LOCKWOOD Andrews Charles
Midland 1890 - Los Gatos 1967

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Si Charles Andrews Lockwood voit le jour dans la bourgade de Midland (Fauquier County - Virginie), il est élevé dans le Missouri. A la suite de ses études secondaires, il intègre l'académie navale d'Annapolis, dans le Maryland, dont il sort diplômé en 1912. Il fait ses premières croisières à bord des cuirassés USS Mississippi (BB-23) et USS Arkansas (BB-33) avant d'être muté sur la base navale de Great Lakes. Là, il occupe pendant quelques mois des fonctions d'instructeur. En septembre 1914, on le retrouve à bord du tender pour sous-marins USS Mohican (SP-117) où il suit des cours en vue de sa prochaine affectation à l'arme sous-marine.

A la toute fin de l'année 1914, notre homme arrive aux Philippines, muté à la 1st Submarine Division de l'Asiatic Torpedo Fleet. Sur place, il prend le commandement du sous marin A-2. Alors que la Grande Guerre ravage l'Europe, les missions du jeune officier et de son équipage se bornent à mener quelques patrouilles au large de Manila Bay et dans la zone de Corregidor. En avril 1915, Lockwood devient le "pacha" du B-1. Si le navire est un peu plus moderne que le précédent, les missions, elles, sont identiques et se résument à des longues et monotones patrouilles en surface. Ces années en Asie sont aussi marquées par quelques missions ponctuelles en Chine.

En 1918, Charles Lockwood part pour Tokyo, où il sert en qualité d'attaché naval auprès de l'ambassadeur des Etats-Unis d'Amérique. Il n'y reste que très peu de temps puisqu'on le retrouve le 27 avril 1919, à New-York, sur la passerelle d'un ex-U-Boot de la marine impériale allemande, le UC-97 (1). Le commandement de ce navire moderne, avant tout pensé pour la guerre de commerce, est une grande première pour notre jeune capitaine du "Silent Service". Au fil de ses journées à bord, Charles Lockwood se rend compte des capacités offensives du navire. Il est enthousiasmé par la vitesse, la maniabilité et la puissance de feu du U-Boot. Lockwood prend pleinement conscience du décalage existant entre les préceptes rétrogrades de la Navy et ceux, novateurs, des Allemands. Comme Chester Nimitz en 1912, le jeune officier est de plus en plus persuadé que les submersibles joueront un rôle majeur dans les conflits maritimes à venir...

Dans les années qui suivent, Lockwood alterne les postes à terre, les stages et les commandements divers. Il préside notamment à la destiné des submersibles USS Seal (G-1), N-5, R-25, S-14 et USS Bonita (V-3). Globalement; l'officier est bien noté par ses supérieurs. Pourtant, il ne manque jamais l'occasion de souligner auprès de ses chefs les défauts des sous-marins américains. Il met en exergue la vitesse trop faible de ces derniers ainsi que leurs carences en termes de puissance de feu et d'autonomie.

En 1936, Charles Lockwood prend le commandement de la 13rd Submarine Division. La flottille est équipée des derniers modèles de submersibles, ceux de la classe P, lancés de 1933 à 1936. Si le navire est récent, il n'en demeure pas moins qu'il fut imaginé pour l'attaque des bâtiments de guerre ennemis et donc pour opérer en appui direct de la flotte. Les mêmes causes produisent les mêmes effets... Comme à son habitude, et au risque d'attirer sur lui l'animosité de ses supérieurs, Lockwood rédige rapports sur rapports pour "dénoncer" les erreurs conceptuelles de la Navy. Notre homme reproche à la classe P des temps de plongée trop longs, plus de 60 secondes, et une maniabilité réduite en immersion.

Qu'a cela ne tienne ! en 1937, cet empêcheur de tourner en rond de Lockwood se voit confier une mission spéciale. Il sera le délégué du "Silent Service" à la conférence navale internationale de Washington... et l'événement donne raison à notre homme. Hormis les USA et le Japon, les marines de guerre, Kriegsmarine en tête, conçoivent les sous-marins comme de fantastiques armes offensives, destinées à être déployées loin de leurs bases et devant être autonomes. Les thèses de Lockwood triomphent, de nombreux officiers se rallient à lui. A Washington on en prend bonne note.

Surnommé "Mister Submarine", Lockwood est muté au bureau des études et recherches sur les submersibles où il est chargé d'aider les ingénieurs à concevoir les nouveaux modèles de sous-marins américains. Les résultats ne tardent pas à se matérialiser avec la nouvelle classe T. Lancé dès 1939, ce bâtiment de 1.500 tonnes est puissamment armé avec ses dix tubes lance-torpilles. Il possède un rayon d'action confortable et une maniabilité correcte. La classe T et ses 12 navires deviendront à court terme l'ossature du "Silent Service" dans le Pacifique, en attendant l'arrivée massive des célèbres classes Gato et Balao. En Juin 1939, notre héros devient chef d'état-major auprès du commandant en chef de la flotte sous-marine US. Il vient d'embarquer à bord de son navire amiral, le croiseur léger USS Richmond (CL-9), lorsque que quelques semaines plus tard la seconde guerre mondiale éclate.

