Les Japonais ont entamé leur invasion de l'Asie sous les meilleurs auspices. La flotte américaine a été annihilée à Pearl Harbor. Ne restent que quelques porte-avions dénués de protection. La flotte britannique a perdu ses deux meilleures unités, le cuirassé HMS Repulse et le croiseur de bataille HMS Prince of Wales, le 10 décembre 1941, alors que le haut-commandement de Sa Majesté comptait sur ces navires pour prévenir toute attaque nippone en Malaisie. Quant aux forces américaines des Philippines, du général Douglas MacArthur, elles ont perdu leur aviation de combat à la suite d'un raid surprise japonais sur les aérodromes militaires de Luçon. De telle sorte que les Alliés ne sont pas en mesure de s'opposer à l'armée du Soleil levant. Les six premiers mois de l'année 1942 vont voir cette dernière éliminer ses adversaires l'un après l'autre au cours de l'une des plus brillantes campagnes militaires jamais menées.

Hong Kong a capitulé le 25 décembre 1941. Au même moment, l'armée du général Yamashita a occupé la Thailande et fonce sur Singapour. En moins de trois semaines, le tiers de la distance a été franchi. Les soldats nippons usent de tous les moyens de locomotion disponibles : en char, en camion, à pied, à vélo. Les Britanniques manquent de moyens, et la rapidité de l'avance ennemie les empêche de mener une défense digne de ce nom. L'armée du général Percival est en permanence contrainte à une retraite humiliante et épuisante à travers la jungle malaise.

Aux Philippines, MacArthur n'est pas en mesure de s'opposer aux incursions nippones. Il peut certes compter sur un effectif théorique de 200.000 hommes, dont 15.000 Américains. En réalité, cette armée n'est qu'impressionnante sur le papier. Elle ne dispose pas de matériel lourd en nombre suffisant. Les cadres philippins manquent d'entraînement et d'expérience. La motorisation fait défaut. L'aviation de soutien a été détruite au sol. Un raid nippon sur le port militaire de Cavite le 10 décembre 1941 détruit la base américaine et contraint la flotte de l'amiral Hart à s'éloigner. La XIVe armée du général Homma est chargée de la conquête des Philippines. Elle débarque par vagues tout au long du mois de décembre sur l'île de Luçon. La position des Américains est intenable. MacArthur sonne la retraite. 40.000 hommes doivent se replier dans la presqu'île de Bataan. Manille est déclarée ville ouverte le 25 décembre. La capitale tombera une semaine plus tard.

Les Japonais progressent également dans le Pacifique même. Si Guam tombe facilement, il n'en est pas de même pour l'île de Wake. Le 11 décembre 1941, les marines ont victorieusement repoussé une incursion ennemie, coulant deux destroyers, en endommageant un autre, ainsi que trois croiseurs légers et un transport de troupes. L'opinion publique américaine tient enfin une occasion de "venger Pearl Harbor". Le commandant de la Navy dans le Pacifique, l'amiral Husband Kimmel, compte y envoyer des porte-avions pour secourir les marines. Destitué pour cause de Pearl Harbor, il laisse la place à Chester Nimitz. Le commandant en chef par intérim, l'amiral William S. Pye, craint, à juste titre, pour ses porte-avions, les dernières unités navales d'importance à disposition de l'Amérique face à la Marine impériale. Washington lui fait savoir que Wake est considéré comme "une charge et non comme un atout". Pye s'exécute donc. Nimitz confirme. Le 22 décembre, les Japonais s'emparent de Wake, qu'ils rebaptisent Otori Shima. L'île aux oiseaux...

Face à tous ces désastres, l'Amérique, que l'on baptisera bientôt l'arsenal des démocraties, ne peut faire autre chose que mobiliser sa production de guerre. Il est prévu de fabriquer pour 1942 près de 45.000 tanks, 60.000 avions, 20.000 pièces de DCA, 15.000 canons antichars, 500.000 mitrailleuses ! 70 divisions sont à l'instruction aux Etats-Unis. Ce programme de guerre, baptisé "Victory Program", ne sera cependant pas atteint : en 1942, les Américains ne produiront "que" 18 000 avions.

