Goebbels qualifiera 1943 d'annus horribilis. Il est vrai que cette fois, le vent a définitivement tourné en défaveur de l'Axe. L'Allemagne, réduite à la défensive, tentera désormais de vendre chèrement sa peau.

Stalingrad, encerclé en novembre 1942, résiste jusqu'au 02 février 1943. Deux mois de siège au cours d'un hiver atrocement glacial ont abouti à la désagrégation de la 6. Armee du général Paulus. Le pont aérien prévu par Göring n'est pas parvenu à sauver les troupes prises au piège, pas plus qu'une offensive montée par Von Manstein avec quelques unités Panzer. Paulus est finalement capturé le 31 janvier, après avoir été nommé Feld-Maréchal par Hitler pour le pousser à se suicider. Les Soviétiques font 91.000 prisonniers, dont 2.500 officiers et 24 généraux. 750 chars, 1.397 canons, 680 lance-roquettes ont également été perdus. En Allemagne, trois jours de deuil national sont proclamés. Goebbels appelle le peuple à se mobiliser pour la guerre totale. Le désastre allemand scelle la fin d'une époque, celle ces triomphes de l'Axe. Les peuples occupés reprennent à espérer. D'autant que les échecs allemands tendent cette fois à se multiplier.

La résistance de la 6. Armee a au moins permis à la Wehrmacht d'évacuer ses récentes conquêtes du Caucase. Au même moment, à la mi-janvier, les Soviétiques foncent vers Kharkov, anéantissant les formations italo-roumaines qui leur barrent le passage, reprenant Koursk le 08 février. Von Manstein, aidé de plusieurs unités blindées, dont le Panzerkorps SS du général Paul Hausser, parvient à rétablir la situation. Kharkov, un moment libéré par l'Armée rouge, change de mains une nouvelle fois. 50.000 soldats russes ont été tués, un millier de chars adverses détruits. L'offensive soviétique s'est enlisée. Mais la situation de l'Armée rouge s'est indéniablement améliorée : si les Allemands maintiennent toujours la pression sur Leningrad, celle-ci a vu son ravitaillement tripler. Au centre du front, l'armée nazie a évacué Demiansk et Rjev. La machine de guerre soviétique tourne désormais à plein régime, avec le soutien logistique anglo-américain transitant par Mourmansk et l'Iran. Mais la Wehrmacht tient encore debout. La guerre à l'Est promet d'être sanglante.

La défaite frappe les Allemands en U.R.S.S. Elle les frappe également en Afrique. Avec l'arrivée de Rommel et de son Afrika Korps en Tunisie, les forces de l'Axe récemment débarquées se sentent assez forte pour lancer des offensives visant à rompre le front allié. Le 14 février, Rommel met en déroute le 2nd US Army Corps du général Fredendall au col de Kasserine : les Américains, par manque d'expérience, ont été taillés en pièce par les vétérans du DAK. Ils déplorent la perte de 7.000 GI's tués, blessés, prisonniers, ainsi que 208 canons, 512 camions, 194 half-tracks et 183 tanks. Mais les Allemands ne pourront aller plus loin. Et la VIIIe armée de Montgomery, qui peut compter sur ses services de décryptage des codes allemands pour anticiper les manœuvres de l'adversaire, attaque la ligne Mareth dès la fin du mois. Le Renard du Désert, épuisé et malade, quitte l'Afrique pour ne plus y revenir, le 09 mars, remplacé par le général italien Messe. Dès lors, les Axistes sont progressivement acculés à la mer, repoussés par une armée internationale composée d'Américains, de Britanniques, d'Australiens, de Néo-Zélandais, de Canadiens, de Français et de Maghrébins. Dans la seconde semaine de mai, la résistance ennemie, faute de carburant et de munitions, s'effondre. La bataille de Tunisie est achevée. 250.000 soldats germano-italiens ont été capturés.

Ces succès de l'Alliance encouragent les Occidentaux à promouvoir la stratégie de la victoire. Au cours de la conférence de Casablanca, en janvier 1943, Churchill parvient à imposer à Roosevelt une offensive en Méditerranée destinée à toucher l'Italie au cœur et provoquer l'effondrement du fascisme. Les Alliés conviennent d'un débarquement massif en Sicile. Puis, de là, la péninsule italienne. Le Président américain ajoute, dans la dernière conférence de presse de la conférence, que les Alliés n'accepteront de la part des puissances de l'Axe qu'une reddition sans condition.

