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Rappel : Depuis les années 30, le Japon s'est engagé dans un programme d'expansion qui semble ne pas avoir de fin. Après avoir annexé la Mandchourie en 1931, l'Empire du Soleil levant, profitant de la guerre civile opposant les Nationalistes de Tchang Kaï-chek aux Communistes de Mao Tse Toung, envahit le reste de la Chine en 1937. Pendant quelques mois, l'armée nippone accumule les succès et les massacres. Mais l'étendue du territoire chinois, la résistance des forces provisoirement alliées de Tchang et de Mao empêchent Tokyo d'obtenir une victoire décisive. Les Nippons, par manque d'effectifs, ne contrôlent par ailleurs pas la totalité des territoires occupés et se contentent de se maintenir dans les grandes villes et les nœuds de communications, facilitant l'action des partisans. Les envahisseurs peuvent néanmoins compter, comme les Allemands en Europe, sur un régime collaborateur dirigé par Wang Tsing-wei. Mais il demeure que la "politique chinoise" est dans l'impasse. La situation est d'autant plus sérieuse que la Chine est soutenue, tant sur le plan militaire que sur le plan moral, par les États-Unis et les Occidentaux. Une escadrille de volontaires américains, baptisés les "Tigres volants", volant sur P-40 et dirigés par Claire Lee Chennault, sert déjà sous les ordres du gouvernement nationaliste et cause des pertes importantes aux formations japonaises. Dès 1939, la "route de Birmanie", construite par des dizaines de milliers de coolies, permet l'acheminement d'armes et de munitions à destination de Tchang Kaï-chek. Les Français, en Indochine, sont également mis à contribution la même année : le chemin de fer du Yunnan sert à son tour de perfusion au colosse chinois. Ce n'est pas tout. Les atrocités japonaises en Chine ont scandalisé l'opinion publique américaine. La presse tire à boulets rouges sur les "bouchers de Nankin", les "massacreurs de Changhaï". Roosevelt et le Congrès se doivent d'en tenir compte. En juillet 1939, Washington dénonce, avec un délai de six mois, le traité de commerce signé avec Tokyo en 1911 et qui instaurait un régime favorable à certaines importations japonaises. Cette décision, associée à l'ensemble du soutien américain apporté aux Chinois, tombe alors que les Japonais subissent une défaite militaire écrasante face aux forces Soviétiques, au Khalkin Gol, en août 1939. Cette offensive avait été lancée à l'instigation de la faction antisoviétique du gouvernement nippon, qui voulait définitivement imposer ses vues au lobby favorable à une expansion vers le Sud pour obtenir les matières premières nécessaires à la poursuite de la guerre de Chine. Ce désastre, et la signature du pacte germano-soviétique le 23 août 1939, favorisent le déclin rapide des partisans d'une conquête de la Sibérie. Mais à Tokyo, on réalise vite qu'il faudra compter avec la présence des États-Unis Le Japon est dans une situation délicate : malgré ses annexions, il demeure pauvre en ressources énergétiques et en matières premières. La ferraille, l'acier, le pétrole, tout vient d'Occident. Et les Occidentaux semblent décidés à ne plus se laisser faire. Eté 1940. Pour les Américains comme pour les Japonais, l'effondrement de la France constitue un coup de tonnerre qui les oblige à modifier radicalement leurs stratégies. L'option "poussée vers le sud" semble cette fois définitivement admise, avec la nomination le 17 juillet 1940 de Fuminaro Konoye, qui a parrainé l'invasion de la Chine, au poste de Premier Ministre. Quelques jours plus tard en effet, les Japonais interviennent en Indochine, pour mieux accroître l'isolement chinois. Ils obtiennent d'abord la fermeture de la ligne de chemin de fer du Yunnan. Puis, le 30 août, l'administration coloniale française dirigée par l'amiral Decoux, lâché par Vichy, consent aux militaires nippons le droit de passage dans la région du Tonkin. Le 22 septembre, Tokyo va plus loin : une offensive militaire est lancée dans le Tonkin. Les coloniaux se battent à 1 contre 5. L'Empereur Hiro-Hito impose le cessez-le-feu : la présence japonaise s'en trouve renforcée, puisqu'ils obtiennent d'y installer des bases, notamment à Hanoï et Haïphong. Dans le même temps, ils attisent le feu entre leur allié thaïlandais et les Français. En janvier 1941, un conflit finit par