En attendant les armes et les hommes, les Alliés créent un état-major combiné pour l'Extrême-Orient, l'ABDA, patronné par le général britannique Wavell. Le général hollandais Ten Poorten reçoit le commandement des forces terrestres, le général américain Brereton celui des forces aériennes, l'amiral américain Hart celui des forces navales. Bonne volonté et collaboration interalliée ne suffisent pas. Yamashita poursuit son avance inexorable vers Singapour. Le 11 janvier, ses hommes sont à Kuala Lumpur. Le 30, Percival ordonne à ses troupes de se replier dans Singapour. En termes d'effectifs, il se bat à deux contre un. Mais Yamashita a pour lui son indéniable génie militaire, ainsi que le soutien aérien et naval, sans parler du niveau d'entraînement de ses soldats. Les Alliés manquent, au surplus, de munitions et de vivres. Les derniers jours de la Singapour britannique témoignent de l'ampleur de la catastrophe qui s'abat sur l'Empire de Sa Majesté. Les défenses, les structures de décision s'effondrent. Dans la nuit du 07 au 08 février, les Japonais débarquent dans l'île. Le 14, ils s'emparent du dernier réservoir d'eau de la ville. Percival n'a plus le choix. Il signe l'acte de reddition le lendemain. 72.000 soldats iront rejoindre les camps de prisonniers nippons. 16.000 d'entre eux mourront en bâtissant une ligne de chemin de fer en Thailande et en Birmanie.

Désastre en Malaisie, désastre en Indonésie. En janvier, les Japonais, sans que les Britanniques réagissent, font main basse sur Bornéo et les Célèbes. Les Alliés parviennent un moment à contrer la flotte ennemie, qui fait route vers Balikpapan. Quatre destroyers américains envoient par le fond un patrouilleur et quatre transports de troupes. Les Nippons débarquent malgré tout, et exterminent la population européenne. La route de Java est ouverte. La flotte alliée, qui compte en février 1942 près de 9 croiseurs, 26 destroyers et 40 sous-marins de toutes nationalités, dépêche une force expéditionnaire dirigée par l'amiral hollandais Doorman (4 croiseurs, 9 destroyers). Du 27 au 28 février, la force Doorman affronte une marine japonaise supérieure en nombre et en qualité assurant la couverture de 96 transports de troupes. Deux croiseurs et quatre destroyers alliés sont perdus, l'amiral Doorman lui-même est tué. Les navires survivants seront rejoints par les Japonais et coulés. Parmi eux, le croiseur britannique HMS Exeter, qui a participé à la poursuite du KMS Graf Spee en 1939. Le débarquement nippon à Java a été retardé de 24 heures. Il s'effectuera le 01 mars. Huit jours plus tard, l'île sera entièrement conquise. L'ABDA, pour sa part, a cessé d'exister depuis le 25 février.

Les Japonais ne se sont pas arrêtés là. La Nouvelle-Bretagne, la Nouvelle-Irlande sont également tombées. Le nord de la Nouvelle-Guinée a été conquis. Et ce n'est pas tout.

Le 15 janvier, la XVe armée japonaise du général Lida est entrée en Birmanie. Une succession d'erreurs commises par l'ABDA, peu conscient de la réalité des faits, a permis aux troupes adverses d'annihiler les unités alliées les unes après les autres lors de la bataille du Sittang. Le 08 mars, Lida parade dans Rangoon. Les Britanniques effectueront une retraite pénible dans des conditions épouvantables. Le 28 avril, les Japonais s'empareront de Lashio, coupant ainsi la "route de Birmanie". Le 30, ils seront à Mandalay, capitale administrative, surnommée la "ville aux mille pagodes". 12.000 Britanniques, Indiens, Gurkhas et Birmans en retraite atteindront l'Inde au début du mois de mai. Au cours de cette marche de 1.400 km, 13.000 soldats auront péri, ainsi que 250.000 réfugiés. Le conseiller militaire de Tchang Kai-chek, le général américain Stilwell, qui a participé à la retraite avec des éléments chinois, ne mâche pas ses mots : "Quelle râclée ! Oui, on s'est fait virer de Birmanie. C'est une honte ! A nous de comprendre pourquoi, afin d'y revenir et de la reprendre".