Cette formule pousse au moins les Allemands à se ranger derrière leur Führer, qui peut dès à présent arguer du fait que les Alliés ne recherchent que la destruction de l'Allemagne. Le IIIe Reich, désormais, gonflé à bloc, se transforme en vaste fabrique d'armes. Dans les pays occupés soumis au pillage en règle, les nazis ont instauré le travail obligatoire pour les jeunes et les déportent en Allemagne pour les faire travailler dans les usines d'armement. Ils seront trois millions en 1943, sept millions l'année suivante, huit millions en 1945. Les Allemands servent sur le front, les Européens fabriquent leurs armes. L'Allemagne parvient encore à importer le fer suédois, le tungstène portugais, le chrome turc, le cuivre espagnol. La Suisse reste bienveillante. L'Allemagne reste encore puissante, et les neutres ne tiennent pas encore à se démarquer.

La propagande met l'accent sur la Forteresse Europe, que les Alliés ne parviendront jamais à percer. L'organisation Todt met sur pied un réseau de fortifications s'étendant de la Norvège à la Gascogne, le fameux Mur de l'Atlantique, qui n'existera que dans l'imagination de ses concepteurs. Hitler invoque aussi les armes secrètes, censées sauver la situation. Pourtant, en février 1943, le Führer a définitivement perdu la course à l'atome, avec la destruction de la centrale de Vemork en Norvège par un commando norvégien parti de Grande-Bretagne. Cette centrale était le seul site européen pouvant apporter l'eau lourde indispensable aux recherches atomiques nazies… Il n'en est pas moins vrai que l'armement allemand a fait des progrès. Les unités de la Wehrmacht sont équipées des nouvelles mitrailleuses MG-42. De nouveaux modèles de chars font leur apparition dont les fameux Pz VIe Tigre et Pz V Panther. Mais l'arsenal du Reich voit arriver de toutes nouvelles armes sorties des romans de science-fiction : chasseurs à réaction Me-262 (que Hitler fera transformer en bombardier), fusées V-1… Dans l'un et l'autre cas, les essais ont été concluants. Ces armes entreront dans la lutte en 1944. Mais les Alliés ne tiennent justement pas à les voir employées par les nazis. Dans la nuit du 17 au 18 août, grâce à des renseignements fournis par les agents des services de renseignement occidentaux, 571 bombardiers déversent 15.000 tonnes de bombes sur le centre de recherche et d'expérimentation des fusées localisé à Peenemünde, sur la Baltique. La base est rayée de la carte, l'on compte 700 morts sur un personnel de 4.000 personnes. L'entrée en service des fusées V-1 sera retardée de six mois.

Ce raid n'est pas isolé. Il fait partie de la stratégie de terreur que les dirigeants alliés ont décidé d'appliquer à l'Allemagne. Les aviations anglo-américaines effectuent quotidiennement des raids visant à détruire les villes du Reich et à paralyser la production militaire tout en sapant le moral de la population. En dépit de la présence d'une très efficace chasse nazie et de la Flak, les bombardiers alliés marquent des points. Le 16 mai 1943, 19 Lancaster larguent des bombes de 10 tonnes sur les barrages de la Möhne, pulvérisant les ouvrages d'art, inondant la Ruhr, privant cette dernière de 75 % de ses ressources électriques. Du 24 juillet au 02 août, concomitamment au débarquement de Sicile, les généraux du Bomber Command frappent un grand coup : 2.752 bombardiers réduisent Hambourg en cendres, larguant 8.621 tonnes de bombes dont 2.000 tonnes de bombes incendiaires au phosphore. Plus de 30.000 habitants sont tués, 37.000 blessés. 580 usines ont été détruites, ainsi que 250.000 habitations ! un million de civils terrorisés sont sans abris et partent sur les routes. L'onde de choc dépasse celle du désastre de Stalingrad. Le peuple allemand connaît à présent l'angoisse et le découragement. D'autant que les raids se poursuivent sans relâche : 1.667 bombardiers s'en prennent à Berlin au mois d'août ; Hanovre, Stuttgart, Kassel, Munich, Nuremberg, Mannheim sont également frappées. La VIIIe Air Force du général américain Spaatz a recours aux raids diurnes par roulement sur des objectifs précis, au contraire des Britanniques, qui leur préfèrent des raids nocturnes sur longue surface. Toujours est-il que les pertes sont lourdes : le Bomber Command déplorera, pour 1943, la perte de 3.500 avions. La production allemande, loin de s'effondrer, s'accroît, sous l'impulsion de l'énergique ministre de l'armement de Hitler, Albert Speer. Il n'empêche : l'Allemagne est réduite à un amas de ruines. Le peuple allemand paie pour les crimes de Adolf Hitler.