éclater entre les deux parties. Il se soldera par la défaite du régime de Bangkok, sauvé de la déroute par le manque de moyens de l'armée française et par une "médiation" japonaise. Ces incursions japonaises renforcent l'inquiétude des Américains, qui s'engagent au même moment, et de manière somme toute prudente, dans une politique d'endiguement de la marée allemande afin de maintenir un semblant d'équilibre européen. En juin 1940, le Congrès a voté une loi permettant la construction de 17 cuirassés, 11 porte-avions, 40 croiseurs, 70 sous-marins, une centaine de destroyers et une kyrielle de petites unités. Au même moment, le Président Roosevelt, rejetant l'avis de ses conseillers qui prônent l'envoi de la Navy dans l'Atlantique pour assurer un soutien plus efficace à l'Angleterre, maintient la Pacific Fleet à Pearl Harbor, dans un but dissuasif. Et en juillet, Roosevelt décrète l'embargo sur le carburant avion. La réaction ne se fait pas attendre : le 27 septembre 1940, en pleine offensive dans le Tonkin, le Japon signe le Pacte Tripartite liant le sort de l'Empire à celui du IIIe Reich et de l'Italie de Mussolini. A Berlin comme à Tokyo, l'objectif est le même : impressionner les États-Unis par une démonstration de force diplomatique. Alors que Hitler engage sa "tournée méditerranéenne" (puisqu'il rencontrera Franco, Pétain, et Mussolini le mois suivant), les Japonais s'implantent davantage en Asie du Sud-est. Riposte américaine : l'embargo s'étend à toutes les marchandises destinées à l'effort de guerre japonais. 1941 : La probabilité d'une guerre avec les États-Unis en inquiète plus d'un au Japon. L'amiral Yamamoto, commandant en chef de la Flotte combinée, sait pour sa part que l'Empire n'a pas de réelles chances de victoire. Il envisage cependant le pire et dès la fin de 1940, l'amiral japonais prévoit de porter un coup majeur aux Américains, par la destruction, dès le premier jour du conflit, de l'essentiel de la Flotte américaine basée à Pearl Harbor. Discrètement, à partir du mois de janvier 1941, il fait connaître son plan à quelques cercles de spécialistes de la Marine. Il faudra cependant bien des semaines d'effort et de patience pour le rendre viable et le faire accepter par les dirigeants japonais. Il est vrai que ceux-ci se trouvent dans une situation inextricable. La fermeté américaine, les menaces portées à l'encontre des sources d'approvisionnement de l'Empire renforcent les ambitions bellicistes de certains lobbies. L'invasion nazie de l'U.R.S.S. débutée le 22 juin 1941 soulève à nouveau le dilemme : faut-il attaquer au Nord ou au Sud ? malgré les pressions allemandes, les militaires japonais s'opposent à une offensive en Sibérie. L'état des stocks de carburant ne le permettrait pas. Plutôt que de continuer à dépendre du bon-vouloir des Occidentaux, le lobby militaire préconise plus que jamais la conquête des possessions européennes d'Extrême-Orient : l'Indonésie néerlandaise et son pétrole, la Malaisie et son caoutchouc. Le tout en se taillant des bastions en Birmanie, à Singapour, aux Philippines, voire dans les archipels américains du Pacifique. Sans doute pour accorder quelques concessions aux militaires et tester les réactions internationales, l'Empereur et Konoye autorisent, en juillet 1941, l'armée nippone à occuper l'Indochine. Excellente base de départ pour une conquête de l'Asie du Sud-est, puisqu'elle ouvre la voie à la Malaisie, à l'Indonésie, aux Philippines. Excellent moyen également de raffermir l'étranglement de la Chine, qui a eu à souffrir le 18 juillet 1940 de la fermeture de la Route de Birmanie. Excellent facteur de mécontentement américain enfin, puisque le 26 juillet 1941, Roosevelt prend une série de décisions lourdes de conséquences : gel des avoirs japonais (135 millions de dollars) le 25 juillet, et surtout embargo sur le pétrole rendu effectif le 31. Les Britanniques et les Hollandais ne se comportent pas autrement. Conséquence directe : le Japon perd 80 % de ses approvisionnements. La machine de guerre japonaise, enlisée en Chine, risque de tomber en panne d'essence. Se pose alors l'alternative suivante : la solution négociée, ou la guerre. Les mois suivants verront les Japonais tenter de rechercher une solution négociée tout en se préparant à la guerre. Il n'empêche que la fermeté américaine a