RAYMOND Félix
Paris 1911 - Limeil-Brevannes 1965

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Félix Raymond voit le jour à Paris le 10 Juillet 1911. Après des études sans histoires, il s'oriente vers la carrière militaire qui seule pourra lui permettre de marcher sur les traces des héros de son enfance, les aventuriers d'Afrique. Attiré et passionné dès son plus jeune âge par l'aviation, il décide de devenir pilote. Pour satisfaire son goût de l'aventure, il se porte volontaire pour servir dans les colonies de l'Empire, si possible en Afrique. C'est chose faite. Basé en Algérie, il acquiert une importante expérience dans les vols au dessus du Sahara et la Corne de Djibouti.

Début 1939, il part pour l'Afrique Equatoriale Française (A.E.F.). Il y devient pilote de l'état-major du Commandement de l'Air à Brazzaville. A ce poste, il multiplie les vols et les missions de commandement à bord de son Bloch Colonial M.B. 120 (trimoteur de transport passagers/fret). Après l'armistice signé à Rethondes, il prend la décision de rejoindre les Forces Françaises Libres et s'échappe d'A.E.F. Il rejoint le Tchad et depuis Fort Lamy prend part à des missions aériennes dans le cadre des campagnes du Fezzan, de Tripolitaine puis ensuite de Tunisie. Il devient pilote du Général Leclerc.

En 1943, Il reste basé en Afrique du Nord.

C'est à Alger que Raymond reçoit sa nouvelle affectation : Il devient pilote du général De Gaulle et se lie d'un respectueuse amitié pour le chef de la France Libre. Une fois Paris libéré, il est Basé à l'aérodrome de Villacoublay où il reste pilote du Général, jusqu'à son départ en 1946. Cette même année il prend la tête de l'escadrille gouvernementale du Groupe de Liaisons Aériennes Ministérielles, le célèbre G.L.A.M.

C'est en 1951, qu'il prend la décision de quitter l'Armée de l'air et de devenir pilote civil, d'abord à la T.A.I. de 1951 à 1952, puis ensuite en Extrême-Orient à la Compagnie Nord-Vietnam (de 1953 à 1955). Mais l'armée et les camarades ne sont jamais très loins pour Raymond En deux ans à la Compagnie Nord-Vietnam, il cumule plus de 2.000 heures de vol en missions commandées pour le compte de l'armée française en Indochine et est victime d'un accident. Après les évacuations de Dien Bien Phu, période durant laquelle il totalisa 330 heures de vol sur le mois, il perd sa licence pour des raisons de santé. Il se retire et rentre en France à Limeil-Brevannes en Ile de France.

Au cours de sa carrière de pilote, il totalise 11.000 heures de vol dont plus de la moitié à titre de missions militaires, et est titulaire de nombreuses décorations : Officier de la Légion d'Honneur, Croix de Guerre avec Palmes, Médaille de la Résistance, etc.

Il s'éteint à 54 ans, le 11 janvier 1965 à son domicile.

 


Monsieur Pierre Raymond, fils de Félix Raymond a bien voulu nous transmettre le texte suivant, rédigé par le Capitaine Louis Venangeon pour la revue Caravane n° 250 de mars 1965. Nous le reproduisons in extenso en complément de notre courte notice biographique.

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le 9 Janvier 1965, la mort du Commandant Raymond. Son souvenir reste pour ceux du Tchad, intimement lié à celui du Colonel Leclerc. Que de prodiges dut-il faire pour satisfaire aux exigences de son "patron" d’alors ! Celui-ci pour réaliser son besoin d’aider au maximum, "faussait" au maximum poids et mesures, lorsqu’il s’agissait d’aller dans les postes, ou de ramener les blessés Français ou Italiens. Je ne parle pas du "poids plume" qu’était devenu, pour un voyage, le Lieutenant Courtecuisse Le Lieutenant Raymond suivait tout cela avec angoisse, sa conscience professionnelle, qui aurait certes, souvent interdit de tenter de démarrer Son avion, « sensible »au poids, décollait difficilement et il fallait son art de navigateur de l’air, pour mener à bien sa mission. C’est cette maîtrise incontestée, qui fit choisir ce merveilleux pilote comme digne de conduire le Chef de la France Libre dans ses multiples déplacements. Il quitta donc le Général Leclerc pour devenir le pilote du Général de Gaulle. Le sacrifice dût être dur pour le Général Leclerc; mais ne donne-t-on pas toujours le meilleur à son Chef ? Sur une photographie, que le Commandant de la 2e D. B. donna à son pilote de l’A. E. F., le Général Leclerc avait écrit : "Au Capitaine Raymond, qui réalisa des prodiges et ne réussit jamais... à me tuer". Nous disons à Madame Raymond et à son fils, que cette affection qui unissait le Général à son pilote, nous la reportons sur elle et son enfant, en lui demandant de croire à notre profonde sympathie.

