Au jour de l'An 1945, la défaite du Japon apparaît inéluctable. Ses forces sont enfoncées en Birmanie et aux Philippines. Les Américains tiennent les îles Mariannes et bombardent désormais régulièrement le Sanctuaire national. L'Union soviétique, sur le point de vaincre l'Allemagne nazie, prend de moins en moins des allures de neutre.

Aux Philippines, l'armée d'occupation du général Yamashita, le conquérant de Singapour, mène un combat désespéré mais efficace contre les troupes de MacArthur. Les îles de Leyte et Mindoro ont néanmoins été libérées, même si l'on compte ça et là quelques poches de résistance ennemies qui ne se rendront qu'en septembre 1945. Le 09 janvier, les Américains débarquent à Luçon. Ils peuvent compter sur 200.000 hommes bardés de matériel, de tanks, d'avions, appuyés par 750 navires. Yamashita sait bien qu'il ne peut repousser cette force d'attaque. Il regroupe le gros de ses forces (150.000 hommes) au nord de l'île, dans les montagnes. Le reste (100.000 hommes) a été positionné dans la zone de Manille. Les Américains progressent difficilement. MacArthur a exigé que Manille soit libéré. Clark Field et ses aérodromes tombent aux mains du 14th US Army Corps le 31 janvier. Le 03 février, Manille est investi. Commence alors l'une des plus terrifiantes batailles de la Deuxième Guerre Mondiale. Yamashita a pourtant déclaré la capitale ville ouverte, mais l'amiral Iwabuchi et ses 17.000 soldats, qui ne dépendent nullement du commandement japonais des Philippines, s'y maintiennent, obligeant les Américains à de sanglants combats de rue rappelant Stalingrad et Cassino. Un mois plus tard, la conquête est considérée comme achevée. Manille a cessé d'exister. Les Américains ont perdu un millier de tués, 5.500 blessés. Pas un Japonais n'a survécu. 100.000 civils philippins sont morts au cours du siège. Le bastion de Corregidor, pris d'assaut par les parachutistes à la mi-février, tombe au même moment.

Les bilans nécrologiques de la campagne de libération des Philippines ont de quoi impressionner. D'autant qu'il reste encore 150.000 Japonais à déloger du nord de Luçon. Yamashita aura réussi son coup : retenir un maximum d'unités américaines pour retarder l'invasion du Japon. Les Américains libèrent quelques autres îles au mois de mars-avril, dont Mindanao, où les guérilléros américano-philippins du général Fertig narguent les Japonais depuis trois ans.

Au nord, les forces de Nimitz débarquent sur l'îlot d'Iwo-Jima le 19 février. Il s'agit de conquérir une bande de terre qui servira de base avancée pour les bombardiers lourds B-29 et leurs escortes de chasseurs, afin d'intensifier les raids contre le Japon. Les 21.000 Japonais de la garnison ont truffé l'île volcanique de galeries souterraines et de casemates. Les marines connaîtront là leur bataille la plus sanglante. Les Japonais résistent jusqu'à la mort, soumettant les assaillants à un feu d'enfer. La conquête ne sera achevée qu'à la mi-mars. A peine 1.083 Japonais ont survécu. Les marines ont perdu 5.885 tués, 46 disparus et 17.272 blessés.

Ce résultat sinistre en inquiète plus d'un aux Etats-Unis. Qu'adviendra-t-il lors de la conquête du Japon ? Il compte encore trois millions d'hommes sous les armes…

La conquête d'Iwo Jima permet au moins à l'US Air Force de multiplier ses raids sur le Japon. L'une après l'autre, les grandes villes japonaises sont transformées en brasiers. L'objectif est tant d'anéantir l'industrie militaire de l'adversaire que le moral du peuple japonais. Le chef du 21st Bomber Command (forces de bombardement stratégique du Pacifique), le général Curtis Le May, a prévu de rayer de la carte la capitale impériale. Le 09 mars 1945, près de 325 B-29 partis des Mariannes opèrent un raid de terreur sur Tokyo (opération "Meetinghouse"). Entre 80.000 et 100.000 civils japonais y trouvent la mort. 23 km² ont été rasés... l'Empereur Hiro-Hito lui même sera écoeuré par le spectacle de la ville en ruines et estimera que la paix doit être signée au plus vite.