L'Allemagne est réduite à l'état de forteresse assiégée. Elle essaie de faire subir le même sort à la Grande-Bretagne, en coupant ses voies maritimes de communications. Le 30 janvier 1943, Hitler a nommé Karl Dönitz, le responsable des sous-marins, à la tête de la Kriegsmarine. Dönitz prend la place de Raeder, destitué à la suite de l'échec des navires de surface allemand - dont il se faisait l'apôtre - en Mer des Barents pour le contrôle de la route de Mourmansk. Le nouveau GroßAdmiral, pour asphyxier la Grande-Bretagne, peut compter sur 200 U-Boote opérant dans l'Atlantique. Un nouveau modèle de submersible, le Walter, fonctionnant sur le principe d'une turbine à vapeur en circuit fermé, ce qui accroît son autonomie, est mis en chantier. La marine allemande dispose d'autres armes nouvelles : le Schnorchell, qui permet aux sous-marins de recharger leurs batteries en plongée, la torpille acoustique (attirée par l'hélice des navires visés, et qui ne rate donc jamais sa cible).

En face, les Alliés ne sont pas en reste. Ils disposent d'un plus grand nombre d'escorteurs, appuyés par des porte-avions légers et des bombardiers à long rayon d'action B-24 Liberator. L'ingénieur américain Kaiser a créé l'année précédente les Liberty Ships, navires solides de conception fort simple, fabriqués en deux semaines, capables de transporter 5.000 tonnes de fret. Max Horton, expert en sous-marins, a pris la tête de la Royal Navy. Surtout, dès mars 1943, les Alliés sont en mesure de décrypter le code Requin, utilisé par l'Ubootwaffe, code jusque là indéchiffrable. Dès lors, ils finissent par l'emporter. Si les U-Boote envoient par le fond 700.000 tonnes de marchandises le même mois, le "mois noir" de la bataille de l'Atlantique, ils sont désormais traqués et débusqués. En mai, le tiers des sous-marins allemands opérationnels est éliminé. Les pertes des convois alliés ne cessent de chuter. Le 26 du même mois, Dönitz ordonne le retrait provisoire de ses forces de l'Atlantique nord. Ce qui n'empêche pas l'aviation alliée de "faire un carton" dans le Golfe de Gascogne, carrefour important des submersibles nazis s'acheminant vers l'océan : sur 86 vaisseaux, 17 sont coulés, 55 repérés, 6 font demi-tour. De juin à août, les U-Boote coulent 58 navires, en perdent 79. En septembre-octobre, sur 2.468 navires marchands qui traversent l'Atlantique, 9 sont coulés contre 25 U-Boote. Pour achever les déboires de la Kriegsmarine, des sous-marins de poche britanniques X-Gerat mettent hors de combat le puissant cuirassé KMS Tirpitz réfugié dans un fjord norvégien… Le croiseur de bataille KMS Scharnhorst a été coulé en décembre 1942. Les autres navires de surface sont inutilisables. Au final, au premier semestre 1944, trois navires marchands sur 3.360 seront coulés par les U-Boote, qui perdront 36 unités ! La bataille de l'Atlantique est désormais perdue par l'Allemagne. Les Alliés pourront entreprendre leur débarquement sur les côtes occidentales de l'Europe.

Les Soviétiques réclament avec insistance, il est vrai, l'ouverture d'un "second front". Ils doivent affronter les 4/5e de la Wehrmacht. Ainsi, le 05 juillet 1943, celle-ci lance une offensive dans le secteur de Koursk. Elle attaque du fort au fort. Il s'agit d'éliminer le saillant soviétique formé au cours des offensives communistes de l'hiver 1943. Les généraux allemands entretiennent l'espoir d'une éclatante victoire qui amènerait le Kremlin à la table des négociations. Ils engagent à cet effet 41 divisions dont 16 Panzerdivisionen, plus d'un million d'hommes. L'Armée rouge, bien renseignée sur les intentions nazies par ses services d'espionnage (dont le réseau Lucy en Suisse), les attend : elle a amassé dans le secteur 1.300.000 soldats, 20.000 canons, 3.600 chars, 2.400 appareils de combat. En une semaine, la plus importante bataille de chars de l'Histoire tourne à l'avantage des Soviétiques. Les Allemands n'ont progressé que de quelques kilomètres. Leurs adversaires profitent de cet affaiblissement pour contre-attaquer, plus au nord, vers Orel. Le 08 août, la brèche atteint 45 km de large. Deux semaines plus tard, les Soviétiques libèrent définitivement Kharkov. Les Allemands n'ont pas les moyens de les contrer : le 17 juillet 1943, le Panzerkorps SS est parti pour l'Italie. Les Alliés ont débarqué en Sicile sept jours plus tôt.