En décembre 1941, Charles Lockwood est à Londres, rattaché à la mission Ghormley, afin d'étudier une éventuelle participation de l'US Navy à la bataille de l'Atlantique. Dans la capitale britannique, notre homme en profite pour éplucher les rapports concernant les U-Boote et les mesures prises par la Royal Navy afin de lutter contre les "loups gris" de Karl Dönitz. Sur place, il se taille la réputation d'être peu loquace mais terriblement efficace. Début 1942, dans le Pacifique, alors que les cuirassés américains sont indisponibles pour cause de Pearl Harbor, et que les porte-avions sont mobilisés pour contenir la montée du flot nippon, la seule arme offensive qui reste disponible pour Nimitz sont les sous-marins. En mai 1942, Lockwood est transféré en Australie, à Freemantle, afin de prendre en main la flottille des submersibles américains qui opère dans le Sud-ouest du Pacifique. Peu de temps après son arrivée, il est promu au rang de vice-amiral et devient le patron des sous-marins de SoWesPac (South West Pacific aera).

En Australie, La tache de Lockwood semble insurmontable ! les marins américains sont démoralisés au possible, manquent de ressort, de volonté de se battre contre une marine impériale menée par ce "diable" de Yamamoto et qui va de victoire en victoire. Pour redonner le morale à la troupe, Lockwood décide de louer quatre hôtels aux frais de la Navy afin d'y loger ses hommes jusqu'alors hébergés sous de vulgaires tentes ! sur le plan strictement matériel, la situation n'est pas meilleure que sur le plan humain. Le ravitaillement est rare. Les submersibles sont peu nombreux et mal entretenus, ce qui a pour conséquence de considérablement réduire la durée des patrouilles en mer et donc l'efficacité de la flottille. Pour ne rien arranger, les Américains sont confrontés à un souci de poids avec leurs torpilles Mk. 14. Ces dernières souffrent de graves problèmes de stabilité. Résultat ? la torpille dévie systématiquement ou presque de sa course et rate sa cible. En mai, pour en avoir le coeur net, Lockwood fait procéder à des tests de tir par le USS Skipjack (SS-184). CQFD, la Mk. 14 dans sa conception actuelle est une vrai catastrophe. Un rapport est envoyé au "Bureau of Ordinance" de Pearl Harbor qui n'en tient pas compte, prétendant que ces tests n'ont aucune valeur et ne furent pas scientifiquement menés ! Nimitz lui-même est obligé d'intervenir afin qu'une solution soit trouvée au plus vite. Lockwood ne néglige rien et l'amiral King est aussi alerté. En septembre 1942, des modifications portant sur le design des Mk. 14 régleront le problème. En attendant, les sous-mariniers auront perdu neuf mois de guerre et raté des dizaines de cibles...

La torpille Mk. 14, enfin efficace (ou presque !), redonne le morale aux hommes de SoWesPac. La chasse aux "Maru" (navires marchands japonais) reprend de plus belle. Néanmoins, le vice-amiral n'est pas du genre à tergiverser trop longtemps. Ce qu'il veut, ce sont des résultats. Quelques capitaines jugés bien trop prudents et pas assez agressifs sont promptement mis à la porte. Et puis... le 19 janvier 1943, un tragique événement va accélérer la carrière de notre homme. Ce jour là, le commandant en chef des sous-marins américains dans le Pacifique, l'amiral Robert English (2), trouve la mort dans un accident aérien près de San Francisco. English laisse derrière lui une flotte sous-marine en piteuse état. Pour l'amiral King, l'homme du moment, le seul qui puisse convenir à ce poste de chef de ComSubPac, c'est Lockwood. Avec sa feuille de mutation, ce dernier reçoit un mot griffonné à la va-vite et signé de l'amiral : "Vous êtes sélectionné sur le fait que le meilleur officier qualifié pour déterminer la stratégie offensive des sous-marins du Pacifique doit être à Pearl Harbor. C'est vous".