La longue liste des catastrophes n'est pas close. Le front nippon est annihilé en Birmanie. Le 04 janvier, les Britanniques s'emparent d'Akyab, puis de l'île de Ramree (vers Rangoon) le mois suivant. Le 20 février, la XIVe armée du général Slim s'empare de Meytkila, qui contrôle la Birmanie centrale. Lashio tombe aux mains des Chinois le 07 mars. Le 20, les Britanniques libèrent Mandalay. Ils sont parvenus à repousser les offensives des rescapés du général Kimura. L'avance vers le sud se poursuit. Rangoon sera libéré le 03 mai. 60.000 Japonais refluent en désordre dans la jungle, vers la Thailande. Trois ans après la retraite du printemps 1942, l'Empire britannique tient sa revanche.

Recul aux Philippines. Perte d'Iwo Jima. Déroute en Birmanie. Le haut-commandement nippon doit faire des choix. Il s'agit de renforcer les lignes de défense de l'Extrême Orient. Première phase : la liquidation de l'Indochine française, prévue depuis juillet 1944. Depuis quatre ans, l'amiral Decoux a réussi à maintenir un semblant de souveraineté sur cette colonie, en dépit de la présence nippone. Mais la Résistance envisage de plonger l'Indochine dans la guerre. Les maladresses des gaullistes servent de prétexte aux autorités militaires japonaises pour faire main basse sur le pays entre les 09 et 11 mars. Roosevelt refuse d'intervenir, mais le chef des Tigres Volants, le général Chennault, fait effectuer quelques missions d'appui-feu et de ravitaillement - sans parvenir à éviter aux Français de se faire écraser sous le nombre. De fait, Bao Daï, Empereur d'Annam, proclame le 11 mars l'indépendance du Vietnam. L'administration coloniale française ne se remettra jamais de ce coup de force. D'autant que les communistes de Ho-Chi-Minh, les Viet-Minh, ne s'engagent pas du côté nippon et se tournent vers les Américains pour obtenir des armes. Non qu'ils mènent une guérilla active contre ce nouvel occupant : l'essentiel, en 1945, est de choisir son camp et d'en retirer les bénéfices.

Les arrières du front birman sont couverts. A la mi-mai cependant, les Japonais évacuent un très grand nombre de territoires chinois. Les forces impériales se retranchent derrière le Yang-Tsé kiang. Les conquêtes de 1944 sont abandonnées. Les grands ports du sud (Canton, Hong Kong, Amoy, Swatow, Fou-Tchéou) sont transformés en forteresses. Les replis japonais se poursuivront tout au long de l'été. Il n'est plus question de lancer de nouvelle offensives en Chine. L'avenir de l'Empire se joue dans le Pacifique.

La flotte de Nimitz croyait avoir connu le pire au large de Iwo-Jima. Et pourtant… Il resterait encore Okinawa. Ile de l'archipel des Riou-Kiou, à 550 km du Japon, longue de 100 km sur 13 de large, Okinawa est peuplée de 500.000 habitants et peut compter sur une garnison forte de 100.000 soldats. Tokyo mise tout sur ce dernier bastion avancé. Nimitz engage 1.450 navires et 183.000 soldats, qui débarquent le 01 avril 1945. Huit semaines d'affrontements effroyables seront nécessaires pour réduire au silence la résistance nippone. Les Japonais lanceront 8.000 appareils kamikaze contre la Flotte alliée, coulant 36 navires, et en endommageant 368 autres. La Flotte impériale a tenté sa dernière sortie : le 07 avril, le cuirassé géant Yamato, le plus puissant navire du monde, a chargé l'US Navy escorté de quatre destroyers. Il sera coulé par l'aéronavale américaine en moins de deux heures… Au total, les Américains auront perdu 4.900 marins et 7.600 soldats tués, ainsi que 36.600 blessés. Ils auront capturé 11.000 Japonais. 100.000 civils tués. Cette boucherie, intervenant après la reddition inconditionnelle du IIIe Reich, scandalise l'opinion publique américaine. Le Président Truman, qui a remplacé Roosevelt décédé le 12 avril, est pris entre deux feux. D'un côté, MacArthur, partisan d'un débarquement au Japon. De l'autre, Nimitz, qui préconise plutôt un blocus de l'archipel nippon pour contraindre les Japonais à se rendre.

Il est vrai que le blocus américain porte ses fruits. Les sous-marins du "Silent Service" américain contrôlent toutes les voies de communications - ils auront coulé au total près de 5.320.000 tonnes de jauge brute. L'aéronavale a mouillé des mines autour de l'archipel national. L'US Pacific Fleet effectue chaque jour des raids dévastateurs, sans parler des quadrimoteurs B-29. Protégés par les chasseurs P-51 Mustang, ces derniers voient leur taux de pertes s'effondrer. La chasse ennemie n'a plus les moyens de s'opposer à leurs incursions. Dès le 17 juin, le Bomber Command rase les villes de 100.000 à 350.000 habitants. A partir du 12 juillet, c'est le tour des villes de moins de 100.000 habitants... Les grands ports ferment les uns après les autres. Les trois quarts de la flotte de pêche sont détruits. La famine fait son apparition. Le Japon sera-t-il anéanti par cette stratégie ?

