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Dans le Pacifique, la reconquête américaine se poursuit, inexorable. Les Japonais vont cependant tenter, sur tous les fronts, de reprendre l'initiative. En Birmanie, les Alliés connaissent enfin le succès. Ils ont, il est vrai, eu le temps de se renforcer. La XIVe armée du général Slim, aidée par les commandos Chindits d'Orde Wingate et des éléments américains regroupés au sein d'une unité spéciale, les Maraudeurs du général Merrill, prend l'offensive en février, au sud, dans l'Arakan et au nord du front birman, dans l'Assam. C'est un succès. Des positions sont aménagées en vue de la reconquête de la Birmanie. Les Japonais ne se laissent toutefois pas impressionner. En mars 1944, afin d'empêcher les Alliés de reprendre leurs offensives, la XVe armée nippone du général Mutaguchi contre-attaque au centre, à Kohima et Imphal. But : éventrer le dispositif adverse et - si possible - redémarrer la marche vers les Indes. Un moment, les Japonais croient obtenir la victoire. Mais une série d'erreurs commises par le Haut-Commandement impérial permet aux Britanniques de fortifier leurs positions et de repousser tous les assauts. 64 jours de combat seront nécessaires pour user la XVe armée, qui y laissera 55 % de ses effectifs mais parviendra à se replier au mois de juin. La résistance britannique a permis aux troupes sino-américaines de "Vinegar Joe" Stilwell de marcher sur Myitkyina. Marauders, soldats chinois et combattants japonais rivalisent d'héroïsme. Mais la pression alliée est trop forte : la ville tombe le 03 août 1944. Usée face à Kohima et Imphal, vaincue à Myitkyina, l'armée japonaise est désormais condamnée à la défensive. Ce alors qu'elle triomphe en Chine, puisque dès avril 1944, une nouvelle offensive nippone, baptisée Ichi-Go, balaie la Chine méridionale. L'objectif est d'établir la liaison entre l'Indochine et les territoires occupés du nord de la Chine. L'opération est un succès : l'armée chinoise s'est effondrée, Tchang Kaï-chek est discrédité, les bases aériennes américaines sont perdues, l'empire continental nippon se retrouve consolidé. Mais les Américains trouvent vite la parade, en mouillant des mines dans le détroit de Corée, ce qui accroît l'isolement du Japon, déjà étranglé par l'action des sous-marins américains. Le dernier triomphe japonais n'est pas décisif. Le sort de la guerre, en tout état de cause, se joue dans le Pacifique. En février, les Américains s'emparent de Kwajalein et d'Eniwetok, ce qui leur offre le contrôle des îles Marshall. Au même moment, dans l'archipel des Salomons, les unités du général Douglas Mac-Arthur occupent la Nouvelle-Bretagne, les îles de l'Amirauté et de St-Mathieu, ainsi que Bougainville. Conséquence : la forteresse japonaise de Rabaul, qui mène à la Nouvelle-Guinée et aux Salomons, est isolée. Elle ne capitulera toutefois qu'en septembre 1945 ! Mac-Arthur ne s'arrête pas en si bon chemin. La conquête d'Hollandia en avril achève l'isolement des garnisons japonaises de Nouvelle-Guinée. Pour essayer de se sortir de cette souricière improvisée, la XVIIIe armée japonaise du général Adachi tente une sortie vers l'Ouest. C'est un désastre : la jungle et les Américains mettent hors de combat 50 % des effectifs ennemis. Cette victoire tombe à point nommé pour Mac-Arthur : depuis le 27 mai, ses forces ont à mener des affrontements (qui comptent parmi les plus acharnés de la Guerre du Pacifique) dans l'île de Biak, au Nord-Ouest de la Nouvelle Guinée, face à 11.000 soldats Japonais réfugiés dans des collines truffées de galeries. Le haut-commandement japonais pense y envoyer une force de cuirassés. Il se ravise au dernier moment, car des nouvelles alarmantes viennent du Pacifique centre : la Flotte américaine de l'amiral Nimitz fonce à toute vapeur vers l'archipel des Mariannes. Tokyo envisage d'y stopper les Américains par une bataille navale décisive. Pour la première fois depuis Guadalcanal, la Flotte combinée nippone est réunie au grand complet afin d'anéantir la Ve Flotte de l'amiral Ray Spruance. 