A cette date, les Japonais tiennent le Pacifique. Ou presque. La campagne des Philippines a pris du retard. La résistance habile des unités de MacArthur, liée à la prudence de Homma, est en passe d'aboutir à un enlisement prématuré de l'envahisseur japonais. Mais la pression est trop forte. La propagande japonaise annonce l'imminence de la capture du général américain. Roosevelt, le 23 février 1942, lui a ordonné de rejoindre l'Australie. Ordre renouvelé le 09 mars. La mort dans l'âme, MacArthur s'embarque avec sa famille et son état-major sur une vedette lance-torpilles qui le mènera, après un voyage périlleux, à l'île de Mindanao, encore tenue par les 25.000 hommes du général Sharp. De là, MacArthur part en B-17 pour l'Australie. A son arrivée, il prononce cette phrase restée fameuse : "Je suis parti, mais je reviendrai". Il sera nommé le 18 avril commandant en chef du Sud-Ouest Pacifique.

Pour le moment, le départ du général américain est vécu comme une trahison par les soldats restés aux Philippines. Leurs lignes sont de toute évidence intenables. Le 09 avril, les forces de Bataan capitulent. Les Japonais font 78.000 prisonniers et les contraignent à parcourir un trajet de 100 km vers le camp de San Fernando, au nord de Manille. L'épuisement fauche des centaines de captifs (d'aucuns parlent de 7.000 à 10.000 décès). Ce que l'on appellera la "Marche de la Mort" achèvera de déconsidérer les Japonais au sein de l'opinion publique américaine. Reste l'île fortifiée de Corregidor, devant Manille. Le successeur de MacArthur, le général Wainwright, s'y est retranché avec 15.000 hommes. Il faudra un mois aux Japonais pour s'en emparer. L'acte de capitulation sera signé le 06 mai. Alors que la bataille de la Mer de Corail, premier coup d'arrêt sérieux de la marée japonaise, vient de commencer.

La Marine japonaise va achever en beauté cette campagne, sans pour autant remporter de succès décisifs. En avril, la flotte de Nagumo, revenue de Pearl Harbor, se dirige vers l'île de Ceylan. Les Britanniques sont parfaitement conscients de l'ampleur de la menace qui pèse sur cette île qui contrôle l'accès à l'Inde et l'Océan indien. Or, les Japonais engagent 6 porte-avions, près de 400 avions, 4 cuirassés, 10 croiseurs, 22 destroyers. Le dimanche 05 avril, ils bombardent Colombo, croyant y trouver la Royal Navy. Le port est vide : seuls un cargo et un destroyer sont coulés. 7 avions japonais ont été abattus contre 18 britanniques. Tout n'est cependant pas perdu, puisque dans la même journée, les avions japonais repèrent deux croiseurs lourds anglais, les HMS Dorsetshire et MHS Cornwall, qu'ils coulent immédiatement. Nouvelle attaque ennemie le 08 avril, au port de Trincomalee. Les Britanniques n'ignorent rien des manœuvres japonaises et ont éloigné la flotte. Mais la chance est du côté nippon. Le porte-avions britannique HMS Hermes et le destroyer HMS Vampire sont localisés malgré tout et coulés, avec trois autres navires.

Cette offensive japonaise inquiète considérablement Churchill. La flotte de Nagumo en personne s'est rendue dans l'Océan indien, alors que la XVe armée de Lida talonne les Britanniques en Birmanie. Tokyo prépare-t-il une opération visant à conquérir ou isoler l'Inde ? Ce pour tendre la main aux Allemands qui sont sur le point de se rendre maîtres de l'Egypte ? Le Premier Ministre ne prend pas de risques. Le 05 mai, deux brigades britanniques débarquent à Madagascar, pour se rendre maître de la base française (restée fidèle à Vichy) de Diégo-Suarez. L'opération sera achevée deux jours plus tard, coûtant la vie à 109 Britanniques et 200 Français. Mais les Anglais ne s'arrêtent pas là. Des actions menées par des sous-marins japonais dans le canal du Mozambique les poussent à s'emparer de la totalité de l'île. Des rumeurs - infondées - de complicité entre Français et Japonais se font jour. Londres donne l'ordre d'intervenir. De septembre à novembre, les Britanniques entameront la conquête de Madagascar. Une campagne à l'utilité peu sûre. Sans doute Churchill avait-il alors besoin d'un succès à cette époque. Comme à Mers el Kébir en 1940, comme en Syrie en 1941, les Français, et en premier lieu De Gaulle, feront les frais de cette politique de circonstance. Même si les Français libres connaîtront, chez les possessions françaises de l'Océan indien, de très nombreux ralliements.