profondément mis à mal le Premier Ministre Konoye, hostile à tout conflit armé avec Washington puisque comme Yamamoto, il se montre pessimiste sur les chances de victoires impériales. A côté, les militaires paraissent opiner pour l'usage de la force. L'Empereur, pour le moment, reste réservé. A lui seul revient la décision d'entrer en guerre ou non. Le 02 septembre 1941, Yamamoto expose ses plans, définitivement mis au point : raid aérien effectué sur Pearl Harbor par l'aviation embarquée. Six porte-avions accompagnés de navires de couverture et de ravitailleurs quitteront les îles Kouriles et traverseront le Pacifique Nord sur une distance de 5.070 km. Plan risqué, mais une guerre avec les États-Unis impose de prendre de tels risques. Le lendemain, au cours d'une conférence houleuse, Konoye obtient des militaires un sursis : la date limite pour les négociations est fixée au 10 octobre. Le 06 septembre, l'Empereur reconduit le délai au 15 du mois suivant. Konoye se retrouve dans une position intenable : Roosevelt a déjà refusé de le rencontrer dans le cadre d'une conférence au sommet (17 août 1941). Le 02 octobre, le Département d'État américain enfonce le clou, faisant savoir que le retrait des forces militaires japonaises de Chine est une condition sine qua non à la conclusion d'un accord entre Washington et Tokyo. L'Empereur conclut le 13 octobre qu'il n'a plus d'espoir dans une solution négociée. Konoye, victime d'une tentative d'assassinat le 18 septembre 1941, est politiquement mort. Hiro-Hito le contraint à la démission le 16 octobre et le remplace par le général Tojo, représentant de la faction militaire et favorable à l'entrée en guerre. Cependant, l'Empereur impose à Tojo de retarder d'un mois l'entrée en guerre. Visiblement, il ne perd pas encore totalement l'espoir d'un accord avec les Américains. Même si le 03 novembre, il approuve le plan d'attaque mis au point par Yamamoto. Les Américains n'ignorent rien de l'essentiel des manœuvres japonaises : depuis 1940, leurs services de renseignements interceptent et décodent les messages chiffrés envoyés par le Ministère des Affaires étrangères nippon à ses ambassades. Cela étant, par peur des indiscrétions, les hauts responsables militaires américains n'ont pas cru bon de transmettre toutes les informations recueillies à Roosevelt et à la base de Pearl Harbor. Il n'en demeure pas moins que Washington jouit là d'un avantage considérable sur son adversaire, lui permettant de réagir plus rapidement face aux offres de paix japonaises. Roosevelt doit à dire vrai tenir compte de plusieurs facteurs. D'une part, la nécessité de ne pas céder aux offres japonaises, sous peine de voir le crédit des États-Unis se volatiliser en Asie, notamment vis-à-vis des Chinois et des Britanniques. D'autre part, la volonté de gagner du temps, afin de renforcer la présence militaire US aux Philippines, par l'envoi, entre autres, d'escadrilles de B-17, appareils sur lesquels on compte peut-être trop à l'époque. Enfin, les regards du Président américain se portent plutôt sur le théâtre d'opérations européen, alors que l'Allemagne est sur le point de vaincre l'Union soviétique. L'US Navy a accru son soutien aux Britanniques dans l'Atlantique, et une guerre avec Hitler paraît, sur le court terme, inévitable. D'où cette politique contradictoire vis-à-vis du Japon, mélange de bonne volonté et de fermeté. Lorsque l'émissaire du Gouvernement japonais, Saburo Kurusu, arrive aux États-Unis le 05 novembre 1941, porteur de nouvelles propositions (retrait immédiat de l'armée nippone d'Indochine et de Chine méridionale, maintien d'une présence militaire en Chine septentrionale pour une période de 25 ans), les Américains opposent une fin de non-recevoir. Une nouvelle proposition japonaise en date du 20 novembre, un moment bien accueillie par le Département d'État, finit par subir le même sort. Renseigné par les services secrets britanniques sur les projets nippons de conquête d'Asie du Sud-est, Washington oppose, le 26 novembre, une série de contre-propositions dont on peut se demander si leurs auteurs avaient conscience de leur caractère inacceptable pour les leaders japonais, puisqu'elles se fondent sur l'obligation qu'auraient les Japonais à évacuer l'Indochine et la Chine. Les services de renseignements américains estiment que le Japon