Les Allemands s'attendaient à une opération en Sardaigne. Les services secrets britanniques les ont soigneusement intoxiqués : un authentique cadavre de faux officier a été déposé sur les plages ibériques avec un porte-documents contenant des dossiers relatifs à une imaginaire invasion de la Sardaigne. L'individu était un clochard récemment décédé et réquisitionné par le MI-6 pour la bonne cause. L'Abwehr, bien infiltrée en Espagne et au Portugal, tombe dans le panneau. L'OKW renforce la Sardaigne et les Balkans. Et le 10 juillet 1943, 150.000 soldats alliés prennent pied en Sicile. Après deux jours de violents combats, les Allemands, qui disposent sur place de deux divisions, décident de ne pas insister et amorcent leur repli vers le détroit de Messine. Alors que la VIIIe armée de Montgomery les talonne, la VIIe armée du fougueux général George Smith Patton Jr. déferle sur le nord-ouest de l'île. Palerme tombera le 22 juillet.

Le débarquement anglo-américain en Sicile sonne le glas du régime de Mussolini. Depuis le désastre de Stalingrad, bien des hiérarques fascistes ont tenté de faire comprendre à un Duce, ravagé par la maladie et tourmenté par la mort de son fils, que le seul moyen de sauver l'Italie était de conclure une paix séparée avec les Occidentaux. Mussolini n'a toutefois pas été en mesure de convaincre Hitler, et sombre depuis dans l'apathie. Une conjuration s'est mise en place, regroupant militaires, ministres et haut-fonctionnaires, conspiration infiltrée jusqu'au Grand Conseil fasciste. L'objectif est de se débarrasser de Benito Mussolini, de restaurer la primauté de la monarchie, ce pour conclure un armistice avec les Anglo-Américains. De sorte que le 24 juillet, cinq jours après le premier bombardement de Rome, le Grand Conseil fasciste, par 19 voix contre 8, destitue Mussolini de son poste de chef du gouvernement. Le 25, il est arrêté et emmené en résidence surveillée. Le maréchal Badoglio, ex-conquérant de l'Ethiopie, ganache militaire couverte d'honneurs par le Duce, prend le pouvoir. Le Duce n'a pas opposé la moindre résistance.

Mussolini éliminé politiquement, le nouveau gouvernement entame des négociations avec les Alliés, dans le plus grand secret, en Espagne. Officiellement, l'Italie demeure une partenaire de l'Allemagne. La question qui se pose est de savoir si l'armée italienne sera en mesure de s'opposer à une offensive allemande. En septembre, le Feld-Maréchal Kesselring dispose, en effet, dans la péninsule de huit divisions, dont deux blindées, trois d'infanterie motorisée et deux de parachutistes. De plus l'évacuation de la Sicile, qui s'est achevée le 17 août, lui a permis de sauver plus de 40.000 combattants, les pertes anglo-américaines pour la campagne se montant à 22.811 tués, blessés, disparus. La lenteur de Montgomery, les offensives de Patton vers le nord-ouest de l'île, ainsi que la très efficace résistance allemande, ont particulièrement retardé l'armée des libérateurs. La Sicile a aussitôt été pourvue d'une administration militaire, l'AMGOT. La Mafia, persécutée au temps du fascisme, revient en force, cette fois revêtue de la toge du patriotisme, puisque les Parrains ont aidé les Alliés à réussir leur débarquement. L'un des barons de la Cosa Nostra en Amérique du Nord, Lucky Luciano, après avoir fourni les appuis requis en Sicile et donné des instructions pour maintenir l'ordre dans les ports de la Côte Est des Etats-Unis contre une Cinquième Colonne… fabriquée de toutes pièces par les mafiosi, obtiendra une remise de peine et sera libéré en 1946. Tout est bon pour vaincre les puissances de l'Axe.

La capitulation italienne est signée le 03 septembre, alors que les Britanniques s'emparent de Messine. Le général Bedell-Smith pour les Etats-Unis et le général Castellano au nom du gouvernement italien ont conclu l'armistice. La nouvelle ne sera révélée que le 08 septembre, jour du débarquement allié à Salerne, afin de ne pas donner l'alerte aux Allemands. Pendant cinq jours, les Italiens vont jouer, avec un talent indéniable, la comédie de l'alliance axiste… 08 septembre 1943. Les Alliés débarquent à Salerne. Ils sont immédiatement contrés par la 10. Armee allemande du général Vietinghoff, soit trois divisions de Panzer, 1 Panzer-Grenadier-Division, et 2 divisions d'infanterie. Les Allemands échouent de très peu à rejeter les Alliés à la mer. Le 16, les aviations alliées interviennent en force : la 10. Armee se replie. La route de Naples est ouverte.