1943 est donc une année charnière, non seulement pour Lockwood, mais aussi pour la guerre sous-marine dans le Pacifique. A Hawaii tout doit être organisé. Si la base des submersibles est moderne (créée par Nimitz au début des années 20), le reste, de l'avis même du vice-amiral, est peu efficace. Les capitaines des sous-marins sont bien trop timorés aux yeux de leur nouveau chef. Et puis, sur le front des torpilles, il y a du nouveau. Si les Mk. 14 se maintiennent enfin aux mêmes profondeurs et sur des lignes droites, elles semblent connaître de nouveaux problèmes, mais cette fois-ci avec leurs détonateurs ! Comme à Freemantle, Lockwood organise une campagne de tests. Une nouvelle fois le "Bureau of Ordinance" proteste et avance que si les navires japonais ne coulent pas, cela ne peut être que de la faute des sous-mariniers incapables de faire mouche ! et pourtant... les résultats des tests sont imparables. Effectivement la Mk. 14 présente à nouveau un grave défaut : les détonateurs les équipant s'avèrentêtre trop fragiles. Les contacts électriques ne résistent pas aux chocs provoqués par le lancement de la torpille puis à sa course en mer. Résultat ? elles frappent bien les coques japonaises mais n'explosent pas ! Conscient de l'inertie de l'administration de la Navy et surtout de l'animosité du "Bureau of Ordinance" à son égard, Lockwood prend l'initiative de faire créer par ses propres équipes techniques des détonateurs ad hoc. Nouveaux tests. Le bricolage semble faire l'affaire... en attendant mieux !

Mais "uncle Charlie", comme le surnomment affectueusement ses hommes va plus loin. Si techniquement et humainement tout semble prêt ou presque, il reste encore l'aspect stratégique à traiter. Lockwood ouvre de nouvelles zones de patrouilles offensives, notamment aux abords immédiats du Japon et des côtes chinoises. Le vice-amiral travaille en s'appuyant sur de nombreux documents ainsi que sur son expérience de la mentalité nippone. Il sait que les Japonais maîtrisent très mal la lutte anti-sous-marine et que leurs convois sont mal organisés : trop de navires de commerce pour des escorteurs souvent peu nombreux et des équipages sans réelle expérience de la lutte ASV. Quant à envoyer les sous-marins de l'US Navy au combat, autant les envoyer chasser dans des "zones poissonneuses" ! Sur les dites zones, il organise un système de meutes et d'affectation des sous-marins par rotation. L'idée est simple, un bâtiment partant de Pearl ou de Midway, traversera plusieurs des zones de combat avant de rejoindre Freemantle et inversement. Ces allers et retours permanents au coeur du dispositif nippon auront rapidement de terribles conséquences pour la marine marchande de l'empire du soleil levant. Lockwood ne laisse rien au hasard, il coordonne aussi ses différents moyens de renseignements, Ultra en tête, afin de concentrer ses navires aux bon endroits et aux bons moments. Enfin, il mobilise ses unités les moins puissantes pour faire du renseignement et participer au sauvetage des aviateurs alliés descendus au-dessus du Pacifique. Ces efforts sont bientôt récompensés par une promotion. Charles Lockwood est alors le plus jeune vice-amiral d'escadre de toute l'histoire de l'US Navy.

Le tableau de chasse du ComSubPac de la fin 1943 donne pleinement raison à Lockwood. Le "Silent Service" fait un véritable carnage dans les rangs de la marine japonaise. Ces derniers ne réagissent toujours pas correctement et sont très loin des tactiques "Hunter-Killer" imaginées par les marines alliées dans l'Atlantique. 1944 est une année plus que faste pour les hommes de Lockwood. Les "Maru" disparaissent à une vitesses vertigineuse. La coordination entre les sous-marins d'une part et les B-24 Liberator et PB4Y-2 Privateer d'autre part est terriblement efficace. A la fin de 1944, la difficulté pour les capitaines de submersibles est de parvenir à trouver des cibles de choix. Souvent, ils en sont réduits à envoyer par le fond de modestes navires en bois ou des vieux caboteurs qui naviguent le long des côtes. De leur côté les Japonais deviennent enfin plus agressifs et commencent à organiser une réelle flotte de lutte anti-sous-marine. Mais il est trop tard, le Japon est en train d'être totalement étouffépar le blocus américain. Les quadrimoteurs B-29 de la 20th US Air Force n'arrangent pas la situation en mouillant jour après jour des champs de mines entre les milliers d'îles du Sanctuaire National. Si le fer et le pétrole se font rares pour les Nippons, c'est aussi le cas du riz jusqu'alors transportés dans les soutes des navires marchands. Le peuple japonais, quotidiennement bombardé par les B-29, commence à ressentir les effets de la faim... d'autant que Lockwood, en accord avec Nimitz et Washington a entrepris de liquider la flotte japonaise de chalutiers du Kamtchatka.