En attendant, la destruction de l'Empire du Soleil levant se poursuit. La XIVe armée du général Slim aura expulsé les Japonais de Birmanie à la mi-août, une XIIe armée dirigée par le général Stopford se préparant à envahir la Malaisie pour le mois d'octobre. Les Australiens, les Britanniques et les Américains ont reconquis Bornéo en juillet. Les autres fronts constituent des opérations de nettoyage des poches de résistance japonaises, tant aux Philippines qu'en Nouvelle-Guinée. L'Indonésie, coupée de tout, est considérée comme perdue. Tokyo renonce à secourir ses possessions de Thailande, de Malaisie et d'Indochine : leurs garnisons devront se battre jusqu'à la mort. Le Haut Commandement nippon a fort à faire : l'invasion de l'archipel national est attendue. C'est que MacArthur y tient. Deux plans ont été mis en chantier. Le premier, "Olympic", engage 650.000 soldats et doit intervenir contre l'île de Kyushu le 01 novembre 1945. Le second, "Coronet", à savoir l'invasion de l'île principale, Honshu, est prévu pour se déclencher le 01 mars 1946. Les Japonais connaissent le contenu de ces plans, étant parvenus à déchiffrer les codes militaires de l'adversaire. Ils ont massé 14 divisions à Kyushu, 38 à Honshu et Shikoku, 5 à Hokkaido. Il leur reste 10.000 avions, des kamikaze. Des milices regroupant 28 millions de volontaires sont formées à la hâte et équipées avec les surplus des arsenaux. Le plus souvent, ces civils improvisés soldats doivent se contenter de lances de bambous. Les militaires le répètent : ils sont prêts à l'ultime sacrifice.

Les experts américains sont pessimistes. Ils prévoient des pertes dépassant le demi-million d'hommes hors de combat chez les effectifs de l'armée d'invasion. Ce alors que l'opinion, après le triomphe sur l'Allemagne, commence à manifester des signes de lassitude. Alors ?

Alors Truman hésite de moins en moins à utiliser son dernier atout maître. Les recherches nucléaires américaines ont abouti. Le 16 juillet 1945, peu avant conférence de Postdam, la première explosion atomique se produit à Alamogordo, dans le désert du Nouveau-Mexique. L'arsenal nucléaire américain se compose pour le moment de deux engins, baptisés "Little Boy" et "Fat Man". Un raid atomique comporte à l'heure présente de nombreux avantages. Il symboliserait, et de quelle manière, la prépondérance militaire américaine, et acculerait le Japon à la reddition.

Les Américains n'ignorent pas, en effet, qu'il existe une faction gouvernementale pacifiste à Tokyo, faction qui a pris de l'importance au gré des défaites militaires. Début avril, le cabinet Koiso a démissionné, laissant la place à un amiral en retraite de 77 ans, Kantaro Suzuki, connu pour sa modération, de même que son Ministre des Affaires étrangères, Shigenori Togo. Leur espoir est de convaincre Staline de jouer les médiateurs dans le conflit. Les contacts se multiplient en juin avec les Soviétiques, sans succès. Le 22 du même mois, quatre jours après que Truman a avalisé le plan "Olympic", Hiro-Hito en personne réclame des efforts en vue d'aboutir à la paix. Décision capitale, qui réduit la marge de manœuvre des militaires. Mais les signaux adressés à Moscou n'aboutiront à rien : le Kremlin a promis à Roosevelt d'intervenir militairement en Mandchourie dans les trois mois suivant la victoire sur l'Allemagne. Staline joue habilement un double-jeu, laissant traîner les discussions, ne donnant aucune garantie. Entre-temps, il masse une puissante armée en Sibérie.

A l'issue de la conférence de Postdam, le 26 juillet, Truman, sur les suggestions de Churchill, adresse un ultimatum au Japon. S'il ne renonce pas à l'exigence rooseveltienne d'une capitulation sans condition, le nouveau Président américain déclare que la reddition se limitera aux forces armées. La souveraineté nationale sur Honshu, Hokkaido, Shikoku, Kyushu, sera conservée. Le gouvernement, les institutions resteront en place. Les troupes seront désarmées, l'archipel occupé. Pas un mot sur le maintien de l'Empereur sur le trône, condition sine qua non posée par les Japonais pour signer la paix, mais l'on peut déduire de ce texte qu'il ne sera pas touché, en dépit de la haine dont il est l'objet chez les nations alliées. Pour gagner du temps face aux militaires et aux Américains, et dans l'attente d'obtenir des résultats des appels du pied à l'URSS, Suzuki et Togo décident "d'ignorer" l'ultimatum allié. Ce n'est ni un rejet, ni une acceptation. Mais Washington retiendra l'hypothèse du rejet.