Les Allemands ont déjà fort à faire avec la défection italienne. La capitulation a été rendue publique le jour même du débarquement allié. La réaction allemande est fulgurante. La Wehrmacht parvient à retourner la situation à son avantage. Partout, en France, en Yougoslavie, en Grèce, les troupes italiennes sont désarmées. Celles qui résistent sont froidement éliminées, comme à Céphalonie, où 9.646 Italiens de la division Aqui seront tués ou passés par les armes. Les Britanniques tentent un moment de se rendre maîtres des îles du Dodécanèse et des îles Cyclade, sans succès. Les Allemands entrent dans Rome le 10 septembre. Deux jours plus tard, Mussolini est libéré par un commando allemand mené par le SS Skorzeny. Il aura désormais pour mission de diriger un gouvernement ultra-fasciste en Italie du nord, la République de Salo ou RSI, que les Italiens, par dérision, baptiseront Republiqueta, la Petite République. Les Chemises noires, auxiliaires de la Gestapo, feront régner la terreur, achevant de plonger le pays dans une abominable guerre civile. Et en octobre, les Allemands déporteront un millier de juifs de Rome pour Auschwitz. Le Vatican parviendra à en sauver 6 à 7.000…

La guerre se poursuit. Naples tombe le 01 octobre 1943. Kesselring et ses forces se sont retirées derrière la ligne Gustav, ligne de défense improvisée dans la chaîne des Apennins. Les Alliés piétinent, et le temps s'est de surcroît dégradé. Le général américain Mark Wayne Clark, qui dirige la 5th US Army, envisage de s'emparer de la ville de Cassino pour forcer les lignes allemandes et libérer Rome. Tout comme son homologue Kesselring, il a reçu des renforts, sous la forme du corps expéditionnaire français (CEF) du général Alphonse Juin.

La France est en effet revenue dans la guerre. L'armée française d'Afrique a été réarmée par les Américains. Le général Giraud, imposé par ces derniers, a réussi son œuvre de restructuration. Moins réussie par contre est sa prestation politique. En dépit de l'appui de Roosevelt, Giraud, un moment pressenti comme successeur, à la tête de l'Afrique du Nord française, de l'amiral Darlan, assassiné en décembre 1942 dans des circonstances jamais totalement élucidées, commettra une série d'erreurs majeures révélatrices des difficultés par lui rencontrées pour rompre avec le Maréchal Pétain. De Gaulle, qui a envoyé Jean Moulin en France occupée en 1942 dans le but d'unifier la Résistance et l'amener à jouer un rôle politique qui lui permettrait de se retrouver en position de force face aux Américains, sait à merveille profiter des multiples dérapages giraudistes. Le comité français de libération nationale (CFLN) fondé le 03 juin 1943, organe directeur de la France combattante (et reconnu comme tel par les Alliés le 26 août), est progressivement maîtrisé par les gaullistes. A la suite de diverses manœuvres politiques habiles, De Gaulle en deviendra le chef incontesté le 09 novembre. Giraud, pour sa part, aura été évincé, tout en ayant, au passage, organisé la libération de la Corse, opération parfaitement réussie et peu coûteuse en dépit des prévisions les plus pessimistes. L'armée française a repris pied sur le territoire métropolitain. De Gaulle saura exploiter ce succès dû pourtant entièrement à son rival du moment…

En France, Jean Moulin a réussi sa mission d'unification des réseaux, non sans mal. Les communistes ont même été intégrés dans l'union que projettent De Gaulle et son envoyé, afin de faire flèche de tout bois contre Giraud et les Américains. Le 25 mai 1943 s'est tenu au domicile de M. Corbin, 48, rue du Four, à Paris, la première réunion du Conseil national de la Résistance. Moulin le dirige. Le CNR servira efficacement De Gaulle contre ses rivaux, en lui conférant une indéniable légitimité nationale. Mais la Gestapo veille. Le 09 juin 1943, le général Delestraint, chef de l'Armée secrète, organisation censée regrouper toutes les formations paramilitaires de la Résistance, est arrêté à Paris. Le 13, c'est au tour du général Frère, chef de l'Organisation de Résistance de l'Armée. Une semaine plus tard, à Caluire, dans la banlieue lyonnaise, alors qu'il préside une réunion devant permettre de trouver un nouveau chef à l'AS, Jean Moulin, ainsi que plusieurs chefs de la Résistance (Henry Aubry, le colonel Lacaze, Brunot Larat, André Lassagne, Raymond Aubrac), sont arrêtés par la police allemande. L'habileté des agents nazis, les erreurs commises par des Résistants qui manquent encore d'expérience en matière de guerre secrète sont à l'origine de ce coup de main désastreux pour la France Libre. Certains historiens et de nombreux résistants invoquent également la trahison de l'un des participants de cette conférence, René Hardy, responsable de Résistance-Fer, arrêté par les nazis deux semaines plus tôt - et relâché. Il est vrai que bien des indices ainsi que des présomptions l'accablent. Hardy, par ailleurs, sera le seul à échapper à l'arrestation, et parviendra à s'enfuir dans des circonstances rocambolesques.