VUE DU "CENTRAL" D'UN SOUS-MARIN AMERICAIN EN 1943
Crédit photo : NARA - NWDNS-80-G-468169 -
SOUS-MARIN S48 (SS159) A QUAI A FREEMANTLE
LA PHOTO DATE D'AVANT LA GUERRE
Crédit photo : NARA - NWDNS-80-G-466552 -

Les jeux sont aussi faits d'avance sur le plan technologique. Les sous-mariniers américains disposent maintenant de radars, de torpilles électriques très efficaces, de canons de pont plus modernes, d'ordinateurs de conduite de tir réellement au point, de périscopes d'excellente facture et même... de la climatisation ! Lockwood s'investit personnellement dans toutes ces recherches, comme d'ailleurs dans les travaux concernant de nouvelles tactiques de combat ou d'évasion en cas de grenadage. A Freemantle, comme à Pearl Harbor, à Midway et dans toutes les bases du "Silent Service", tout est pensé pour le confort des équipages au repos. Musique, lecture, nourriture, alcool et filles sont là. Au fil du temps une réelle affection naît entre les sous-mariniers et leur chef. Malgré sa charge de travail et son rang de vice-amiral d'escadre, "uncle Charlie" sait rester simple et passe un maximum de temps au contact de ses marins.

Au printemps 1945, la flotte marchande nippone n'est plus qu'un souvenir. Plus de 5.600.000 tonnes de cargos, de pétroliers, de caboteurs et de barges gisent au fond des mers du Pacifique. On estime que le Japon aurait perdu sous les coups des mines, des sous-marins et des appareils de lutte anti-shipping environ 95% de ses bâtiments de transport ! De son côté le "Silent Service" enregistre un total de pertes assez faible. 52 sous-marins perdus, 375 officiers et 3.131 marins de 1941 à 1945. Nous sommes loin de l'hécatombe de la U-Bootwaffe ! Cependant, tout le mérite n'en revient pas uniquementà Lockwood, car les Japonais eux-mêmes, par leur absence de tactiques efficaces, auront quelques peu faciliter les choses aux Subs de la Navy !

Le 01 septembre 1945, le vice-amiral d'escadre Charles Andrew Lockwood est à bord du cuirassé USS Missouri (BB-63) ancré en baie de Tokyo et assiste à la signature de l'acte de capitulation du Japon. Au sortir de la guerre, dès la seconde quinzaine de décembre 1945, Lockwood propose la création d'un bureau de commandant en chef des opérations navales sous-marines. L'idée est retenue par le remplaçant de l'amiral King, l'amiral de la flotte Chester Nimitz. C'est bien entendu le héros de ComSubPac qui en prend la tête. Parallèlement, notre homme est chargé de l'inspection générale des sous-marins de l'US Navy.

Fatigué, Lockwood finit par quitter la marine et se retire en Californie, à Los Gatos, le 30 juin 1947. Sur place, il utilise son temps à écrire des ouvrages sur l'arme sous-marine dont son autobiographie "Down to the Sea in Subs" (Norton, 1967), ou des ouvrages comme "Sink 'Em All: Submarine Warfare in the Pacific" (Dutton, 1951) ou encore "Hellcats of the Sea" (Greenberg, 1955). Il occupe des fonctions de conseiller technique pour Hollywood. C'est sous la direction technique de Lockwood, que John Wayne jouera le rôle d'un captain de la Navy dans "Operation Pacific" de la Warner Bros en 1951. Lockwood finance aussi la parution des mémoires de ses anciens capitaines de submersibles. Il n'hésite pas à venir en aide à des vétérans dans le besoin, fidèle à la réputation.

Il disparaît en juin 1967. Il est enterré au Golden Gate National Cemetery de San Bruno en Californie. Le 05 septembre 1968, le destroyer d'escorte DE-1064 est baptisé USS Lockwood lors de son lancement à Seattle dans l'état de Washington. Sa veuve et sa fille en furent les marraines.

 

(1) Le sous-marin allemand UC-97, construit par les chantiers Blohm und Voss de Hambourg, s'était rendu aux alliés conformément aux termes de l'armistice de 1918. L'US Navy avait alors décidé de l'utiliser pour faire une "Victory Bond Tour" au Canada ainsi qu'aux USA.

(2) Amiral Robert Henry English, né le 16 Janvier 1888 à Warrenton, Etats-Unis d'Amérique. Diplômé de l'académie navale en 1911 puis affecté à l'arme sous-marine. Commande le sous-marin O-4 (SS-65) en 1917, lorsqu'il sauve un officier de l'équipage du O-5 (SS-66) accidenté à la suite d'une explosion. Commande le croiseur léger USS Helena (CL-50), lors du raid japonais sur Pearl Harbor le 07 Décembre 1941. Nommé commandant de la flotte sous-marine du Pacifique le 14 Mai 1942. Décède dans un accident d'avion en Californie le 19 janvier 1943.

 

 

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