Le 30 juillet, Truman confirme l'ordre d'effectuer les raids nucléaires sur le Japon. La faction pacifiste trouvera là l'occasion de l'emporter sur les militaires, estiment les officiels américains. Le 06 août, à 08h15 minutes et 17 secondes : "Little Boy" est lâché sur Hiroshima par le B-29 "Enola Gay" du colonel Paul Tibbets (509th Bomber Squadron). La ville est rayée de la carte, il y a 70.000 morts ! la nouvelle, à Tokyo, tombe comme la foudre. Les pacifistes recommandent de se soumettre à l'ultimatum de Potsdam. Les militaires s'y opposent encore. Hiro-Hito, pour sa part, manœuvre en coulisse pour imposer sa décision de capituler aux jusqu'au boutistes. 09 août 1945, journée noire. Le B-29 "Bock's Car" du commandant Chuck Sweeney largue "Fat Man" sur Nagasaki, tuant 35.000 personnes. Il y aura 60.000 blessés, et 200.000 irradiés condamnés à une mort lente dans les années de l'immédiat après-guerre. Le même jour, 1.500.000 Soviétiques appuyés par 26.000 bouches à feu, 5.500 chars, 3.900 avions envahissent la Mandchourie.

La puissance de destruction américaine, ajoutée à la fin des espoirs d'une médiation stalinienne et l'urgence de sauver la situation face à l'Armée rouge achèvent le clan belliciste nippon. Le 13 août, le front mandchou est rompu. Le lendemain, l'Empereur annonce au Cabinet sa décision de mettre fin à la guerre, les Américains ayant accepté la proposition du Cabinet désirant le maintenir sur le trône. Il annoncera la nouvelle au peuple nippon le 15 août. Des officiers tentent, dans la journée, de s'emparer des enregistrements du discours impérial et de renverser le Gouvernement dans le but de poursuivre la lutte. La mutinerie, faute de soutiens, tourne court, et les rebelles se suicident. Le 15 août, à midi, les Japonais peuvent entendre leur Empereur déclarer que le Japon s'est décidé à capituler sans condition. Une vague de suicides ravage le Gouvernement et le Haut-Commandement. Peu de haut-responsables veulent survivre à la honte de la défaite.

Les Soviétiques poursuivent malgré tout leur avance. Ils ont envisagé d'occuper Hokkaido : Truman, le 16 août, le leur a expressément interdit toute manœuvre en ce sens. L'Armée rouge se contente d'occuper la totalité de la Mandchourie, ainsi que la Corée du Nord et les îles Sakhaline. Le 23 août, elle a fait main basse sur les Kouriles. 80.000 Japonais ont été tués, 594.000 prisonniers, face à 8.000 morts et 22.000 blessés chez les Soviétiques. Des pertes légères comparées aux anciens exploits de l'armée de Staline, mais ce dernier, au terme d'une guerre désapprouvée par son propre peuple, tient solidement l'Asie du Nord, se retrouvant en position de force face aux Chinois, qu'ils soient communistes ou nationalistes.

L'Empire du Soleil levant a capitulé. Le 28 août, une cinquantaine de C-47 américains atterrissent sur les pistes de l'aérodrome d'Atsugi, à Tokyo, débarquant les premiers éléments de l'armée d'occupation, le tout suivis par MacArthur dans le lendemain et le 30 par les marines de la 6st Marine Division, qui prennent pied à Osaka. Pour la première fois dans l'Histoire du Japon, une armée étrangère foule le sol national. Le 02 septembre 1945, en baie de Tokyo, sur le cuirassé USS Missouri (BB-63), symbole de la puissance de guerre des Etats-Unis, le Ministre japonais des Affaires étrangères, Mamoru Shigemitsu, et le général Umezu signent l'acte officiel marquant la reddition inconditionnelle de l'Empire du Soleil levant. MacArthur, avec son sens génial de la mise en scène, parraine la cérémonie. L'amiral Fraser signe au nom de la Grande-Bretagne, le général Blamey pour l'Australie, le général Hsu Yun Chang pour la Chine, l'amiral Helfrich pour les Pays-Bas, le vice-maréchal de l'air Isitt pour la Nouvelle-Zélande, le colonel Cosgrave pour le Canada, le général Derevyanko pour l'Union soviétique et le général Leclerc pour la France. MacArthur achève par ces mots : "Prions tous que la paix soit maintenant restaurée dans le monde entier, et que Dieu la fasse durer toujours. La séance est levée". A cet instant, 2.000 avions survolent Tokyo en une impressionnante parade. Trois ans et neuf mois après Pearl Harbor, le triomphe américain est total !