En tout état de cause, les Japonais n'avaient pas l'intention de s'emparer de Ceylan et de l'Inde dans l'immédiat. Ils succombent à ce que d'aucuns ont appelé la "maladie de la victoire". L'Extrême-Orient est tombé entre leurs mains, à un prix inférieur largement à celui prévu par le Haut Commandement : 5 torpilleurs, 8 sous-marins, 50.000 tonnes de navires marchands, 10.000 morts, 4.000 blessés. 9 cuirassés américains, un porte-avions britannique, des dizaines d'autres navires de tonnage inférieur ont été réduits à l'état de ferraille.

Le problème est que tout a été trop vite, trop facile presque. Un dilemme stratégique frappe les dirigeants japonais. L'armée de terre se prononce pour une temporisation, en attendant une offensive qui balaiera définitivement Tchang Kaï-chek. L'état-major général de la Marine recommande de pousser l'avantage dans l'Océan indien, ou alors de lancer une offensive sur l'Australie. Le raid d'avril dans l'Océan indien, et les bombardements nippons de Darwin (19 février) et Broome (4 mars) en Australie, reflétaient ces opinions. Yamamoto et ses collègues de l'état-major de la flotte combinée s'y opposent, cependant. L'essentiel, selon ces derniers, est de se rendre maîtres du Pacifique central en s'emparant de Midway et en anéantissant les derniers porte-avions américains. De sorte que le périmètre de la Grande Asie serait inexpugnable. Il s'agit seulement de ne pas perdre de temps, car la machine de guerre américaine s'est mise en route. Un événement va paradoxalement donner du crédit aux thèses stratégiques de Yamamoto.

Les Américains n'admettent pas leur défaite de Pearl Harbor. Leur hargne s'est d'abord tournée vers les citoyens américains d'origine japonaise, déportés dans des camps d'internement sur les directives de Roosevelt, probablement obnubilé par l'espionnage nippon. Mais d'un strict point de vue militaire, on ne saurait se contenter des coups d'arrêt momentanés de Wake et Bataan. Il faut frapper un coup qui ébranlera le moral nippon et ce de manière retentissante. Ce coup, ce coup d'épingle devrait-on dire, c'est le raid mené par "Jimmy" Doolittle.

Le général Arnold soumet le projet à Roosevelt, qui accepte de gaieté de cœur. Un porte-avions, le USS Hornet (CV-8), transportera des bombardiers vers le Japon pour qu'ils larguent des bombes sur Tokyo. Ce raid sera monté par le lieutenant-colonel James Doolittle, qui tiendra à le diriger personnellement. Après une préparation minutieuse, 16 B-25 Mitchell (hommage au précurseur américain du bombardement stratégique, William Mitchell) décollent du porte-avions américain le 18 avril, à 1.200 km de Tokyo. Le transport s'éloigne : les avions se poseront en Chine. Le raid, qui endommage au passage le porte-avions Ryujo, surprend totalement les Japonais. La DCA n'a pas le temps de réagir. Un seul appareil est légèrement touché. Le plus dur, à présent, est d'atteindre la Chine. Mais il n'y a pas assez de carburant, ni de zone d'atterrissage. Doolittle et dix équipages sautent en parachute. Un autre B-25 atterrit en URSS - son équipage sera interné. Les Japonais captureront 8 aviateurs. Torturés, jugés et condamnés à mort pour crimes de guerre, quatre d'entre eux seront décapités au sabre, un autre mourra au cours de sa détention. Le succès psychologique est foudroyant. Le Commandement nippon est furieux. En représailles, 250.000 paysans chinois sont massacrés. Mais le fait est là : le Sanctuaire national n'est pas inviolable.

