ZOG I
Mati 1894 - Suresnes 1961

| Yannis KADARI | en ligne depuis : Avril 2000 | www.1939-45.org |

Ahmed Zogu voit le jour dans la région du Mati en 1894. Il est fils et petit-fils de pachas turcs, membres de l'illustre famille des Toptani. Cette filiation lui vaut le titre de Mati Bey. Pendant la Première Guerre Mondiale, Ahmed Zogu se bat dans les rangs de l'armée autrichienne. A sa démobilisation en 1918, il rentre en Albanie, désormais affranchie de toute domination étrangère. Serbophile convaincu, il manoeuvre sur le plan politique afin d'empêcher Essad Pacha de s'emparer du pouvoir. Essad est finalement arrêté et emprisonné. En 1920 Zogu est récompensé de ses efforts et prend la direction du Ministère de l'intérieur. La jeune république albanaise connaît enfin son premier gouvernement régulier mais la situation est délicate. Les conservateurs, héritiers des traditions féodales Ottomanes menacent la stabilité du pays, tandis qu'anarchistes et communistes oeuvrent de leur côté pour la conquête du pouvoir.

1922 apporte à Ahmed Zogu sa nomination au poste de Premier Ministre. De 1922 à 1924, Zogu tente d'assainir le pays qui risque à tout moment de basculer dans l'anarchie. Ses plans aboutissent en partie, mais une révolte populaire fomentée par des opposants en juin 1924, l'oblige à quitter le pays et à se réfugier en Yougoslavie. Tirana est aux mains des hommes de Fan Noli qui dissout l'assemblée nationale et s'empare de tous les leviers du pouvoir. Une fois de plus Zogu fait appel à ses amitiés serbes. Depuis Belgrade il travaille à son retour qui a symboliquement lieu le 24 décembre 1924.

Le 05 janvier 1925, Zogu forme un gouvernement provisoire sous le contrôle d'un conseil de régence. Le 31 janvier 1925, il remporte les élections et devient ainsi président de la République albanaise pour un mandat de sept ans. Simultanément le nouveau président décide de se rapprocher de l'Italie, puissance montante de la région. Les efforts diplomatiques albanais aboutissent à la signature du traité de Tirana, paraphé le 27 novembre 1926. L'Italie s'engage au statu quo.

Sa nation mise à l'abri derrière des frontières diplomatiquement sûres, Zogu reprend la lourde tâche d'assainir le pays sur le plan intérieur. Il séduit les grands chefs de clans féodaux albanais et reçoit de leurs parts une sorte de vote de confiance, le Bessa. Le président Zogu a enfin les mains libres pour entamer sa politique de reformes. Un canevas législatif est mis en place et les modes de calcul de l'impôt sont revus pour assurer une égalité des citoyens. D'importantes lois sont promulguées. Le Président soucieux d'éviter par tous les moyens un coup d'état apure l'armée de ses éléments les plus indésirables et décide de constituer une gendarmerie calquée sur le modèle français. En même temps, Zogu annonce sa décision de gracier les agitateurs emprisonnés puis de les libérer. Toutes ces mesures n'empêchent pourtant pas Zogu de se conduire en dictateur.

Cependant, la grande révolution date du 25 août 1928, avec l'institution par l'Assemblée Nationale de la Monarchie héréditaire, parlementaire et constitutionnelle. Le 01 septembre 1928, Zogu proclamé mbret (roi) devient Zog I. "La Grande Albanie Ethnique" est désormais une nation indépendante lancée sur la voie de la modernité. Tel est le discours officiel. Zog I mène une politique éclairée pour le plus grand bénéfice des albanais et aussi le sien ! Zog admirateur de la République Française, substitue le Code Civil Français au droit coutumier Ottoman et met en place le suffrage universel. La modernisation du pays se poursuit bon train : Routes, écoles, ponts se construisent aux quatre coins de la nation. Le féodalisme est aboli et l'Albanie proclame sa laïcité.