Torturé par le chef de la Gestapo de Lyon, Moulin ne parle pas. Il mourra au cours de son transfert pour l'Allemagne, le 08 juillet 1943, sans avoir avoué. Raymond Aubrac sera libéré par un audacieux coup de main effectué par son épouse Lucie le 21 octobre, près du fort de Montluc. Le CNR, en attendant, s'est reconstitué, présidé par Georges Bidault, qui n'a pas eu l'aval de De Gaulle. La Résistance se renforce, victoires alliées et excès de l'occupant aidant. L'occupation de la zone sud en novembre 1942 a achevé de déconsidérer Vichy, dont la subordination au IIIe Reich apparaît désormais de manière flagrante. Le travail obligatoire, instauré le 05 février 1943, pousse les jeunes Français à rejoindre les maquis, qui se constituent dans les massifs montagneux. Vichy a institué un mois plus tôt la Milice, formation paramilitaire qui collaborera activement avec les nazis dans la lutte contre la Résistance. Comme en Italie, la France sombre dans la guerre civile, qui explosera véritablement à la Libération.

Partout en Europe, les nazis tentent de lever des formations de collaborateurs, tant pour combattre les partisans que le bolchevisme sur le Front de l'Est. Brigade SS "Frankreich", division SS "Handschar" (Bosnie-Herzégovine), division SS "Nordland" (Norvège), brigade SS "Wallonie", brigade SS "Italia", la lutte européenne contre les Rouges est placée sous l'étendard de la SS de Himmler. Mais ces multiples unités ne doivent pas cacher le fait que les Résistances européennes se sont durcies, en dépit de leurs divisions intestines. En Grèce, les communistes de l'ELAS (Armée de libération du peuple, branche armée de l'ELAM, Front de libération hellénique) et leurs rivaux de l'EDES (Armée démocratique grecque), soutenus par les Britanniques, s'affrontent tout en luttant contre les Allemands. En Yougoslavie, ces derniers ne parviennent pas à juguler la guérilla menée par le communiste croate Josip Broz, dit Tito (Tito signifiant tu-toi). Cinq offensives menées par la Wehrmacht, aidée de contingents italiens et de formations croates "oustachi", échouent, le plus souvent d'extrême justesse, en dépit du typhus qui ravage la plupart des brigades de partisans. Fort de ces succès, Tito peut compter sur l'appui de la Grande-Bretagne, qui délaisse le mouvement royaliste des Tchetniks dirigé par le général serbe Draza Mihailovic par souci d'efficacité. Les Tchetniks ne s'engagent pas suffisamment contre les Allemands, préférant se ménager l'avenir politique face aux communistes de Tito. L'on verra parfois les hommes de Mihailovic pactiser avec les Allemands et leurs alliés italiens…

La résistance frappe partout. Y compris en Allemagne où, du fait des défaites militaires du Reich, l'opposition antihitlérienne s'est réactivée. Dès 1942, un groupe d'étudiants de l'Université de Munich, la Rose blanche, diffuse des tracts critiquant férocement le régime nazi. Le groupe est démantelé en février 1943, ses principaux leaders, dont Hans et Sophie Scholl, seront décapités. Mais si cette opposition a été jugulée par la Gestapo, qui anéantira d'autres réseaux d'étudiants contestataires, et si le Parti communiste allemand, largement taillé en pièces et réduit à une clandestinité des plus dures, il en reste une autre, infiniment plus menaçante pour le Führer, parce qu'infiltrée au sein des institutions. Des officiers, des hauts-fonctionnaires, convaincus désormais que l'Allemagne court à sa ruine si Hitler se maintient au pouvoir, envisagent sérieusement un coup d'Etat. Des officiers supprimeront Hitler tandis que les conspirateurs, prétextant un coup d'Etat SS, s'empareront des principaux leviers de commande pour rétablir l'ordre. Mais Hitler est protégé par la main du diable : la bombe déposée par des officiers du Groupe d'Armées Centre dans l'avion du Führer le 13 mars 1943 n'explose pas. Lorsque sept jours plus tard un officier porteur d'une bombe reliée à un minuteur parvient à approcher le dictateur, ce dernier s'éclipse au dernier moment. En novembre, nouvel échec d'une mission-suicide. Et le 26 décembre, lorsque le nouveau leader de la conspiration, le colonel Stauffenberg, se rendra à une conférence de Hitler avec une bombe dans sa serviette, il apprendra que la conférence a été annulée…

