Le 05 novembre 1937, à Berlin, Hitler réunit ses généraux et leur déclare que le temps est venu de créer la Grande Allemagne. L'armée est prête, le pays mis au pas, la Rhénanie remilitarisée. Il est temps à présent d'accomplir le programme d'expansion vers l'Est. Pour ce faire, il est nécessaire de procéder à la liquidation de l'Autriche et de la Tchécoslovaquie. Certains officiers s'opposent à un projet aussi démentiel. Ils sont contraints à la démission ou victimes de machinations orchestrées par les SS. L'armée rangée à ses côtés, de gré ou de force, le Reichkanzler se tourne vers l'Est.

Il est vrai qu'il peut profiter de la situation explosive créée par le traité de Versailles. Le découpé des frontières a créé des Etats croupions, comme l'Autriche, ou infiltrés par les minorités germanophones : Sudètes de Tchécoslovaquie, Allemands du "corridor" de Dantzig en Pologne. Fort de la présence de ces populations allemandes, Hitler veut les rattacher au IIIe Reich. Et pour ce faire, tous les moyens sont bons.

L'Autriche, tout d'abord. Jusqu'à la prise du pouvoir d'Adolf Hitler, les Allemands et les Autrichiens ont entamé une politique de rapprochement qui n'a pu cependant aboutir à une unification pour cause d'interdiction formulée par les Occidentaux. Le Führer a tenté de satelliser le pays en faisant assassiner le Chancelier fascisant Dolfuss en juillet 1934, mais les nazis locaux ont échoué à s'emparer des leviers de commande. Depuis, le gouvernement autrichien vit dans la méfiance envers son voisin du nord.

Cette méfiance est confirmée en 1938, lorsque le 12 février Hitler présente un ultimatum au Chancelier autrichien Schuschnigg : Berlin exige rien de moins que l'entrée des nazis au Gouvernement, qui alignera sa politique étrangère sur celle de l'Allemagne. Schuschnigg s'incline au premier abord, puis une fois de retour à Vienne, annonce un plébiscite sur l'union avec l'Allemagne pour le 13 mars. Les agitations pro-nazies se multiplient. Hitler exige la démission de Schuschnigg et la nomination au poste de Chancelier du nazi Seyss-Inquart. Finalement, Schuschnigg cède. Le 12 mars, les troupes allemandes font leur entrée à Vienne. Par référendum, en avril, l'Autriche est rattachée au IIIe Reich. C'est l'Anschluss.

Les Alliés n'ont toujours pas réagi. La Grande-Bretagne pratique la politique de "l'appeasement". Le Premier Ministre Sir Neville Chamberlain est en effet convaincu que l'on peut arrêter Hitler par des concessions et des bonnes paroles. Quant à la France, elle se soumet aux opinions du Cabinet de Londres, en vertu de ses choix diplomatiques des années 20. Politique justifiée tant par la volonté de ne pas répéter les horreurs de la guerre que par un net affaiblissement politico-militaire des démocraties. Sans oublier l'éternelle peur du communisme. L'U.R.S.S est pourtant attachée à sauvegarder sa sécurité tout en cherchant à accroître son influence, et joue à cet effet sur les deux tableaux : alors que Staline manie la carte des Fronts Populaires antifascistes en France et en Espagne, des contacts secrets sont pris entre diplomates russes et allemands en vue d'aboutir à un accord. Ces pourparlers, rejetés dans un premier temps par Hitler, conduiront pourtant à la conclusion du pacte germano-soviétique en 1939. Il est vrai que Staline a de quoi être déçu par le comportement des démocraties, prêtes à laisser l'Allemagne devenir la puissance maîtresse de l'Est européen. Cette déception sera amplifiée par l'abandon de la Tchécoslovaquie aux accords de Munich de septembre 1938.

Pourtant, les Occidentaux ont d'abord semblé vouloir résister à Hitler, en cette affaire. Le Führer a dans un premier temps réclamé une plus large autonomie pour les territoires des Sudètes, avant de jeter bas les masques et d'exiger purement et simplement leur annexion. Ce qui n'est qu'un aperçu de la politique hitlérienne : on sait que le guide de la nation allemande souhaite détruire la Tchécoslovaquie. Toujours est-il que la même tactique qui a mené à l'Anschluss est employée, avec l'utilisation du parti nazi des Sudètes de Konrad Henlein pour faire pression sur le gouvernement de Prague. Cependant, les Tchèques restent fermes. Chamberlain essaie de sauver la paix en se rendant à deux reprises en Allemagne pour rencontrer Hitler (15 et 22 septembre), mais échoue à raisonner le Führer, déterminé à envahir la Tchécoslovaquie dans les plus brefs délais. Mais alors que la guerre est sur le point d'éclater, Hitler accepte fin septembre, sur une initiative de Mussolini, de rencontrer Chamberlain et Daladier à Munich en vue du règlement de la question tchèque. Au terme de la conférence, qui se déroule les 29-30 septembre 1938, il obtient le rattachement des Sudètes à l'Allemagne. Ni les Tchèques, ni les Soviétiques n'ont été conviés à prendre part aux négociations. Chamberlain et Daladier rentrent au pays en triomphateurs : la paix est sauvée...

Cette victoire diplomatique de Hitler discrédite durablement les démocraties occidentales. L'U.R.S.S songe de plus en plus à pactiser avec le Grand Reich. Les petits Etats d'Europe centrale et orientale se rapprochent de l'Allemagne. La Pologne, surtout, qui mène depuis 1934 une politique d'entente avec son puissant voisin et qui a profité de Munich pour annexer la région de Teschen. Et pourtant, Hitler a déjà décidé de lui régler son compte...

 

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