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TELEKI
Pal | Yannis KADARI | en ligne depuis : Mai 2001 | © www.1939-45.org |
Pal Teleki vient au monde à Budapest le 01 novembre 1879. Issu d'une vieille famille aristocratique hongroise, il porte le titre de conte. Teleki mène des études supérieures et devient un éminent géographe qui enseigne à l'université de Budapest. En 1905, il entre au parlement hongrois tout en continuant à se consacrer à sa passion pour la géographie. Il publie un très complet atlas géographique et économique des îles japonaises et devient en 1910 président de l'académie hongroise de géographie. Il conservera cette charge jusqu'à son retrait volontaire en 1923. En 1919, alors que la Hongrie vit sous la sanglante dictature du prolétariat du communiste Bela Kun, Teleki participe aux mouvements contre-révolutionnaires de Vienne et de Szeged. Déstabilisé, le régime de Kun chancelle puis s'effondre le 01 août 1919. Kun disparaît pour se réfugier à Vienne avant de rejoindre Moscou. Brillant, particulièrement cultivé et distingué, Pal Teleki est désigné par ses pairs pour défendre la cause de la Hongrie lors de la fameuse conférence de la paix de Paris. A son retour, il publie un ouvrage d'ethnologie traitant du peuple hongrois. Cette ouvrage, précis et fort documenté, remporte un succès immédiat auprès des chercheurs et des universitaires, achevant ainsi d'établir une renommée internationale à notre homme. Nommé premier ministre et ministre des affaires étrangères dans les années 1920-21, Teleki ratifie le 04 juin 1920 le célèbre traité de Trianon. Les termes du document sont sévères. La Hongrie perd non seulement les deux tiers de son territoire et de ses habitants, mais en plus elle doit se contenter d'une armée de 35.000 hommes maximum. Quid des compensations financières ? les alliés répondent qu'elles ne seront définies qu'ultérieurement. En homme habile et surtout pragmatique, Teleki déploie des trésors de diplomatie auprès des Français afin d'éviter de nouvelles humiliations à sa nation. En 1921, Pal Teleki participe à l'élaboration et à la promulgation de la "loi sur l'ordre" qui interdit non seulement le parti communiste mais aussi les mouvements nationalistes et antisémites d'extrême-droite. En 1922, l'homme décide de se retirer de la vie publique afin de se consacrer à ses travaux, ses étudiants et ses recherches. Il prend la tête du mouvement des scouts de Hongrie et surtout poursuit sa carrière d'enseignant à l'université de Budapest. Pal teleki, profite de sa relative quiétude pour signer un nouvel ouvrage en 1928. Cependant, s'il n'est plus un acteur majeur de la politique hongroise, il observe de très près les évolutions de son pays et conserve de nombreuses relations. Il est notamment très attentif à la politique menée par le nationaliste antisémite Gyula Gömbös qui engage dès 1932 la Hongrie dans une étroite coopération avec l'Italie fasciste. Toujours actif, en 1938, Teleki préside à l'observatoire hongrois de l'éducation et des religions. Cette fonction lui permet de se tenir informé de l'état d'esprit de l'importante communauté juive de Budapest, qui depuis le mandat de Gömbös, vit dans l'inquiétude. En 1939, il refait son apparition sur le devant de la scène politique hongroise et devient à nouveau premier ministre le 15 février. Comment la Hongrie se situe t'elle sur l'échiquier européen ? le réponse à cette question est simple : le pays est déjà avancé sur la voie de la collaboration économique et diplomatique avec son puissant voisin allemand. Que peut faire Teleki pour stopper cet engrenage infernal ? A l'intérieur, le premier ministre dissout plusieurs partis fascistes mais ne peut empêcher le parlement hongrois de voter une seconde loi ségrégationniste à l'encontre des juifs. A Berlin, l'on est ravi... Diplomatiquement, Teleki doit avant tout gagner du temps, tout en contentant le Reichkanzler et ce IIIe Reich a qui tout semble sourire. Sous la pression d'Hitler, Budapest quitte la S.D.N. Certes, le pays rejoint le pacte tripartite mais il se déclare militairement neutre. Si le premier ministre se rapproche encore un peu plus de Berlin et du Reichkanzler, c'est pour demander la révision du traité de Trianon. Le jeu est plus que délicat, et le hongrois redoute de transformer son pays en un simple vassal d'Hitler. Mais le jeu est déjà biaisé... Teleki supporte Hitler dans le démembrement de la malheureuse Tchécoslovaquie et l'appuie aussi dans sa mise au pas de la Roumanie. En échange la Transylvanie retrouve enfin le giron national hongrois. Mais Teleki continue à jouer sur les deux tableaux. Il cherche toutes les solutions pour échapper, ou du moins le croit-il, aux griffes d'Hitler. Ainsi, en décembre 1940, il signe avec la Yougoslavie voisine un traité d'amitié et de coopération. La nouvelle est mal reçue par Berlin. En avril 1941, Hitler lassé des mésaventures de son allié italien en Grèce, décide de passer à l'offensive et de régler leur compte aux Grecs et aux Yougoslaves. Berlin "demande" à Budapest le libre passage des troupes allemandes. Alternative en cas de réponse négative de Teleki ? l'invasion et l'occupation de la Hongrie ! Mais la pression augmente encore sur les épaules du premier ministre, lorsqu'il reçoit une note signée de l'ambassadeur hongrois de Londres. Ce dernier transmet un avertissement on ne peut plus clair de la part du ministre des affaires étrangères de la Couronne. Anthony Eden prévient Teleki, qu'en cas d'acceptation de sa part des exigences allemandes, alors la Grande-Bretagne déclarerait la guerre à la Hongrie. Le vieux géographe est confronté à un affreux dilemme... Pal Teleki désemparé, conscient du drame qui se joue, écrit une lettre au régent Horty lui enjoignant de ne pas entrer en guerre. Tout début avril, Teleki apprend que les divisions de la Wehrmacht en route pour la Yougoslavie viennent de traverser la frontière germano-hongroise... avec l'accord du chef d'état-major hongrois, le général Werth. Werth n'a pas respecté les consignes d'attente de Teleki. Le premier acte de la tragédie hongroise vient de se jouer ! Annihilé par la nouvelle, Pal Teleki se suicide à Budapest le 03 avril 1941. Winston Churchill dira du suicide du premier ministre hongrois qu'il allait absoudre la Hongrie de sa culpabilité dans le drame yougoslave.
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