TOYODA Soemu
district d'Oita 1885 - Tokyo 1957

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Le dernier commandant en chef de la Marine impériale. Né le 22 mai 1885 dans le district d'Oita, Toyoda se prend de passion pour la mer et décide d'entrer à l'Ecole navale. Il en sort diplômé en 1905 et, quatre ans plus tard, perfectionne sa formation en suivant des cours à l'école d'artillerie. En 1915, il fait partie de l'Ecole supérieure de la Marine. Il a effectué divers stages sur des destroyers et des croiseurs, dont le navire Nisshin en 1906.

Toyoda effectue une carrière brillante. De 1919 à 1922, il réside en Grande-Bretagne. Il accompagne Yamamoto lors de la conférence navale de Londres en 1931, conférence qui aboutit à un échec, le Japon ne parvenant pas à obtenir la parité militaire maritime avec les Etats-Unis. Le 01 décembre 1931, Toyoda a été fait contre-amiral. Il entre à l'état-major naval la même année, et en 1933 devient chef d'état-major de la Flotte combinée. Le 15 novembre 1935, il est promu vice-amiral et dirige le Bureau des affaires militaires. Il organise avec efficacité l'aéronavale japonaise.

Lorsque éclate la guerre de Chine, Toyoda mène les opérations de la 4ème Flotte contre les forces de Tchang Kaï-chek. L'année suivante, en 1938, il reçoit le commandement de la 2ème Flotte. En 1941, il est promu amiral, et devient préfet maritime de Kure, puis de Yokosuka (en 1943). Il s'efforce en vain, devant le Premier Ministre Tojo, d'obtenir une répartition des avions sortant des usines d'armement plus favorable à la Marine impériale. Le Ministre de la Marine, Shimada, esprit hésitant et soumis au général Tojo, avait promis de soutenir Toyoda dans ses demandes - et s'était ravisé au dernier moment.

Mars 1944 constitue l'apogée de sa carrière : à la mort de l'amiral Koga, Toyoda prend le commandement de la Flotte combinée. Choix excellent. Toyoda est en effet l'un des officiers les plus imaginatifs et les plus audacieux de la Marine japonaise. Il reste très populaire parmi les équipages - bien que ces derniers le connaissent en définitive très mal -, se trouvant environné d'une réputation de pugnacité que la suite des événements ne démentira pas. A tel point que d'aucuns regretteront le calme Koga…

Toyoda n'a pas exercé de commandement naval en haute mer depuis le début de la guerre de Chine. Cette lacune, il tente de la combler en envisageant de s'établir sur l'un de ses navires, le cuirassé géant IJN Musashi ou le porte-avions IJN Taiyo. Le quartier général impérial, échaudé par les disparitions de Yamamoto et Koga, et peut-être également pour mieux contrôler ce rival de Tojo, préfère le voir en métropole. Toyoda arborera sa marque à bord du croiseur IJN Oyodo, qui demeure mouillé en baie de Tokyo. L'impossibilité de diriger la Flotte au milieu de ses hommes le poussera parfois à des jugements de valeur erronés sur les réelles capacités de combat des rescapés de la Marine impériale. D'où des plans d'une audace rare mais minés dès le départ par les difficultés techniques, logistiques et humaines de la Flotte combinée. Toyoda a, en effet, décidé de jouer le tout pour le tout.

Le premier plan, dit plan A, vise à protéger la zone dite "Printemps - Tortue et Est", à savoir les Philippines, l'ouest de la Nouvelle-Guinée, et les Carolines. Une offensive navale visant à contrer un débarquement américain sur l'île de Biak, au nord de la Nouvelle-Guinée, est annulée à la dernière seconde, pour cause de disparition de l'effet de surprise et surtout d'arrivée de l'US Pacific Fleet dans l'archipel nippon des Mariannes. Au cours de cet affrontement, Toyoda espère compenser l'infériorité numérique de son aéronavale par l'intervention d'avions nippons décollant d'aérodromes terrestres. La bataille s'ouvre le 19 juin 1944. Toyoda reste optimiste, d'autant que ses porte-avions sont commandés par un expert, l'amiral Ozawa.

Mais depuis Pearl Harbor, l'aéronavale américaine a fait des progrès, alors que celle de l'Empire s'est dégradée. La Flotte américaine se trouve être commandée par un excellent officier, l'amiral Spruance. De plus, la chance s'en mêle : deux porte-avions nippons (le IJN Shokaku et le IJN Taiyo) sont envoyés par le fond par des sous-marins américains qui ont échappé à la surveillance des escorteurs. Cinq cents avions japonais sont descendus ou détruits au sol au cours de ce que l'on appellera le "tir aux pigeons des Mariannes". Un trosième porte-avions (le IJN Hiyo) sera coulé le 20 juin, deux autres étant endommagés.