passera à l'attaque le dimanche 30 novembre 1941. Les États-Unis semblent s'être préparés au pire. Mais pas à une attaque contre Pearl Harbor. Trop invraisemblable… Le même jour, avant que les Américains ne fassent connaître leurs contre-propositions, la Flotte japonaise quitte les îles Kouriles et entame son périple vers Hawaii. Seize jours plus tôt, Yamamoto a fait savoir que, à moins qu'une solution négociée ne se révèle entre-temps, l'attaque de la base américaine se produirait le 08 décembre 1941 (le 07 - horaire de Pearl Harbor). Dans le même temps, les forces japonaises se préparent à fondre sur l'Asie. 169 bâtiments, 2.000 appareils de combat et une dizaine de divisions d'assaut serviront à "délivrer 100 millions d'Asiatiques dominés par 300.000 Blancs", selon le mot de l'auteur du plan d'invasion, le colonel Tsuji. Sans doute le fait que les Japonais n'aient pas attaqué le dimanche 30 novembre renforce les espoirs de Roosevelt de gagner du temps avec les Japonais. Les services de renseignements nippons ont, il est vrai, intoxiqué le Président en lui faisant croire à l'existence d'une faction pacifiste à Tokyo prête à l'emporter sur les militaires, pourvu que la Maison-Blanche en appelle à la volonté de l'Empereur. Roosevelt envisage d'écrire une lettre à Hiro-Hito pour sauver la paix. Cette lettre sera envoyée le 06 décembre. Il sera alors trop tard. Hiro-Hito, depuis le premier décembre, s'est irrévocablement décidé à la guerre. Le 02 est transmis à la Flotte d'attaque de Pearl Harbor le message codé " Escaladez le Mont Niitaka. 1208 ", qui confirme définitivement la décision d'effectuer le raid. A Washington, si l'on finit, au soir du 06 décembre 1941, par ne plus avoir aucun doute sur les intentions générales japonaises, personne ne semble se douter que Pearl Harbor sera la première cible. Et pourtant, il apparaît que les services de décryptage britanniques, ainsi que les agents hollandais, ont pu découvrir la nature véritable des plans de Yamamoto, mais la question de savoir si et dans quelle mesure Churchill et Roosevelt ont tenu compte de ces informations de dernière minute n'a pas fini de soulever d'âpres controverses… Le 07 décembre 1941, à l'aube, sans déclaration de guerre, l'aviation embarquée japonaise bombarde Pearl Harbor. La surprise est totale ! 19 bâtiments américains sont détruits, ainsi que 362 avions. Près de 2.500 militaires américains ont été tués, 1.143 blessés. A peine 29 appareils nippons ont été abattus. Mais les Japonais n'ont pas pu envoyer les porte-avions américains par le fond, du fait de l'absence de ces derniers. De même ont-ils négligé de raser les dépôts de carburant. Il n'empêche : le désastre est terrible ! Le dépôt de la déclaration de guerre japonaise une demi-heure après le début de l'attaque en renforce, auprès de l'opinion publique américaine, le caractère infâme. Loin d'avoir démoralisé l'Amérique, le raid nippon l'a scandalisée. Roosevelt a dorénavant la part belle pour obtenir une déclaration de guerre en bonne et due forme, d'autant que Hitler prendra les devants le 11 décembre 1941, saisissant l'occasion de mettre fin au conflit larvé qui l'opposait au "juif Rosenfeld" (Roosevelt NDLW) dans l'Atlantique. En attendant, les Japonais volent de victoire en victoire. Profitant d'une succession de négligences commises par le célèbre général Douglas Mac-Arthur, ils détruisent au sol l'aviation américaine des Philippines et débarquent un corps d'armée dirigé par le général Masaharu Homma. Alors que les appareils nippons coulent, le 10 décembre 1941, les navires de guerre britanniques HMS Repulse et HMS Prince of Wales, les forces du général Tomoyuki Yamashita envahissent la Malaisie, tandis que la division d'assaut Sendaï investit Hong Kong. Les îles de Guam et de Wake sont pareillement conquises (il est vrai avec quelques difficultés dans le cas de Wake). Rien ne semble en mesure de pouvoir arrêter la déferlante japonaise. Mais les Alliés ne perdent pas espoir. Les Soviétiques sont parvenus à contre-attaquer dans le secteur de Moscou. Erwin Rommel et son Afrika Korps battent en retraite en Afrique du Nord. Et surtout, les adversaires de l'Axe pourront désormais compter sur la phénoménale puissance militaro-industrielle des Etats-Unis d'Amérique.
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