Mais pour assurer sa modernisation, l'Albanie doit pouvoir financer ses reformes. Le pays est encore très pauvre, trop pauvre... Zog I conscient de cet état de fait se tourne vers les banques du voisin italien qui investissent des sommes colossales non sans prendre au passage le contrôle de nombreuses entités économiques albanaises. Rome exige toujours plus de garanties. Zog signe le second pacte de Tirana en novembre 1927. Le roi tente de lutter contre la mainmise des italiens et cherche sur la scène internationale le moyen de rompre l'isolement de sa nation. Paris et Belgrade sont sollicités par le mbret afin d'accroître leurs investissements et de faire contrepoids aux italiens. Si Belgrade accepte de soutenir un peu plus Tirana, Paris tourne le dos à sa Majesté Zog I. Le Duce est furieux, lui qui a économiquement satellisé l'Albanie, ne laissera pas échapper sa proie aussi simplement ! En juin 1934, la marine italienne croise en Adriatique au large des côtés albanaises, l'avertissement est claire ! Les accords italo-albanais de mars 1936 enfoncent un peu plus le clou, faisant de l'Albanie une sorte de colonie italienne. Une société d'état italienne s'empare des leviers de l'économie du royaume. Zog se débat, mais n'obtient aucune aide dans son bras de fer avec le Duce.

1938 et 39 sonnent le glas du règne de Zog I... Ciano est chargé par Mussolini d'étudier la question de la conquête de l'Albanie par les troupes italiennes. La pression monte ! Rome présente un plan de coopération à sa Majesté Zog I en mars 1939 : Il ne s'agit ni plus ni moins, d'un plan d'annexion en bonne et due forme. Zog refuse et cherche à gagner du temps tandis que l'assemblée octroie au roi les pleins pouvoirs. Le 07 avril 39, l'armée italienne débarque sur les plages albanaises . 40.000 hommes appuyés par leur marine et la Regia Aeronautica s'enfoncent en Albanie. Que peuvent faire les soldats du Roi avec leurs armes dépassés ? dès le lendemain Tirana tombe, en trois jours les bersaglieri du Duce contrôle le pays.

Le 16 avril, Zog I dans l'obligation d'abdiquer remet sa couronne au roi italien Victor-Emmanuel III. Le roi albanais en exil, se réfugie en Grèce, puis en Turquie, Roumanie, Pologne, Estonie, Suède, Norvège et enfin en France. Son leitmotiv est d'éviter de tomber entre les mains des forces de l'Axe, car il espère bien un jour rentrer à Tirana afin d'y reprendre la direction de sa nation.

En mai 40, Zog quitte la France battue par les troupes du Reich et s'enfuit pour Londres. Fin 1944, l'Albanie est enfin libérée mais tombe sous la mainmise des communistes qui empêche tout retour du roi. En 1946, la famille royale part pour l'Egypte du roi Farouk, Zog I espérant ainsi bénéficier de l'appui des souverains arabes. C'est des USA inquiétés par la présence des communistes en Adriatique que l'espoir viendra pour Zog, espoir il faut le dire de courte durée... Un plan de soulèvement est imaginé par la CIA avec comme but de chasser les communistes et de remettre Zog sur le trône. L'opération de la "compagnie des 4.000" démarre en avril 52 mais est un véritable fiasco. Des fuites d'un espion double, Philby sont entre temps parvenues jusqu'à Tirana. Zog vient de perdre toute chance de retrouver l'Albanie et son peuple.

C'est usé et fatigué que Zog quitte l'Egypte, où Nasser vient de prendre le pouvoir, pour la France et la côte d'azur. En 1957, il proclame son fils Leka comme son seul et unique successeur. Malade, il est hospitalisé à Paris puis à Suresnes où il décède à 65 ans. Zog I repose aujourd'hui au cimetière parisien de Thiais (Ile de France).

 

 

| A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z |

Retour à l'index