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Lorsque
le 11 novembre 1918 les armes se taisent, mettant fin à une guerre
de quatre ans qui a plongé l'Europe dans la barbarie et la ruine,
l'idée qui prévaut est d'empêcher pareille catastrophe de se reproduire.
Mais la tâche va vite s'avérer difficile, avant de devenir insurmontable.
En effet, le chaos politico-économique engendré par ce qu'il est
d'usage d'appeler la "Grande Guerre" va s'avérer un obstacle
redoutable aux ambitions pacifistes.
En premier lieu, le dépeçage des anciens Empires (Allemagne, Autriche-Hongrie, Turquie et Russie), résultat de la mise en œuvre du principe des nationalités, aura pour conséquence la multiplication d'Etats nouveaux, fragiles, rivaux, prêts à succomber aux sirènes de l'autoritarisme et à la recherche d'un protecteur fort. En second lieu, le traité de Versailles, signé par les quatre vainqueurs que sont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l'Italie le 28 juin 1919 et imposé à une Allemagne exsangue et en proie à l'agitation communiste et nationaliste, affaiblit considérablement cette dernière et est vite assimilé à une injustice flagrante par la population, qui parle de "Diktat". Si encore les Alliés avaient les moyens de leur propre politique, des solutions concrètes pourraient se dessiner, mais leurs divisions les empêche de trouver un terrain d'entente et de définir une stratégie commune. Alors que les Etats-Unis se réfugient dans l'isolationnisme, que la Grande-Bretagne est en proie à la crise économique tout en cherchant à ne point trop affaiblir l'Allemagne pour "éviter de faire le lit du bolchevisme" et que la France cherche vainement à sauvegarder ses intérêts malgré un isolement progressif, l'Italie, ravagée par une crise socio-économique d'une ampleur sans précédent et mécontente de n'avoir pas retiré tous les profits espérés lors de son entrée en guerre de 1915, choisit la voie que lui propose un parti fondant son programme et son action sur un antiparlementarisme et un nationalisme exacerbés, celui de Benito Mussolini, chef du mouvement qu'il nomme "Fascisme". Le tout sur fond de développement de l'idéologie communiste, qui a réussi à s'imposer en Russie depuis 1917 et qui effraie tant les Occidentaux de par son caractère subversif. Il est vrai que la Russie communiste est une puissance avec qui il faudra compter, malgré les méfiances et le caractère de plus en plus sanglant et totalitaire du régime mis en place par Lenine et son successeur Staline.
On
le voit, la situation internationale des années qui suivent directement
la Première Guerre Mondiale n'est guère brillante. Pourtant, pour
la première fois, les Etats ont réellement essayé de trouver des
modes de résolution des conflits par voie pacifique, notamment
avec la création de l'ancêtre de l'O.N.U, la Société des Nations
(S.D.N.). Les ennemis d'hier tentent de se réconcilier, notamment
la France et l'Allemagne, et en 1928, vingt-huit pays déclarent
la guerre hors la loi, sans pour autant prévoir de sanctions conséquentes.
La crise économique, ou "grande dépression", qui se déclenche en 1929 viendra à bout de ces illusions, en balayant les fragiles systèmes démocratiques mis en place dans les années 20. La situation apparaît particulièrement grave en Allemagne : alors que de puissants partis et autres lobbies d'extrême-gauche et d'extrême-droite rejettent avec force le régime de Weimar, elle-même minée par les manoeuvres politiques de ses dirigeants, la crise atteint en 1932 son point culminant, puisque le quart de la population active se retrouve au chômage. Un mouvement raciste et ultranationaliste, le Parti National-Socialiste des Travailleurs Allemands (N.S.D.A.P.), dirigé par Adolf Hitler, se fait fort de résoudre ces difficultés et les maîtres de la République, par opportunisme et croyant à tort pouvoir manipuler ce politicien sans scrupule mais doté d'un indéniable génie manoeuvrier, lui confient le pouvoir le 30 janvier 1933. Hitler installe progressivement un Etat totalitaire, liquidant les oppositions, légalisant l'antisémitisme obsessionnel qui l'agite, et se lançant dans une politique de réarmement en parfaite violation du traité de Versailles. Son projet à long terme : résoudre le "problème juif" d'une manière ou d'une autre, et faire en sorte que le peuple allemand, la "race des seigneurs", domine le continent européen, notamment par la conquête d'un espace vital, le "Lebensraum", à l'Est.
Et les Occidentaux, tant par naïveté que par calcul, laissent faire : en 1935, la Sarre est rattachée au Reich ; le 07 mars 1936, Hitler remilitarise la Rhénanie et parvient à s'allier avec l'Italie fasciste, qui, depuis 1935 (invasion de l'Ethiopie) mène elle aussi une politique expansionniste agressive. C'est l'Axe Rome-Berlin. Il sera rejoint très bientôt par le Japon, qui signe le 25 novembre 1936 le pacte anti-kommintern avec Hitler et Mussolini. Car les Japonais, dirigés par les factions militaires, eux aussi victimes de la crise et surtout du manque de matières premières, ont entrepris de se constituer un immense empire en Asie : conquête de la Corée en 1910, annexion des colonies allemandes d'Extrême-Orient durant la Première Guerre Mondiale et de la Mandchourie en 1931, guerre larvée avec la Chine qui finit en une agression délibérée suite à l'incident du Pont Marco-Polo en juillet 1937. L'armée du Soleil Levant se distingue lors de la prise de Nankin en décembre 1937 : la ville est mise à sac, il y a 200.000 morts.
Face à ces menaces, la S.D.N. s'efface, la France et la Grande-Bretagne, pourtant garantes de l'équilibre européen, restent inactives. La France, en particulier, reste attachée à une doctrine militaire défensive, basée sur la défense des frontières par la célèbre ligne Maginot. Cela dit, le Front Populaire entame dès sa prise du pouvoir une politique de réarmement qui arrive trop tard. Et l'affrontement entre démocraties et totalitarismes va vite prendre des allures de symbole avec la guerre civile d'Espagne de 1936 : alors que les Franco-Britanniques prônent la non-intervention, l'U.R.S.S soutient le Frente Popular face aux rebelles nationalistes du général Franco aidés par Rome et Berlin. Le bombardement de Guernica le 26 avril 1936 par des appareils allemands de la légion Kondor apparaît alors comme un sinistre présage des nouvelles calamités sur le point de s'abattre sur l'Europe et le monde.
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