Les conjurés parviennent toutefois à camoufler leurs tentatives. Il semble que Himmler ait quelque peu laissé agir cette opposition afin de ne négliger aucune porte de sortie - deux conjurés lui ayant même proposé implicitement de prendre le pouvoir. Il est vrai que quelques chefs SS maintiennent des contacts à l'étranger : le chef de la Gestapo, Heinrich Müller, communique avec les Soviétiques après avoir "retourné" (du moins le croit-il) quelques agents du réseau d'espionnage Orchestre Rouge anéanti en 1942 ; le chef du contre-espionnage, Walter Schellenberg, s'efforce de poser ses jalons en Suisse, pour d'éventuelles futures négociations.

Hitler a-t-il conscience de ces manœuvres ? Il s'arrange en tous cas pour compromettre davantage toutes les instances du régime. A partir d'octobre 1943, Himmler, sur son ordre, organise plusieurs séminaires à Posen, invitant les Gauleiter, les militaires, les SS et autres organes représentatifs pour leur révéler que l'extermination des juifs d'Europe est en cours. Hitler, quelques mois auparavant, avait confié à son ministre Albert Speer : "Les ponts sont brûlés derrière nous". Désormais, Hitler et les Allemands sont mis dans le même sac…

L'extermination des juifs s'est en effet poursuivie en 1943. L'opération "Reinhard", l'élimination des juifs polonais, s'achèverait cette année, aboutissant à la suppression de 1.750.000 personnes. Les juifs du ghetto de Varsovie ont préféré choisir leur propre mort : ils se révoltent. Le 19 avril, 2.000 soldats allemands dirigés par le général SS Stroop investissent la zone. La résistance juive est acharnée, mais le 16 mai, Stroop peut câbler à Himmler : "Le ghetto de Varsovie n'existe plus". Plus de 50.000 juifs ont été éliminés ou déportés. Les autres ghettos d'Europe de l'Est, Byalistock, Riga, sont également annihilés. En conséquence, le RSHA décide de liquider les différents camps de la mort situés en Pologne, le temps de camoufler les traces et de tapisser d'arbres les anciens sites de mise à mort. Belzec cesse toute activité en mars 1943, Chelmno au printemps (le camp sera réactivé en 1944 pour la destruction du ghetto de Lublin), Sobibor en octobre (après une évasion de masse réussie des déportés), Treblinka (où aura lieu une autre révolte des détenus au cours de l'été) en novembre. Le personnel SS a été envoyé pour une mission sans retour : la lutte contre les partisans d'Europe du Sud-Est. L'accent est mis sur le complexe concentrationnaire d'Auschwitz-Birkenau, largement pourvu en chambres à gaz et en crématoires dès le printemps - Auschwitz finira par regrouper 52 fours crématoires. Les rendements de ce camp de la mort, transformé également en vaste industrie esclavagiste et en site d'expériences médicales, dépassent l'imagination. Plus d'un million de déportés y mourront, soit pour une très large part dans les chambres à gaz, soit d'épuisement.

Fin 1943, une grande partie de la population juive d'Europe a disparu. La communauté juive grecque a été décimée par Alois Brunner au printemps 1943, la population juive hollandaise a pratiquement cessé d'exister, de même en Pologne, de même en U.R.S.S. occupée. Les SS se sont répandus partout : en France, en Italie, au Benelux, en Scandinavie. Mais ils se heurtent à des difficultés.

Certains Etats refusent de leur livrer "leurs" juifs : Bulgarie et, dès 1943, Roumanie (Antonescu envisage même de vendre les juifs roumains aux Alliés). Les Danois organisent une évacuation massive de la communauté juive vers la Suède. En France, en dépit de la collaboration active du régime de Vichy, les déportations restent moins fournies que prévu, en raison de multiples actions individuelles et de l'incapacité française à opérer un fichage automatique réellement efficace. Il faut attendre la chute de Mussolini pour que les SS obtiennent le feu vert dans la déportation des juifs de l'empire italien. Sans parler de la désapprobation, que d'aucuns estimeront insuffisamment manifestée, du Vatican. Mais les Alliés n'accomplissent aucun réel effort en vue de venir en aide aux victimes juives du nazisme. Ils n'en font pas plus pour les Tziganes. C'est en 1943 que se confirme l'option exterminatrice. Jusqu'alors, les Roms avaient été déportés, parqués dans des camps, soumis aux expériences médicales et aux stérilisations forcées. Dès mars 1943, l'élimination immédiate commence, à Auschwitz. Combien de Tziganes mourront du fait des nazis ? 80.000 ? 220.000 ? 500.000 ? Quel que soit le bilan, il sera lourd.