9 porte-avions japonais aidés de 5 cuirassés, 21 croiseurs, 69 destroyers et 473 avions sont engagés : le commandant en chef de la Marine impériale, l'amiral Toyoda, leur a envoyé ce message : "Le sort de l'Empire dépend de cette bataille. Chacun doit faire le maximum". Les Américains l'emportent pourtant sur tous les plans : numérique (ils alignent 15 porte-avions, 7 cuirassés et 891 avions), technique (les chasseurs Zero nippons sont amplement surclassés par les F6F Hellcat), humain (les pilotes américains étant des aviateurs expérimentés, au contraire des successeurs des héros de Pearl Harbor). Le résultat ne se fait pas attendre : du 19 au 20 juin 1944, la Flotte impériale perd coup sur coup : trois porte-avions, tandis que deux autres sont endommagés et que 428 appareils de combat sont détruits… Cette éclatante victoire permet aux forces terrestres de conquérir l'île de Saipan, où les deux tiers de la population civile japonaise se suicideront plutôt que d'éviter le déshonneur de la capture par les hommes du US Marines Corps. L'île de Tinian est entièrement conquise du 24 juillet au premier août, Guam tombera dix jours plus tard. Ces conquêtes ne se font pas sans pertes : 5.250 tués et 20.563 blessés chez les Américains, près de 60.000 morts chez les Japonais, civils inclus. Le bilan aurait pu être plus lourd : les Japonais avaient envisagé d'utiliser des stocks d'armes chimiques et bactériologiques mis au point par l'unité 731 basée en Chine. Mais le cargo transportant ces substances vers Saipan ne devait jamais arriver à destination, torpillé par un sous-marin. La chute des Mariannes ouvre une brèche énorme dans le dispositif défensif nippon. Désormais, les bombardiers lourds B-29 sont à portée du Japon et l'offensive aérienne stratégique, visant l'annihilation du potentiel industriel adverse, sera amorcée dès l'automne, prête à transformer le "Sanctuaire national" en un gigantesque brasier. Le général Tojo, au pouvoir depuis octobre 1941, paie l'échec d'une politique. Le 08 juillet 1944, il démissionne et laisse la place au gouverneur de Corée, le général Kuniaki Koiso, qui passe pour être un modéré. La guerre totale s'impose définitivement, alors que les appels du pied au Kremlin se multiplient. Doulgas Mac-Arthur, profitant des succès de Nimitz dans le Pacifique centre, se rapproche dangereusement des Philippines. Le 15 septembre 44, sa 31st division s'empare de l'île de Morotaï, dans l'archipel des Moluques, dernière étape avant les Philippines qui constituent l'objectif primordial fixé par Roosevelt pour cette fin d'année 1944. La IIIe Flotte américaine de l'amiral Halsey, dépêchée par Nimitz au général américain, permet aux marines de s'emparer de l'archipel des Palaos, en dépit de combats atroces sur l'île de Peleliu, défendue par 10.000 Japonais. Les Américains devront sacrifier 2.000 tués et 8.500 blessés pour nettoyer Peleliu la sanglante, qui ne sera déclarée "sûre" que le 25 novembre 1944 ! Les militaires japonais tentent une dernière opération, dont peut dépendre le cours de la guerre. Alors que Mac-Arthur débarque le 20 octobre 1944 sur l'île philippine de Leyte, les dernières réserves de la Marine impériale se dirigent vers sa flotte de débarquement pour l'anéantir. Les porte-avions de l'amiral Ozawa, privés d'avions depuis le "tir aux pigeons des Mariannes", attirent vers le nord la IIIe Flotte de Halsey, qui assure la couverture aéronavale de Mac-Arthur. Dans le même temps, les cuirassés des amiraux Nishimura et Kurita tombent sur la flotte de débarquement américaine. Seule la résistance acharnée des forces US de soutien restées en réserve, et le manque de pugnacité de l'amiral Kurita sauvent les Américains de la catastrophe. La Flotte impériale se retire. Elle a perdu trois cuirassés, quatre porte-avions, dix croiseurs lourds et légers et neuf destroyers. 306.000 tonnes sont donc envoyées par le fond pour un résultat stratégique quasiment nul. Le plan nippon, en soi audacieux, a échoué de peu. Son auteur, l'amiral Toyoda, comptait sur un triomphe pour mettre en échec la réélection de Roosevelt et discréditer Mac-Arthur. Désormais, rien ne peut plus sauver le Japon. Les Philippines, en dépit de l'efficace résistance des troupes du général Yamashita, le conquérant de Singapour, sont considérées comme perdues. Les B-29 ont commencé leurs raids massifs sur l'archipel nippon. Les sous-marins américains paralysent les voies navales de communications. Il ne reste plus à l'Empire du Soleil levant qu'à recourir à la solution du désespoir : utiliser des pilotes qui se jetteront avec leurs appareils sur les innombrables bâtiments de la Flotte américaine. Apparus dès la bataille de Leyte sous la forme d'un corps d'attaque spécial, ces soldats appelés à effectuer une mission sans retour vont vite se faire connaître sous le terme de Kamikaze. Comme le "vent divin" avait balayé la flotte d'invasion mongole en 1281, ces derniers héros d'un Empire agonisant sauront-ils sauver le Japon de son anéantissement ?
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