Yamamoto sait très bien que les Américains n'ont pu agir que par l'intermédiaire de porte-avions, ce qui rend urgent la nécessité d'achever la Pacific Fleet. Il parvient à imposer son plan d'invasion des Aléoutiennes et de Midway. L'objectif essentiel est d'attirer les dernières réserves de la Marine américaine pour les anéantir. Mais avant de déclencher cette opération, il a consenti à envoyer une force expéditionnaire en Mer de Corail, pour s'emparer des Salomon, des Samoa, des Fidji et de la Nouvelle-Calédonie. Ainsi serait consommé l'isolement de l'Australie. Le plan "Mo" vise la chute immédiate de Port-Moresby, à l'extrémité sud-est de la Nouvelle-Guinée, et Tulagi, au nord de Guadalcanal. L'amiral Inouye, qui dirige l'opération, peut compter sur deux porte-avions lourds, le Zuikaku et le Shokaku, un porte-avions léger, le Shoho, quatre cuirassés, une douzaine de navires de transport. Les Américains, qui parviennent à déchiffrer le code naval nippon, connaissent à l'avance les plans de l'adversaire. Ils peuvent également compter sur tout un réseau de postes de guet en Nouvelle-Georgie et à Bougainville. Deux forces de frappe (Task Forces) sont envoyées, l'une autour du porte-avions USS Yorktown (CV-5), l'autre du porte-avions USS Lexington (CV-2).

Le 02 mai, les Japonais débarquent à Tulagi et Guadalcanal. Deux jours plus tard, les Américains révèlent leur présence en bombardant la flotte nippone de débarquement sur cette île. Le 07 mai, les avions US coulent le porte-avions Shoho. Les Japonais répliquent en détruisant le pétrolier USS Neosho (AO-23), qu'ils prennent pour un porte-avions. Le lendemain, match nul : les Américains mettent hors de combat le Shokaku et endommagent le Zuikaku, mais perdent le Lexington. Inouye a perdu la moitié de son aéronavale. Il sonne la retraite. Les pertes japonaises se montent à 77 appareils, 1.074 aviateurs et marins, un porte-avions. Chez les Américains, 66 avions, 543 tués, un pétrolier, un destroyer, un porte-avions. C'est une victoire pour les Etats-Unis : les Japonais n'ont pu s'emparer de Port-Moresby.

Les Japonais tentent de prendre leur revanche. Yamamoto compte bien s'emparer de l'atoll de Midway. Pour ce faire, une opération remarquable par sa complexité est montée. Elle engage 10 cuirassés, 8 porte-avions transportant 700 avions, 24 croiseurs, 70 destroyers, 15 sous-marins, 18 pétroliers, une cinquantaine de navires de transports et auxiliaires. Une flotte de diversion (deux porte-avions légers) ira bombarder les Aléoutiennes, tandis que le gros de la Flotte japonaise cinglera vers Midway. L'objectif est d'importance. Qui tient Midway menace les Hawai. Et les Hawai sont le dernier obstacle avant la Californie. Les Japonais sont tellement certains de leur fait qu'ils n'ont prévu aucun plan de rechange. De plus, Yamamoto a commis l'erreur de diviser sa force aéronavale en trois : 2 porte-avions pour les Aléoutiennes, deux autres porte-avions pour couvrir les navires de la deuxième vague, et quatre porte-avions lourds chargés de rayer Midway et la flotte ennemie de la carte. Les Américains, comme pour la bataille de la Mer de Corail, parviennent à déchiffrer le code naval nippon. Avantage incommensurable qui leur permet de parer aux réactions adverses. Sans parler du radar, présent sur les unités américaines alors qu'il n'équipe que deux navires nippons.

L'amiral Nimitz dépêche trois porte-avions (USS Enterprise (CV-6), USS Hornet (CV-8), USS Yorktown (CV-5)) commandés par l'amiral Spruance pour secourir Midway. Un hydravion a repéré la Flotte impériale le 03 juin. Le 04, les avions américains décollent, à la recherche des Japonais, ce alors que ces derniers bombardent l'atoll, perdant une soixantaine d'appareils (38 abattus, 30 autres inutilisables) pour des résultats jugés peu probants par le coordinateur de l'attaque, le lieutenant Tomonaga. Les hésitations de l'amiral Nagumo, qui dirige la force de frappe des quatre porte-avions, face aux informations contradictoires qui lui parviennent à propos de la présence de porte-avions américains, retardent les actions japonaises. Après quelques raids désastreux menés par des bombardiers-torpilleurs américains, 35 bombardiers en piqué partis du Hornet et de l'Enterprise tombent presque par hasard sur les porte-avions japonais et en coulent trois. Le dernier, le Hiryu, sera détruit dans la soirée. Ses avions auront au préalable gravement endommagé le USS Yorktown (CV-5), qui sera achevé le 7 juin par le sous-marin japonais I-168 du commandant Tanabe.