Boursier de pilotage, commence sa carrière à Tours, puis est affecté sur sa demande aux T. O. E., où il rejoint Colomb­Béchard, mission en Potez 25 et évacuations sanitaires en Potez 29. A la fin de son séjour, est affecté sur sa demande aux Forces Aériennes d’Afrique Equatoriale Française en 1938, missions sur Henriot 14, Potez 25, Bloch 120, évacuations sanitaires, transport de personnalités civiles et militaires. Rallie la France Libre le 28 Août 1940, avec quelques camarades, après renfort en matériel et personnel, perfectionne les jeunes pilotes entre les missions de routine. Jim Mollison lui confie un prototype nommé "Flying Wing", une curieuse machine, puis vole sur Glen Martin, Blenheim, Lockeed Hudson.

Epopée Leclerc, transport du Général en cours d’opérations, missions de bombardement Koufra, transports de munitions en opérations en Libye, transport du Général de Gaulle, lors de ses déplacements. A Alger, Chef de bord et pilote du Général de Gaulle, missions spéciales en Corse et en Italie. Un accident malencontreux le cloue à l’Hôpital pour deux mois et lui enlève la joie d’être aux commandes du Lockheed, qui ramènera le Général de Gaulle, de Gibraltar à Cherbourg, dans la nuit du 19 au 20 Août 1944. C’est le Colonel Marmier, qui prend les commandes. A Villacoublay en ruines, il reprend son avion fin Août. Le commandement de l’Escadrille Gouvernementale lui est confiée et c’est ainsi qu’en dehors des missions classiques, il conduit le Général de Gaulle à Moscou, en Décembre 1944. En Avril 1945, trois mois d’entraînement au Transport Command Britannique, et le 4 Août, reconnaissance de la ligne d’Amérique du Nord, Villacoublay, Açores, Moncton, Montréal, Washington, Sydney Villacoublay, retour le 7 Août.

Le 21 Août, le Général de Gaulle est à bord, pour les U. S. A. Orly, Gander, Washington, New-York, Chicago, Ottawa, Gander, Orly, le 30 Août. Puis l’Amérique du Sud, via Dakar, Rio, Buenos-Aires, Monte­video, puis Mexico au cours d’un autre voyage, Cuba voit également les Ailes Françaises et la route d’Amérique sera parcourue ainsi une quinzaine de fois. En Avril 1945, le cap est pris vers la Chine, avec le Maréchal Juinà bord, au retour, une avarie de moteur oblige Raymond à se poser à Mergni, en Birmanie, sur un terrain de fortune, long de 850 mètres; la vie de camp s’organise et ce n’est que le 14éme jour, que le C-54 prend le chemin du retour.

Puis l’activité aérienne continue et Raymond est désigné pour servir en Indochine en 1950. Ayant reçu une affectation peu aérienne, il rentre dans l’aviation civile, à la T.A.I., puis à Air VietNam, et vole, sans compter ses efforts, jusqu’en 1955.

NOTA. — Le Général Carretier, qui fut compagnon de Mermoz sur "L’Arc-en-Ciel", disait de Raymond, au retour d’une mission en Tripolitaine : "Privés de radio et dans le vent de sable, c’est grâce à la science et à l’instinct de navigation de Raymond, que nous sommes rentrés".

Capitaine Venangeon.

 

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