le général Tojo récemment élevé aux fonctions de Premier Ministre et réputé va-t-en-guerre. Il a protesté contre l'abominable massacre de Nankin (décembre 1937), par lequel des dizaines de milliers de Chinois seraient torturés et passés par les armes. Il a réclamé la fin de la guerre de Chine, estimant qu'elle ne pourrait que mener au désastre. Mais Homma reste d'abord un soldat, et ce que l'Empereur décide, il doit l'exécuter. Dès le premier jour de la guerre, le 08 décembre 1941, près de neuf heures après l'annonce du raid sur Pearl Harbor, Homma remporte un succès non moins décisif : l'aviation japonaise parvient à écraser au sol la quasi-totalité des appareils américains à la disposition du général MacArthur, commandant en chef aux Philippines. Le 20 décembre, la XIVe armée débarque aux Philippines. Le général japonais tient à s'emparer de Manille le plus rapidement possible. En termes d'effectifs, il se bat à 1 contre 4. Mais son aviation maîtrise le ciel, la Flotte impériale a isolé l'archipel, ses forces sont bien entraînées et pourvues d'un abondant matériel lourd, alors que son adversaire ne dispose que d'un contingent limité de troupes américaines (15.000 soldats) et d'éléments philippins (près de 150.000 hommes) qui pour la plupart lâcheront facilement pied devant l'avancée nippone. MacArthur, mis devant le fait accompli, décide de faire replier ses troupes dans la péninsule de Bataan, sur la baie de Manille. L'armée alliée n'a aucune porte de sortie. Elle devra vaincre ou périr, dans l'attente de renforts que le Président Roosevelt n'est pas en mesure d'envoyer. Homma n'est pas en mesure de stopper l'évacuation programmée par son adversaire américain et 40.000 soldats se retrouvent dans Bataan. Manille, déclarée ville ouverte le 25 décembre 1941, tombera une semaine plus tard. Homma tiendra à parader dans les rues de la capitale. La résistance américano-philippine s'éternise, cependant. Le relief, le climat, le manque d'effectifs nippons et la hargne des combattants alliés en sont la cause. Homma doit demander des renforts, la mort dans l'âme. Il ne pourra même pas se payer le luxe de capturer MacArthur, qui a quitté les Philippines début mars 1942 (sur ordre de Roosevelt) en professant "je reviendrai". Le 09 avril, les forces américaines de Bataan capitulent. 78.000 prisonniers doivent rejoindre à pied le camp de San Fernando, cents kilomètres plus loin. L'épuisement et une débauche de sadisme de certains gardes-chiourmes nippons (comportement loin d'être répandu, faut-il le signaler) fauchent des milliers de captifs. On parlera de 7.000 à 10.000 décès. La "Marche de la mort de Bataan" scandalise l'opinion publique américaine. Elle constituera l'un des griefs les plus graves adressés à Homma lors de son procès en 1946. Pourtant, on ne peut guère soutenir que le général japonais avait sciemment organisé ce calvaire. Préoccupé par la nécessité de s'emparer du dernier bastion américain aux Philippines, l'îlot rocheux de Corregidor, en baie de Manille, il avait délégué les tâches relatives au traitement des prisonniers à l'un de ses adjoints, le général Kawane. Le moins que l'on puisse dire est qu'il ne s'est guère préoccupé du sort de ses prisonniers. Il est vrai que le haut-commandement nippon lui avait intimé l'ordre d'en finir avec les forces militaires ennemies de Corregidor. Il est également vrai que Kawane ne l'a pas tenu au courant de bien des faits relatifs à "la Marche de la mort". Les Japonais n'avaient de plus pas les moyens de s'occuper d'un aussi grand nombre de prisonniers et en attendaient à dire vrai beaucoup moins, de l'ordre de 30.000 personnes - ils ne disposeraient que de 230 camions en tout et pour tout pour le transfert à San Fernando. Ajoutons à cela les brutalités de la soldatesque nippone, que Homma serait incapable de contrôler. Homma, en tant que commandant en chef, était certes responsable de la conduite de ses officiers et de ses soldats. Ce qui n'en fait nullement un coupable. Il s'est attaché à traiter le mieux possible le peuple philippin "libéré" de la tutelle blanche. Il avait averti ses troupes : tout meurtre, viol, pillage commis à l'encontre des Philippins seraient punis. Il s'agissait de respecter les coutumes et traditions locales. Homma refuserait même de faire diffuser un tract accusant les Américains d'avoir largement exploité l'archipel : "Nous devons considérer les choses en face. Les Américains n'ont jamais exploité les Philippines. Ce serait une erreur de diffuser de tels mensonges. Ils ont exercé sur ces îles une supervision bienveillante. Il nous appartient de les surpasser". Geste symbolique : le général en chef nippon ne s'installerait pas au palais présidentiel de Malacañan. Au maréchal Terauchi qui le lui reprochera, Homma répliquera : "Les Etats-Unis ne l'ont pas fait. Le Japon commettrait une erreur en s'en emparant". Cette humanité matinée de calcul politique le conduit à programmer la libération des prisonniers de guerre philippins - ce qui cadre mal avec la thèse d'une culpabilité d'Homma dans les exactions liées à "la Marche de la mort ". Quoi qu'il en soit, Homma parvient à mater le fort de Corregidor, qui se rend le 06 mai 1942. La politique de clémence menée à l'égard des Philippins ainsi que le retard pris dans la destruction des armées américaines causeront la chute du conquérant de l'archipel. Tojo se jette sur l'occasion pour se débarrasser d'un rival. Homma est relevé de son commandement. En semi-disgrâce, il est muté en Chine, où il ne fera guère parler de lui. Avec la capitulation japonaise du 02 septembre 1945, Homma se trouve dans le collimateur de MacArthur, chef des forces d'occupation du territoire nippon. Une commission militaire se charge d'instruire le dossier relatif aux crimes de guerre qu'aurait commis le général japonais. "La Marche de la mort" figure en bonne position parmi les chefs d'accusation. Mais aucune preuve de son implication ne sera rapportée. "Ce procès fut tout à fait irrégulier", expliquera l'avocat chargé de la défense de Homma, qui n'avait eu que deux semaines pour s'y préparer. "Il se déroula dans une atmosphère qui ne laissait aucun doute quant à l'issue des débats". MacArthur tient personnellement à faire exécuter son ancien adversaire (qui sera effectivement condamné à mort le 11 janvier 1946), quoique il reconnaîtrait plus tard qu'il s'agissait là d'un "devoir qui lui répugnait". L'épouse de Homma demande audience au général américain, implore sa clémence. "Ce fut l'heure la plus pénible de ma vie", avouerait plus tard MacArthur. Le dossier Homma n'étant guère solide, il consent à ce que l'officier nippon soit fusillé, et non pendu. C'est chose faite le 03 avril 1946, dans l'enceinte de la prison militaire de Los Banos, à 35 kilomètres de Manille. |