Face à cet éclatant succès, Spruance n'insiste pas et fait demi-tour. Décision sage : Yamamoto, pour effacer le désastre, avait envisagé d'envoyer ses cuirassés pour couler les porte-avions américains au cours d'un combat de nuit. La victoire américaine est totale : la Flotte impériale a perdu quatre porte-avions, un croiseur lourd, 234 avions, 2.200 marins, et ses pilotes. L'amiral Nagumo ne s'en remettra jamais et sombrera dans la dépression avant de se suicider à Saipan envahi par les marines en 1944. Les Américains, pour leur part, déplorent la perte de 148 appareils, 1 porte-avions, 1 destroyer et 347 hommes. Midway a été sauvé et l'élite de la flotte japonaise a été anéantie. Le Japon ne se remettra jamais de ce désastre. En attendant, le Haut-Commandement japonais tente de l'effacer. Le black-out total est instauré. La conquête des Aléoutiennes devient, pour les besoins de la propagande, l'objectif essentiel. Il est vrai que l'armée du Soleil levant a conquis les îlots d'Attu et Kiska. Qu'elle perdra en 1943.

Mais Tokyo ne se tient pas pour battu. Les plans contre l'Australie sont remis au goût du jour. Deux opérations sont montées : l'une vise à s'emparer du reste de la Nouvelle-Guinée ; l'autre pour l'archipel des Salomon. En juin, les Japonais bâtissent un aérodrome à Guadalcanal, et débarquent une division à Buna, au nord de la Papouasie. Ces troupes devront traverser la jungle du nord au sud, vers Port-Moresby, que l'amiral Inouye avait échoué à prendre par voie amphibie en mai 1942. Les Américains comprennent la menace. De Buna, les Japonais pourraient s'emparer du sud de la Nouvelle-Guinée. Le tout serait couvert par la base de Guadalcanal. MacArthur renforce ses forces en Nouvelle-Guinée, tandis que l'US Navy débarque la 1st Marine Division (19.000 hommes) à Guadalcanal le 07 août 1942. Les marines traversent la jungle et s'emparent de l'aérodrome, qu'ils rebaptisent Henderson Field. Les déconvenues japonais se multiplient. L'offensive contre Port-Moresby, devant les difficultés logistiques liées à la jungle et la résistance des Australiens et des Néo-Zélandais, s'enlise. Le 25 septembre, le corps expéditionnaire reçoit l'ordre de se replier. Le repli nippon tourne à la déroute.

A Guadalcanal, les marines résistent furieusement à tous les assauts. Les Japonais y débarquent des renforts par le biais du "Tokyo Express" (destroyers rapides servant de transport de troupes). L'enjeu est le contrôle des voies maritimes. Pour ce faire, il s'agit de s'assurer la suprématie navale, et de détruire l'aérodrome américain. Ce dernier a été pilonné par deux cuirassés japonais à la mi-octobre 1942 et rendu pour un temps inutilisable. Yamamoto profite de l'occasion pour y dépêcher la Flotte combinée - un peu tard. Les batailles navales sont féroces : deux porte-avions mis hors de combat chez les Japonais, un coulé et un autre endommagé chez les Américains. Une seconde incursion japonaise à la mi-novembre, engageant 18 navires de guerre dont deux cuirassés, tourne au désastre. La Marine impériale se retire. Elle a été saignée à blanc. Les Américains ont également subi de lourdes pertes, mais peuvent les compenser, les effets du "Victory Program" commençant à se faire sentir.

Dès lors, la bataille terrestre tourne à l'avantage des Américains, qui reçoivent des renforts et alignent en décembre près de 58.000 hommes, face à des effectifs japonais en chute libre. S'il reste encore, au 31 décembre 1942, des Japonais sur Guadalcanal, l'île est sous contrôle américain. L'offensive japonaise vers le Sud, qui devait isoler l'Australie, a échoué. La machine de guerre nippone a été usée. Au final, après ses six mois de victoire, l'armée du Soleil levant a été battue et est acculée à la défensive. Le plus dramatique étant que la puissance militaire américaine est en pleine expansion.

 

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