La guerre est terminée, la paix est déclarée. La paix ? La Chine replonge dans la guerre civile, qui se terminera quatre ans plus tard par la victoire de Mao, en dépit de l'aide militaire américaine apportée à Tchang Kai-check, qui emportera avec lui les réserves d'or de la Chine en se réfugiant sur l'île ex-japonaise de Formose, posant ainsi les bases de la prospérité de ce que l'on appellera Taiwan. En Indochine, le jour même où Leclerc apposait sa signature sur l'acte de capitulation japonaise, Ho-Chi-Minh a proclamé l'indépendance. Il s'est fait aider par les Japonais, désireux de laisser derrière eux une bombe à retardement. Les Alliés ne semblent guère s'inquiéter. Les Chinois, qui occupent le nord du 16e parallèle, ne se préoccupent nullement du retour des Français. Les Britanniques, qui occupent le sud, pas davantage. L'autorité française ne sera rétablie qu'en février 1946, ce pour huit ans, jusqu'à Dien-Bien-Phu…

En Indonésie, Soekarno a proclamé l'indépendance dès le 17 août. Il faudra cinq de guerre coloniale aux Pays-Bas pour l'admettre. Quant aux Britanniques, ils ont à faire face à des sursauts indépendantistes un peu partout. Si l'insurrection malaise est vaincue au terme d'une guerre qui durera de 1948 à 1957, l'Inde obtiendra son indépendance en 1947, scindée entre un Etat majoritairement hindou et un Etat musulman, le Pakistan, au prix d'exodes de populations qui coûtera la vie à des centaines de milliers de personnes. Ceylan obtiendra le même statut l'année suivante. De même la Birmanie, qui ne fera cependant pas partie du Commonwealth. La guerre du Pacifique a tué les empires coloniaux.

Quant au Japon, il est réduit à l'archipel Hokkaido-Honshu-Shikoku-Kyushu. La Corée est divisée en deux zones d'occupation séparées par le 38e parallèle : au Nord, les Soviétiques, qui installent vite un gouvernement pro-communiste dirigé par Kim Il Sung, que la propagande doit transformer en héros de la résistance contre les Japonais pour asseoir sa légitimité ; et au sud, les Américains, qui finissent par imposer le nationaliste conservateur Syngman Rhee. Les deux zones accèderont à l'indépendance en 1948, pour cause de Guerre froide. En 1950, la Corée du Nord tentera d'unifier le pays par la force. La guerre, qui a un moment menacé de devenir mondiale, prendra fin en 1953 par un armistice qui laissera les deux Etats subsister et n'a pas encore abouti à une véritable solution diplomatique.

Au Japon, MacArthur, qui dirige les forces d'occupation, sait bien qu'il ne pourra faire passer son projet de démocratisation et de pacification que s'il obtient l'appui du peuple. Il ménage l'Empereur, le protège de toutes poursuites judiciaires pour crimes de guerre, de même que les membres de la Famille impériale. Par rescrit impérial du 01 janvier 1946, Hiro Hito pourra alors demander aux Japonais de ne plus le considérer comme un Dieu… Il conserve les attributs de Chef de l'Etat, mais à titre honorifique, le pouvoir souverain étant attribué au peuple. La nouvelle Constitution démocratique du 03 novembre 1946 entrera en vigueur en 1947.

Des procès sont montés contre les criminels de guerre : procès Homma et Yamashita en 1946, procès de Tokyo de 1946-1948. Les cartels financiers, les fameux zaibatsu, sont interdits. Les Américains finissent toutefois par privilégier la lutte contre le communisme, ainsi que le redressement économique lié à la reconstruction du pays. En 1951, un traité de paix sera conclu à San Francisco entre Tokyo, Londres et Washington. L'occupation américaine prendra officiellement fin en 1952. Désormais, en pleine guerre de Corée, sept ans après la capitulation, le Japon devient un allié à part entière des Etats-Unis et connaîtra une période de prospérité économique sans précédent…

 

  Vers l'accueil des chroniques  

Vers l'année 1944

 
Utilisez les loupes pour changer de théâtres d'opérations
1945 - Vers l'europe