Les Alliés songent à la manière de gagner la guerre. Churchill reste favorable à une opération dans les Balkans et à la poursuite de l'offensive en Italie. Roosevelt et les Américains restent partisans d'une attaque directe, du fort au fort, de la Forteresse Europe en France. Ce choix stratégique est définitivement confirmé à l'occasion de la conférence de Téhéran (28 novembre-01 décembre 1943), au cours de laquelle les Trois Grands (Staline, Roosevelt, Churchill), préparent déjà le monde de l'après-guerre, redessinant la carte de l'Europe. L'U.R.S.S. obtient gain de cause : la Finlande retournera à ses frontières de 1940, perdant en outre Petsamo, les Etats baltes reviendront dans le giron soviétique, l'Allemagne sera divisée en zones d'occupation. Quant à la Pologne, pour laquelle la Grande-Bretagne est entrée en guerre, elle verra son territoire avancer d'Est en Ouest : la ligne Curzon redevient la frontière avec la Russie. Reste à établir le tracé frontalier avec l'Allemagne : est évoquée la ligne Oder-Neisse…

La Pologne, justement, apparaît comme la pomme de discorde de l'alliance contre nature entre démocraties occidentales et totalitarisme soviétique. Le 13 avril, les Allemands annoncent la découverte d'un charnier dont l'enquête révélera qu'elles contiennent les corps de 4.000 officiers polonais abattus d'une balle dans la nuque - ces officiers dont Staline avait décrété la mise à mort en mars 1940 pour prévenir toute reconstitution d'un Etat polonais. A l'époque, le doute subsiste. C'est en tout cas une aubaine pour la propagande allemande, qui dénonce avec force la menace que fait courir le bolchevisme sur le monde. Le gouvernement polonais en exil à Londres commet l'erreur de demander à la Croix-Rouge internationale d'effectuer une enquête : l'U.R.S.S. refuse catégoriquement d'en entendre parler. Entre les Polonais de Londres et le Kremlin, la rupture est désormais consommée. La disparition du général Sikorski, leader de la Résistance polonaise en exil, dans un accident d'avion le 04 juillet 1943 au large de Gibraltar, achève de satisfaire Staline. Il compte bien sur la satellisation de la Pologne, et ces dramatiques événements le servent. A l'issue de la libération de Katyn, une commission d'enquête soviétique parviendra à "démontrer" que les officiers polonais ont été exécutés par les nazis. Mais les conclusions de cette commission ne convaincront personne, y compris parmi les communistes polonais. "Quoi que vous fassiez, vous ne les ramènerez pas !" avait déclaré Winston Churchill à Sikorski à propos des officiers polonais exécutés par le NKVD. Pour les Occidentaux, il est impossible de se passer de l'opportune alliance soviétique. Le rouleau compresseur de l'Armée rouge annihile les armées allemandes les unes après les autres. La Wehrmacht est contrainte à un repli continuel et difficile : évacuation de la péninsule de Taman dès la fin de l'été, chute de Briansk le 17 septembre, de Smolensk le 25, Kiev le 6 novembre. Rien ne semble pouvoir arrêter la furia sovietica. Encore quelques mois, et la totalité de l'U.R.S.S. aura été libérée.

Au 31 décembre1943, la situation est dramatique pour l'Axe. Le fascisme italien s'est écroulé, l'Armée rouge a reconquis une grande partie du territoire soviétique, les alliés du Reich sont de plus en plus tentés par une défection (sans doute faut-il analyser dans ce contexte la mort inexpliquée du Roi Boris III de Bulgarie le 03 septembre 1943). L'Allemagne nazie elle-même est menacée en son sein par une conjuration antihitlérienne. Mais l'armée allemande tient encore bon. Les Alliés se sont enlisés en Italie. Hitler en vient à espérer un débarquement allié sur les côtes françaises : une fois cette offensive mise en échec, il aura tout le loisir de rameuter une quarantaine de divisions à l'Est pour repousser les Soviétiques. Le temps gagné rendra possible l'entrée en masse des armes nouvelles dans la guerre. Et la poursuite de l'annihilation des inférieurs dans les chambres à gaz de Birkenau.

 

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