L'aéronavale ayant cessé d'exister, il reste encore les navires de surface. Toyoda monte le plan Sho, "victoire" en japonais. Les cuirassés et les croiseurs de la Flotte impériale annihileront les forces américaines de débarquement engagées dans le golfe de Leyte aux Philippines. Les porte-avions de l'amiral Halsey, chargés de leur couverture, auront en effet été attirés au préalable vers le nord par une flotte-appât dirigée par Ozawa. Cette flotte se constitue de porte-aéronefs dépourvus d'avions - pour cause de pertes trop lourdes dans les Mariannes. Ces unités seront sacrifiées, mais Toyoda estime que, faute de pilotes expérimentés, ces porte-avions ne pouvaient pas servir efficacement pour autre chose. Une fois de plus, il engage le gros de la Flotte dans un quitte ou double. Il est vrai que s'il s'était abstenu d'agir, la Marine impériale serait vite tombée en panne d'essence, faute de ravitaillement optimal du fait de l'omniprésence des sous-marins américains de l'amiral Andrew Lockwood, qui contrôlent les voies de communications maritimes du Pacifique.

Surprenant est le choix de l'amiral Kurita, pour diriger les navires de surface nippons chargés de détruire la flotte américaine. Car autant Toyoda ne manque pas d'esprit kamikaze, autant Kurita est modéré et soucieux de la vie de ses équipages. Un malentendu opérationnel qui s'ajoutera aux multiples dysfonctionnements internes (techniques, tactiques et humains) de la Flotte combinée en cet automne 1944.

La bataille de Leyte, qui engage 91 bâtiments et 1.800 avions japonais, se déroule du 22 au 25 octobre 1944. Elle s'achève, une fois de plus, par un désastre pour la Marine impériale. Quatre porte-avions, trois cuirassés, dix croiseurs, onze contre-torpilleurs, plus d'un millier d'avions ont été perdus chez les Japonais. 45 % du tonnage employé a été envoyé par le fond, soit 305.710 tonnes. 10.000 marins ne reviendront pas. En face, l'US Pacific Fleet se contente de la perte de 37.300 tonnes, 3 % du tonnage engagé coulé (trois porte-avions d'escorte, trois destroyers et un sous-marin), ainsi que 200 avions détruits et un total de 3.000 marins et pilotes tués. La Marine impériale doit en outre compter avec les fort nombreuses avaries qui ont ravagé les navires rescapés. Plus jamais elle ne sera en mesure de lancer des opérations aussi titanesques.

Toyoda, qui a pris en 1945 les fonctions de chef suprême de l'état-major naval, en est conscient, mais refuse toute idée de capitulation et prépare activement les plans de défense de l'archipel nippon. C'est sur son ordre qu'en avril 1945 le supercuirassé IJN Yamato, le plus grand navire de guerre du monde et la dernière unité de taille de la Flotte combinée, opère un raid suicide contre l'US Pacific Fleet à Okinawa - non sans quelques hésitations l'équipage et de ses commandants. Le 07 avril, une centaine d'appareils américains fondent sur l'ancien vaisseau amiral de Yamamoto. Une quinzaine de torpilles et une dizaine de bombes ravagent le navire, qui chavire et coule avec 3.000 hommes d'équipage. Les escorteurs ne repêcheront que 140 survivants. Un remake terrifiant de la destruction du cuirassé HMS Prince of Wales et du croiseur de bataille HMS Repulse par les Japonais le 10 décembre 1941…

Cette ultime défaite, liée à la conquête américaine d'Okinawa, ne dessillent pas les yeux de Toyoda, toujours convaincu que l'Empire doit lutter jusqu'au bout. Avec le général Anami, ministre de la Guerre, il fait partie de la faction belliciste qui mettra des bâtons dans les roues des partisans de la paix à l'été 1945. Les raids nucléaires des B-29, l'invasion soviétique de l'Asie du Nord-Est, la promesse officieuse des Américains de ne pas toucher à l'Empereur aboutissent à la capitulation inconditionnelle de l'Empire annoncée par Hiro-Hito le 15 août 1945. Toyoda n'a pu que se soumettre. Et se démettre.

Inculpé comme criminel de guerre par les Américains en 1946, il sera le seul chef militaire de haut rang à être acquitté et sera libéré en 1948. Deux ans plus tard, il publie un ouvrage au titre évocateur, "La dernière Marine impériale". Il meurt à Tokyo le 22 septembre 1957.

 

 

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